‹ La Convocation des États généraux en ProvenceChapitre 8 sur 116 · LES OBSERVATIONS DES SYNDICS · texte numérisé non relu

LES OBSERVATIONS DES SYNDICS

agréer leur protestation par le président des États qui leur en donnerait acte, ou n'était-il pas plus digne de se retirer pour que leurs paroles en eussent plus de poids et d'éclat?

Les syndics faisaient observer que la première attitude ne servirait guère la cause de la noblesse fieffée, mais qu'elle lui nuirait plutôt dans l'estime publique en rendant plus manifeste la contradiction de sa conduite.

De quelle utilité serait une protestation aussi platonique, si, à peine formulée, on lui donnait le plus flagrant démenti? Que si l'on objectait qu'en siégeant quand même aux Etats généraux, les gentilshommes fieffés faisaient simplement acte de courtoisie et de déférence pour la volonté royale, on répondait que Louis XVI ne pouvait vouloir le renversement de la constitution de Provence et la dégradation de sa fidèle noblesse. D'autre part, les députés continuant à représenter leurs mandants à Versailles n'en étaient pas moins frappés d'une sorte de discrédit. Ils auraient déclaré en toute solennité que le mode de votation par tête constituait à leurs yeux la plus dangereuse des nouveautés. Le vote qu'ils émettraient à l'avenir était donc nul par avance. Pourquoi persister dans une semblable équivoque? A quoi bon se prêter à un mensonge? Il valait mieux de toutes manières que la députation se retirât et pour la grandeur de la cause qu'elle représentait et pour la dignité personnelle de tous ceux dont elle était composée.

L'avis des syndics était bon ou mauvais, peu importe. Ce n'est pas le moment de porter sur lui un jugement définitif. Ce qu'il est permis de trouver étrange, c'est la précipitation malséante avec laquelle

on le soumettait au vote de la noblesse privilégiée. Un nombre considérable de seigneurs possédant fiefs lîa])itait loin d'Aix. Leurs châteaux ou leurs terres se trouvaient dans la haute Provence, loin des centres, parfois même en dehors de tout chemin fréquenté. Leur président les avait convoqués. Beaucoup étaient accourus en poste. Et voici qu'à peine arrivés, on leur demandait de se prononcer sur un cas aussi grave et qui impliquait par avance la désobéissance formelle aux ordres du roi ! Ne fallait-il pas se défier d'un jugement aussi précipité? Et puis, les membres présents ne constituaient pas la noblesse fieffée tout entière. Sur les 180 membres dont elle se composait, il n'y en avait pas la moitié qui eût répondu à l'appel de Fauris de Saint Vincent. Ne serait-ce pas déroger aux convenances les plus élémentaires que de prononcer sans attendre les collègues en route? Eux aussi avaient le droit de formuler une opinion. A supposer que la majorité fût d'un avis contraire à celui des syndics, la minorité risquait, en précipitant le vote, de faire prendre un parti qu'eussent repoussé les suffrages de l'ordre tout entier. M. de Gautier d'Artigues (1) pria ses collègues de (( suspendre l'ouverture des opinions et demanda le renvoi ou l'ajournement de la question à un autre jour pour se donner le temps nécessaire de l'examiner ». Il alla même plus loin et comprenant qi!e la loyauté lui commandait le respect de ses adversaires, il proposa (c qu'il fût fait un règlement ])ortant que tous les objets qui pourraient entrer dans la suite en délibération seraient portés

(1) Casimir Antoine ni-. CiArTiKii ment dinfanterie du comte de la DE LA MoLK, seign. d Artigues, Marche. Altl., 1 fl., 4 s. ancien sous-aide-major au régi-

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