‹ La Convocation des États généraux en ProvenceChapitre 77 sur 116 · LES CAUSES DES ÉMEUTES · texte numérisé non relu

LES CAUSES DES ÉMEUTES

On conçoit facilement que dans quelque pays que ce puisse être, la mise en mouvement de l'organisme gouvernemental pour la consultation d'un peuple sur des réformes plus ou moins urgentes appelle de l'agitation et souvent même cause du désordre. Dans une région où les têtes s'échauffent pour le plus mince motif, du désordre on glisse bien vite à l'émeute. C'est ce qui arrive en Provence. Boisgelin, La Tour et Caraman n'avaient pas caché leurs craintes à la cour. On ne les écouta guère et il se trouva que leur prévoyance n'était que sagesse. Il faut ajouter que l'émeute trouva des encouragements inattendus dans la sottise des uns et les manœuvres criminelles des autres.

L'obstination des possédant fiefs à soutenir la constitution provençale n'avait pas tardé à porter ses fruits. Seuls avec quelques bourgeois et le haut clergé ils persistaient à défendre ce qui était indéfendable. Il était facile de soulever le peuple contre eux rien qu'avec ce prétexte qu'ils fournissaient imprudemment. Ils eurent le tort de mettre une arme nouvelle entre les mains de leurs adversaires en refusant d'obtempérer aux Lettres de convocation. La désobéissance aux ordres du roi était flagrante. Juste à ce moment s'ouvraient les assemblées préparatoires à l'élection des députés aux Etats généraux. « Les brouillons eurent beau jeu » et ne manquèrent pas de représenter les seigneurs a. comme des gens durs qui, par toute sorte de moyens, vou-

258 LES ÉMKL'TKS

laient s'opposer au bien que le roi voulait faire » (1). Les émeutes éclatèrent un peu partout dans les villes et les bourgs de Provence et elles eurent ce caractère exceptionnel de témoignage, d'amour pour la royauté qui proposait des réformes, de haine pour les seigneurs fieffés qui prétendaient les empêcher. Dans les villes populeuses comme Toulon, Aix et Marseille, il s'y joignit d'autres mobiles. L'hiver de 1788 à 1789 avait été rigoureux et long ; les vins, le blé avaient renchéri dans des proportions inquiétantes; le peuple des ports chômait. La disette se faisait sentir par contre coup dans les campagnes. Paysans et ouvriers souffrent de la faim. L'émeute générale qui va désoler le pays est causée aussi par la famine.

A Toulon, elle a été des plus terribles. Il y a dans la municipalité trois personnes peu sympathiques : Lantier de Villeblanclie, ex-maire, Mourchon, avocat et archivaire de la ville, et l'avocat Beaudin, son adjoint et survivancier. Ils déplaisent surtout à la populace, très dangereuse, car (celle est composée en grande partie de marins et d'ouvriers de l'arsenal : leurs femmes et leurs enfants y jouent un grand rôle... Ces gens qui n'ont que leur travail pour vivre, qui souffrent également et de la rigueur de la saison et de la cherté des denrées, qui ne sont pas payés de leur travail à temps ne se sont pas fait faute de se plaindre et de crier ». Ils y étaient excités par l'exemple ((des basses corporations qui... enflées de la faculté qui leur avait été accordée de concourir au choix des députés aux Etats généraux,

(1) Arch. nat., lî' (59. Lettre d'Albert de Uioms à la Lu/crne, Toulon, 29 mars 1789.

Page 1