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LA REPRÉSENTATION DES TERRES

senter cinq feux, ce qui donnerait des représentants à soixante-cinq feux. Pour les trente autres feux, on nommerait de 6 à 11 députés au plus, suivant les règlements que ferait le roi et en proportion équitable dans chaque ville. Grignan oublie, dans ce projet fantaisiste, d'expliquer exactement ce qu'elle entend par proportion.

Quand s'ouvrent les assemblées des sénéchaussées,, voici comment les Terres adjacentes y sont réparties. Grignan est représentée à la sénéchaussée d'Arles ainsi que les communes qui gravitent autour d'elle : Salles, Réauville, Chantemerle, Monségur et Colonzelle. Mondragon, Salon, Les Baux, Aureille et Notre Dame de la Mer y sont venues séparément. Entre vaux, bon gré mal gré, a député à Castellane ; Saint Tropez à Draguignan. Le comté de Sault ne paraît représenté nulle part. Il est hors de doute qu'il n'a pas député.

Entrevaux et Saint Tropez se sont conduites en personnes sages et discrètes. Les procès-verbaux des assemblées ne relèvent à leur acquit aucun écart grave. C'est à Arles que les Terres adjacentes ont porté leurs efforts et exhalé le plus violemment leurs colères. Elles ne l'ont pas fait directement et par voie de motion, que le style de l'époque eût qualifiée d'incendiaire. Elles ont attendu que quelqu'un des nombreux mécontents de cette sénéchaussée modèle protestât contre la composition de l'assemblée et ont fait chorus avec lui .

A l'assemblée générale des trois ordres de la sénéchaussée, le 30 mars (1), la séance esta peine ouverte que (( le clergé du pays d'Arles croit devoir, par la bouche deM. de Bertrand, archidiacre et de M. d'Icard, théologal, faire des réserves pour la conservation du droit incontestable et imprescriptible dudit pays à une députation particulière » . Aussitôt « les députés de Mondragon, Grignon, Salon, Notre Dame de la Mer et des Baux ont adhéré ». Dans l'assemblée du tiers tenue le surlendemain, 1er avril, il est question .de procédera la rédaction du cahier et à l'élection des députés séparément ou conjointement avec les deux premiers ordres. Les Terres adjacentes a portent leur avis à la réunion ». On les croirait devenues raisonnables. Mais attendez la fin : « sans entendre, ajoutent-elles, porter par là atteinte à aucun de leurs droits et sous la réserve expresse d'avoir un représentant pris dans leurs députés pour toutes les opérations dans lesquelles le tiers état devra concourir ». Voilà qui est bien entendu. Les membres de l'assemblée en passeront par ces fourches d'un nouveau genre, sous peine de voir leur collègues leur fausser compagnie.

Jusqu'au dernier jour de la session électorale les Terres adjacentes persisteront dans cette attitude. Le 16 avril, à la séance du matin, dans l'assemblée du tiers de la sénéchaussée séparé cette fois de celui de la ville d'Arles, leurs députés, par l'organe de l'avocat Chayard de Mondragon déclarent que, Arles ayant eu satisfaction par le règlement du 4 avril, ils s'attendaient eux aussi à voir le ministère reconnaître leurs droits ; que ce ses grandes occupations » ont été

(1) Arch. nat., B» U, 1. 9, p. 2.

INTERVENTION DE CHAYARD 253

vraisemblablement eaiise qu'il les a passés sous silenee. Il eut été pourtant bien simple de plaire à tous : il n'y avait qu'à leur accorder un député particulier et à le joindre à celui du tiers de la ville d'Arles, ce qui rétablissait l'équilibre de la députation conformément au règlement du 24 janvier.

Au lieu de s'en tenir à cette manifestation platonique et toute de principes, Chayard insista de façon déplacée. Si les Terres adjacentes s'étaient fait représenter à l'assemblée de la sénéchaussée, c'était avec la réserve « des droits qu'elles pouvaient avoir à une nouvelle forme de convocation et d'élection aux assemblées des Etats généraux qui suivraient celle de 1789 )). Elles joignaient leur fortune à la fortune de la ville d'Arles et entendaient être traitées comme elle.

Dans l'espèce, les deux questions étaient tout à

fait différentes. On comprend à la rigueur qu'Arles

ait sollicité une députation particulière. Ville et

terroir formaient un tout et pouvaient se réclamer

d'intérêts communs. Mais les Terres adjacentes

étaient séparées les unes des autres ; en dehors de

leur désir d'avoir un représentant qui leur appartînt,

je cherche vainement ce qui pourrait les unir et ne

vois entre elles que sujets de dissentiments. Grignan,

bourg situé au milieu des terres, Saint Tropez, ville

de marins et de pêcheurs, sont parfaitement étrangers

l'un à l'autre. Entrevaux perché sur un roc à la

frontière, dans un pays stérile et désolé, n'a rien de

commun avec Salon, qu'enrichit son commerce

d'huiles et sa situation d'étape entre Tarascon et

Aix. On sent combien tous ces débats sont factices.

Au fond aucun de ceux qui protestent ne sont sincères

et on se prend à regretter que ces infiniment petits

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n'aient pas cru devoir, dans ces jours de sacrifices ^ oublier leurs prétendus droits ou garder au moins un patriotique silence.

C'est ce qu'on leur fit entendre à deux reprises. Le 30 mars, Reynaud, député de Tarascon, dit d'un ton un peu dédaigneux « que les protestations de messieurs les députés des Terres adjacentes... ne sauraient regarder l'assemblée de la sénéchaussée ». Ils feignirent de ne pas comprendre la leçon, revinrent à la charge quelque quinze jours plus tard et parlèrent de leurs privilèges et franchises. Cette fois, il se trouva un brave homme , l'avocat Isnard , d'Eyguières, pour leur dire brutalement leur fait. Sans circonlocutions et sans phrases, il alla droit au but. Dans un moment où l'opinion publique venait de conquérir l'abolition pécuniaire des privilèges des deux premiers ordres (1), il trouvait étrange que certaines villes prétendissent conserver les leurs. Que ne les oubliaient-elles, pour être conséquentes avec les principes adoptés par l'ordre du tiers ! Que ne se rappelaient-elles qu'avant tout elles étaient françaises et qu'elles n'allaient plus faire avec les autres terres qu'une seule et même famille !

Ce langage honnête gagna les cœurs. Tous protestèrent avec Isnard contre l'égoïsme des députés des Terres adjacentes. Leur proposition fut repoussée à l'unanimité, et au lieu de rapporter leur triomphe, comme ils fescomptaient, le procès verbal ne nous transmet qu'un échec piteux qu'ils auraient pu s'épargner. Pas un d'eux, d'ailleurs, ne fut choivsi pour représenter la sénéchaussée aux Etats généraux.

fl) Arch. nat.. H- H. 1. S. p. 2.

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