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LES TROUBLES A MARSEILLE

concession tardive finit par calmer les esprits. Le 31 mars, un Te Deum est chanté pour célébrer l'ordre rétabli. Une procession suit la cérémonie. On y porte une bannière et les emblèmes qui y figurent sont significatifs : d'un côté, l'écusson royal et de l'autre une crosse, une épée, une bêche et une ancre. L'union est faite en apparence, sinon en réalité.

A Marseille, l'émeute dure plusieurs jours. Elle commence le 23 au matin par des attroupements dans les divers quartiers. Quand les meneurs se sont comptés, sur les 4 heures de l'après-midi, cinq cents hommes armés, qui de pistolets, qui de bâtons, s'attroupent devant la maison du régisseur des fermes et de là se portent sur l'hôtel de ville. Leurs huées et leurs menaces contraignent les échevins à se montrer et à promettre le pain à 2 sols la livre et la viande à 6 sols. Malgré ces promesses, l'attroupement ne cesse pas. Toutes les portes sont gardées et quand le maire et l'assesseur que l'on déteste paraissent pour gagner leurs demeures, ils sont investis, pressés par la foule et séparés de leurs collègues. M. de Gaillard ne parvient à se réfugier chez le commandant en chef, M. de Caraman, qu'après de longs détours ; M. Capus se sauve dans une maison ; on en brise portes et fenêtres : il ne peut échapper à la mort qu'en passant par le toit d'une maison voisine et à la faveur d'un déguisement (1). Pendant la nuit ils sortent de Marseille et vont chercher à Hyères un climat tempéré et une tranquillité relative, Toulon n'étant plus sûr depuis l'émeute de l'hôtel de ville et celle de la Seyne.

(1) Arch. nat., H. 1274. Lettre de Marseille à Necker, 25 mars des maire, échevins et assesseur 1789.

262 LES p'meutes

C'est en vain que le 24 au matin les distributeurs du pain et de la viande se conforment au taux fixé par les échevins de la ville. A 9 heures, les attroupements recommencent. C'est à la maison du fermier RebufTel que la troupe s'attaque. Tout y est défoncé et pillé. De là elle court au quai de Riveneuve, menaçant les magasins de morues et de blé. Les quatre échevins, couverts de leurs chaperons, sans aucun garde, accompagnés des seuls conseillers de ville et de quelques députés du tiers qui ont bien voulu se joindre à eux, finissent par faire entendre raison aux plus furieux.

Tout ceci est le compte rendu quasi officiel puisqu'il émane des échevins àNecker. Il contient cette phrase significative : (( C'est un grand bonheur que dans une pareille circonstance il n'y ait eu aucun citoyen dans quelque classe que ce soit qui ait personnellement souffert T). Tout s'est donc borné à quelques carreaux cassés et à des portes endommagées. Rarement on vit une émeute aussi bénigne. Ce sont pourtant ces mêmes échevins qui, avec 32 autres, dépêchent au roi « un comparant portant que la ville est révoltée, quelesruisseauxcoulentdusang,... que la jeunesse effrénée ne respire que sang et carnage y> (l).Le promoteur de ce comparant est un certain Borelli des Carmes, qui a signé le premier. Parmi les autres, on sait que s'y trouvent Demandolx, lieutenant civil, Catelin, ancien lieutenant civil chassé, Lavabre, avocat, Villecrose, avocat, tous les Hugues, parents de M. de Caraman, dont le fils épousa la fîlle de Hugues l'aîné, le riche ; les

(1) Arch. nat., H. 1274. Lettre de Louët, de Marseille, à son pèrej à Paris, 15 mai 1789.

CARACTÈRES DE LKMEUTE d'aIX 263

prud'hommes aussi, sur le conseil de Lavabre. Aussitôt que ces délateurs à faux apprennent qu'on les soupçonne, ils partent pour Avignon.

Leur comparant était revenu de Versailles sous un pli ministériel à l'adresse des échevins. La foule l'apprend et veut connaître les noms de ceux qui l'ont faussement accusée. Les femmes du peuple assiègent l'hôtel de ville, un bâton d'une main, l'autre pleine de sable qu'elles puisent dans leur tablier pour jeter à la figure des échevins qui ont signé eux aussi. Et ces deux échevins accusés d'une aussi basse action, leurs noms sont prononcés par toute la foule : Durand et Thulis. Les officiers de la ^arde bourgeoise sont obligés de leur servir d'escorte pour gagner leur maison.

L'émeute d'Aix a ceci de particulier que c'est un grand seigneur, un possédant fief, qui en a été la cause, le héros et qui a failli en devenir la victime.

