LE LIEUTENANT GÉNÉRAL DE DEMANDOLX
quand des événements nouveaux sollicitèrent son attention. Marseille eut recours à lui une fois encore pour défendre, non plus ses droits anciens, mais sa représentation aux Etats généraux menacée par le lieutenant général civil avec qui elle s'était trouvée déjà en délicatesse.
M. de Demandolx, plein de sollicitude pour les trois ordres, on devine aisément dans quel but, avait cru s'apercevoir, en parcourant le règlement du 2 mars, que, malgré les intentions bienveillantes avec lesquelles il fut composé, il ne répondait pas, sur certains points, aux promesses d'impartialité solennellement faites par le roi et il avait entrepris de corriger ses erreurs. Le chiffre de 90 députés auquel le tiers état de Marseille avait été taxé pour le représenter à l'assemblée générale des trois ordres, avait eu surtout le malheur de lui déplaire. A quoi rimait-il ? Etait-ce l'effet d'un caprice ? peut-être ; de l'ignorance, plutôt, ou si le mot paraissait trop gros, à coup sûr de l'incertitude où était la commission de convocation sur les choses de Provence.
Si elle avait attribué un chiffre aussi dérisoire pour une population aussi nombreuse, c'est qu'elle s'était trompée sur l'étendue exacte de la sénéchaussée, qu'elle avait cru que des bourgs, villes, paroisses ou communautés d'un ressort imaginaire enverraient leurs députés se joindre à ceux de la ville principale et en augmenteraient ainsi le nombre.
l'ordonnance du 18 MARS
Le ressort de la sénéchaussée ne comprenait en réalité que trois fiefs dont un seul avec des habitants, lesquels comme tous les autres habitants de campagne, étaient membres de la communauté (1). L'erreur venait sans doute du inot terroir auquel on avait donné un sens inexact. On appelait ainsi « une partie extérieure à la ville ». Il n'était divisé qu'en deux paroisses et en quartiers avec succursales desservies par des prêtres amovibles et dépendantes des paroisses de la ville (2). Mais ces paroisses et
(1) L'Almanach de Marseille de 1778, p. 196 et suiv., compte six juridictions commerciales dans son terroir : Saint Marcel, Pierrefeu, Mazargues, Beaumont, le comté de la Reynarde et le château d'Aygalades. Les trois premières sont vraisemblablement les fiefs dont il est question ici.
Sur Saint Marcel seulement avec ses dépendances, la Treille, les Camoins, les Accates, la Valentine et Saint Menet, nous avons quelques renseignements. « Cette seigneurie a été donnée à la ville en 1358 par Jeanne I^e, reine de Naples et de Sicile, comtesse de Provence, qui l'avait confisquée sur Raymond des Baux, comte d'Avelin. pour crime de rébellion. Le château était autrefois un lieu de défense et les Marseillais en confiaient la garde à un de leurs citoj'ens qui avait le titre de châtelain. Ce château n'existe plus ; les comptes de la communauté font mention des honoraires du châtelain de Saint Marcel jusque dans le siècle dernier. Le pilori qui est placé à côté de la paroisse est aux armes de Marseille ; les gardes sont à sa
livrée ; les prières du prône se font encore pour les habitants de Marseille, comme seigneurs. Les pénitents de ce lieu ajoutent même aux litanies : Spiritiis Sancte Deiis, custodi Massiliam ».
La juridiction de Saint Marcel comprenait un juge, un lieutenant de juge, un procureur, un greffier et un sergent. Elle tenait ses audiences dans le palais de justice, à Marseille, le mercredi matin. Son greffe 3^ était également établi.
(2) Les deux paroisses du terroir étaient celles de Saint Julien et de Château Gombert. Des paroisses de la ville dépendaient les quartiers et succursales suivants.
De la Cathédrale : Scptèmes, Arenc et Notre Dame de Consolation (quartier) ; et le Canet, Saint Charles, les Aj'galades, Saint Barthélémy, Saint Antoine, les Crottes, Saint Jérôme, Saint Joseph, Saint Louis, Sainte Marthe, N. D. de Bon Secours, X. D.
de la Douane, la Nerthe, les Olives, la Palud, Saint André de Séon, Saint Henri de Séon (succursales).