‹ La Convocation des États généraux en ProvenceChapitre 7 sur 116 · LA PROTESTATION DES POSSEDANT FIEFS · texte numérisé non relu

LA PROTESTATION DES POSSEDANT FIEFS

dence de Faiiris de Saint Vincent (1), assisté du comte de Porrières (2), du marquis de Janson (3) et de Gassier, syndics. Les ordres du gouvernement pour la convocation pouvaient arriver d'un moment à l'autre et les possédant fiefs ne voulaient pas être surpris par une nouvelle qui leur paraissait, non sans raison, devoir mettre en péril leurs intérêts les plus directs. Elle avait pour effet, disaient-ils, de donner « aux représentants du tiers état une extenc( sion abusive )> qui ne tendait rien moins qu'à renverser la constitution provençale. Il s'agissait donc de la sauver envers et contre tous, même contre le roi qui, trompé dans sa religion, ne saurait trouver mauvais qu'on lui désobéît quand ils lui auraient ouvert les yeux et fait entrevoir l'abîme où il entraînait sa fidèle noblesse. Ainsi donc, à peine réunis, les possédant fiefs , tout en protestant ce qu'il ne (L fallait rien négliger pour faciliter la convocation (( des Etats généraux qui devaient opérer la restauration des affaires », s'appliquaient à la contrecarrer dans la plus large mesure possible et clierchaient les moyens les plus efficaces pour la faire échouer. Malheureusement pour eux, ces moyens n'étaient ni nombreux, ni pratiques. Les syndics s'imaginèrent qu'une protestation suffirait. Devant la véhémence

(1) Jules François Paul de Fau- Ris, chevalier, président à mortier au parlement de Provence, seigneur de Saint Vincent, Noyers et coseigneur de Malcor. Signature : De faiiris St-Vincenf~

(2) Louis Henri de Gaillard, chevalier honoraire de Saint Jean de Jérusalem, seigneur de Porrières, Ventabren et la Bourdonnière. Signature : Porrières.

(3) Michel Palamède de For- BiN, marquis de Janson, né le 23 octobre 1746, capitaine de cuirassiers, puis colonel en second du régiment de Languedoc en 1777, émigré en Allemagne en 1790, lieutenant général en 1814^ mort le 29 mars 1832, (Voir : Anselme, hist. généal. et chronol.

de la maison royale de France, des pairs, etc., t. IX, p. 794).

de son libellé et la sincérité de sa douleur, le Conseil du roi ne pourrait faire moins que de reconnaître son erreur, d'arrêter la publication des Lettres Patentes ou de les retirer, si par malheur elles avaient déjà paru. D'ailleurs, la protestation a sauve- (( rait les principes ». Des caractères plus circonspects et moins imprévoyants se seraient sans doute demandé si le gouvernement en tiendrait compte. Il n'avait pas dû prendre une mesure aussi grave que le vote par tête au pied levé et sans réflexion préalable. Dans ce cas quelle attention prêterait-il à une protestation rédigée par des individualités assurément très estimables, mais qui ne se réclamaient d'aucun autre mandat que de celui qu'elles tenaient d'elles-mêmes? L'orgueil des possédant fiefs aveugla leur bon sens au point qu'ils ne discutèrent même pas cette éventualité pourtant si vraisemblable. Je n'ose avancer que personne parmi eux n'y songea ; mais si elle se présenta à l'esprit de quelques-uns plus clairvoyants ou plus timorés que leurs collègues, ils se hâtèrent de l'écarter comme la plus irréalisable des chimères.

Une protestation en bonne et due forme fut donc résolue. Onagita ensuite la question desavoir de quelle manière on renoncerait. Tous étaient persuadés que le gouvernement royal leur permettrait, comme par le passé, d'envoyer des députés aux États généraux. Nul ne souleva de débat sur leur admission. Leurs <léputés étaient supposés élus : ils siégeaient à Versailles. Quelle devait être leur attitude en face des questions importantes qu'on allait leur soumettre? Quand Necker proposerait le vote par tête, que lui répondraient-ils \> Se contenteraient-ils de protester x't (le voler en laveur du ministre après avoir fait

Page 1