Le 25 mars, les bourgeois et citoyens de la ville non corporés se rendent à l'hôtel de ville pour y élire leurs députés à l'assemblée de la sénéchaussée. En attendant que l'assemblée se complétât, le premier consul, La Pare, se tenait sur la porte. Le peuple qui se pressait sur la place l'interpelle. On lui demande, comme partout, la diminution du prix du pain et la suppression du piquet. La Pare jette quelques écus. La foule a crû dans des proportions inquiétantes. Une femme, plus hardie que les autres,

lance quelques paroles malséantes. La Fare riposte qu'elle n'est faite que pour manger « la fiente de ses chevaux ».

Les huées s'élèvent devant cet outrage. M. de Duranti Collongue, second consul, voit le danger. Il presse son collègue de rentrer dans l'hôtel de ville. Au lieu d'écouter ses sages conseils, La Fare crie à quatre soldats de garde de (( faire un rempart devant lui ». Pendant ce temps la populace redouble ses huées et « fait les cornes ». La Fare j>erd la tête. Saisissant le fusil d'un soldat, il fait mine de tirer. M. de Duranti essaye vainement de lui arracher le fusil des mains. Des pierres volent autour des deux consuls qui rentrent enfin dans la maison commune. Mais l'émeute est déchaînée.

Ordre est donné de fermer les portes en toute hâte. La grêle de pierres continue. En un clin d'œil les vitres sont brisées. La fureur du peuple est au comble. Les plus enragés se glissent par des soupiraux à ras de terre, pénètrent dans les prisons de la police et là font effort pour enfoncer une porte qui donne sur le grand escalier. Les bourgeois électeurs calent cette porte avec des poutres. La Fare est à ce point dément qu'il veut mettre son chapeau et parler à la canaille qu'il vient d'insulter. Et de toutes parts elle hurlait : <( A mort le consul ! »

Un électeur, Gabriel, se dévoue. Il ouvre une fenêtre, découvre sa poitrine, fait signe qu'il veut parler. Sa mimique est comprise par quelques uns; il a toutes sortes de peines à se faire entendre. On lui crie : « La clef des greniers ! » — La Fare se résigne à signer un billet par lequel il ordonne au concierge des greniers d'abondance de livrer les clefs. Le billet va être jeté au peuple quand un élec-

l'ahrivke de caraman 265

teiir, Perrin, montre au consul le danger de sa résolution. Le peuple qui crie sur la place c( n'est pas le vrai peuple assemblé pour le quart d'heure dans les églises du collège et du faubourg ». Ce sont des crocheteurs et des gens de peu qu'on apaise en leur accordant une légère diminution sur le prix du pain et de la viande. La Fare se laisse persuader. Le premier billet est déchiré et un second promet de faire droit aux exigences populaires.

Mais tout cela a pris du temps. La populace n'a plus de pierres ; elle attaque la grande porte de l'hôtel de ville à coups de hache. Parlementer de près avec elle, c'est risquer sa vie Les électeurs qui se sont dévoués pour la Fare, Gabriel, Faure, Perrin et Dubourg imaginent d'escalader la tour de l'horloge. De là ils pourront peut-être faire entendre aux assaillants que le premier consul a fait droit à leur requête. Mais, quand ils sontarrivésaudonjon,ilsne peuvent voir le peuple ni en être vus. Celui-ci, abandonnant l'attaque de face, s'est rangé du côté de la rue Saint Laurent pour éviter la troupe qui va donner.

Environ 80 soldats avec 2 officiers à pied étaient en effet accourus. C'était bien peu. Caraman commandait, à cheval et suivi de son fils, de son capitaine des gardes et d'un aide de camp. Quand la troupe arrive près de l'hôtel de ville, trois crocheteurs lancent des pierres sur le premier rang qui fait feu. Plusieurs personnes sont blessées mais, malgré le feu qui continue, les pierres pleuvent de toutes parts : la troupe lâche pied et se disperse.

La place libre est envahie à nouveau. Les électeurs juchés au haut de la tour de l'horloge jettent dans un mouchoir l'ordonnance de La Fare, qui porte

la diminution du pain et de la viande. II est probable qu'on se méprend sur leurs intentions pacifiques car des pierres forcent les électeurs à se retirer et à rentrer dans l'hôtel de ville.

Là le désarroi est au comble. On craint de voir la grande porte céder aux coups furieux qui la battent. Pour sauver leur vie, un certain nombre ne voit qu'un moyen : livrer La Fare à ceux qui le réclament. Perrin et Gabriel combattent cette lâcheté. Puis Gabriel, voyant que ses avis étaient dédaignés, prend un parti héroïque. Il fait entrebâiller la porte, se jette au milieu des révoltés, en embrasse plusieurs, parle aux autres. L'effusion produisit son effet. Les électeurs apeurés purent se glisser chacun leur tour hors de la maison commune. Pour La Fare, qui avait perdu sa belle assurance, Simon et Saurin vinrent à son secours. Il s'évada par une fenêtre de derrière. Heureusement pour lui, une pluie printanière le protégea. Son parasol le cachait en partie. Une femme qui l'aperçut cria : c'est lui ! c'est lui ! Mais son cri n'eut pas d'écho. La Fare en sûreté, on fit ouvrir les portes des greniers et en moins de trois heures tout le grain fut pillé.

