L EMEUTE DE TOULON
s'emparèrent de l'administration municipale » (1) La bourgeoisie ignorante de ses intérêts précipita le mouvement. Elle détestait elle aussi l'administration de la ville car (c deux ou trois particuliers soutenus parles bureaux de l'intendance, gouvernaient despotiquement ». Se sentant impuissante par elle-même, peut-être aussi craignant quelque risque dans la bagarre, elle poussa le peuple, usant du même artifice qu'à Marseille et ailleurs. La maladresse de l'archivaire, de son survivancier et de l'ancien maire fit le reste. Au moment où les chefs des basses corporations (2) exigeaient et obtenaient du conseil général de la commune une diminution considérable des impositions locales, Lantier, Mourchon et Beaudin eurent le singulier courage (( de faire observer qu'on ne devait agiter cette diminution qu'après l'issue des Etats généraux; qu'il était notoire que le roi et TEtat avaient besoin d'un secours extraordinaire ; que ce secours ne pouvait leur venir que des provinces et celles-ci les retirer des municipalités, et que celles-ci diminuant leurs impositions locales ne pourraient plus fournir leur contingent, ce qui pourrait mettre en compromis les finances de
(1) Arch. nat., B-^ 69. Lettre <rAlbert de Rioms à La Luzerne, Toulon, 29 mars 1789.
(2) Le sénéchal d'épée de Toulon ignorait, comme beaucoup d'autres, en quoi consistait exactement une corporation, et il avait cru devoir assigner comme telles le corps des maîtres pilotes des vaisseaux du roi et celui des maîtres canonniers. Le premier «. répondit qu'étant subordonné à des chefs et sur le pied mili-
taire, il avait cru de son devoir d'en rendre compte à M. le commandant de la marine, qui n'avait pas cru que le corps fCit dans le cas de comparaître à l'assemblée comme corporation, mais bien comme les autres citoj'^ens. Celui des maîtres canonniers répondit que le même commandant leur avait observé qu'ils n'étaient pas au cas de comparaître à l'assemblée à laquelle ils étaient convoqués o. Arch. nat.. 8^81, 1.2, p. 7
l'Etat » (1). C'en fut assez. Le 23 mars au soir, la foule force les portes de l'hôtel-de-ville et en même temps commence à piller le palais épiscopal. Puis elle tourne sa fureur contre le sieur Mourchon, (( court à sa maison, la saccage du toit jusqu'aux caves, enfonce les tonneaux et répand près de cent milleroles de vin ». Le lendemain, 24, elle démolit l'édifice du piquet de la farine. Cette fois, les bourgeois prennent peur et viennent offrir ce de se mettre eux-mêmes à la tête des patrouilles de toutes les corporations ». Le plus bizarre dans tout ceci, c'est qu'il y a à Toulon près de cinq mille liommes de troupes de terre ou de marine qui auraient pu faire respecter l'ordre. Leurs cbefs n'osaient les faire avancer. Ils craignaient de n'en plus rester les maîtres et redoutaient pour elles le contact du peuple. (( N'est-il pas à craindre, écrivait d'Albert de Rioms à La Luzerne, qu'elles ne se lassent bientôt d'un rôle aussi humiliant, qu'elles ne se laissent gagner à cet esprit qui semble vouloir ramener les hommes à l'égalité? » L'égalité, c'est bien là que les émeutiers visent et ils vont bientôt parvenir à leur but. L'évêque de Toulon et le sénéchal d'épée ont fait placarder cet avis : ce M. l'Évêque de Toulon et M. le sénéchal d'épée, en leur qualité de présidents du clergé et de la noblesse, déclarent à l'assemblée du tiers-état que le premier objet qu'ils proposeront à la délibération de leurs ordres sera la contribution commune à toutes les charges de l'État et qu'ils s'y soumettent personnellement et d'avance ». (2) Cette
(1) Arch. nat., B* 81, 1. 6, p. 8.
Lettre de Mourchon datée de l'hôpital général de Toulon où
J'ai été, obligé de me réfugier avec ma famille, 23 avril 1789.
(2) Arch. nat., B» 81, 1. 0, p. i).