Mirabeau était à Marseille quand il apprit ces attentats. Il est permis de supposer qu'il n'en ressentit pas un chagrin bien amer. Le héros de l'émeute, il ne pouvait l'oublier, -c'était le fieffé qui l'avait fait exclure des rangs de la noblesse. A cette heure, sa superbe était certes bien vengée. Le jeudi matin, 26, il vint àAix,eut une entrevue avec Caraman. Caraman, qui avait couru les plus sérieux dangers dans la bagarre et avait réellement montré grand courage, comprit que lui seul pouvait ramener Tordre et lui abandonna le soin de la police intérieuie de la ville.

LA MÉSAVENTUUE DE M. DE SUFFUEN 267

Les paysans s'offrirent à leur idole pour lui prêter main-forte. Il fit publier à son de trompe que les personnes qui avaient pris du blé au delà de ce qui était nécessaire à leur provision eussent à le reporter aux greniers publics, que nul ne serait recherché à cet effet. Trois jours durant, la milice bourgeoise ne fut occupée qu'à faire charrier les grains restitués.

Mais alors le branle est donné. A l'exemple de la populace des villes, le paysan se rue aux pires excès. L'évéque de Sisteron se trouvait depuis le 12 mars au château de Pierrevert, chez sa sœur. Il en part le 14 pour se rendre à Lurs et de là à l'assemblée de la sénéchaussée. Des bruits fâcheux circulaient sur son compte. On disait ouvertement ce qu'il favorisait le sieur Nicolas de Sisteron dans un amas considérable de grains » (1), un pacte de famine au petit pied. L'évêque arrive à Manosque au milieu des huées. Il visite l'hôpital, le séminaire et un couvent de religieux. Par malheur, c'était jour de marché. Les paysans du lieu ainsi que ceux des environs, qui chômaient à cause du mauvais temps, se rassemblent à la porte du couvent. Les maire-consuls, Issautier, Nicolay et Lautier, s'y transportent en hâte en compagnie du subdélégué. Juste, l'évêque en sortait. On lui jette d'abord a des pelotes de

(1) Arch. nat., H, 1274. Lctli-e du subdélégué de Manosque à La Tour, 14 mars 1789.

neige, puis des pelotes de terre ». Sa voiture se faisant attendre, il veut poursuivre sa route à pied. Vainement les consuls essayent de l'en dissuader. Les pelotes de neige continuent à pleuvoir sur lui, le subdélégué est atteint d'une pierre au visage et pense en perdre l'œil droit. Il est forcé de rentrer à Manosque i( tout tremblant et au désespoir de sentir M. l'évéque exposé à la fureur du peuple ». Cependant l'évéque parlementait.il demande au peuple ce qu'il lui a fait: ce Nous sommes pauvres, lui répond-on, vous êtes riche. Nous voulons tout votre bien ». Quelques-uns commencent à creuser sa fosse (1). Enfin sa voiture arrive. On l'y hisse tant bien que mal. Mais les rênes sont coupées et le véhicule roule vers Lurs au galop des chevaux épouvantés. Quand il arriva dans son château, l'évéque était dans un état pitoyable, avec plusieurs blessures à la tête et le corps tout meurtri.

A Riez, l'évéque est assailli dans son palais que l'on a entouré au préalable de fascines pour l'incendier. L'évéque se soumet, on veut bien lui permettre d'en venir à composition moyennant une promesse de 50,000 liv. (2). — L'archevêque d'Aix en a bien promis le double. — On voulait exiger qu'il brûlât ses archives. II a réussi à esquiver ce malheur. — A Yians, trois hommes crient sur la place publique, le jour du marché, le l^r avril : (( Peuple de Vians, seriez-vous assez lâche pour ne

(1) Il est à peine besoin de faire ne laccepter que sous toutes

remarquer que cette partie de la réserves.

relation a été écrite par le mar- (2) Arcli. nat., H. 1274. Lettre

quis de SuflVen Saint Tropez, de La Tour à Neckcr. Aix.

frère de l'évéque, et que la qualité 30 mars 1789. (lu correspondant nous oblige à

MM. DE PUYLOUHIKU FIT DE PEINIEU 269

j)as VOUS révolter comme Tont fait vos voisins (1) ? On réussit à en arrêter deux que Ton conduit aux ])risons d'Aix. — Le même jour deux autres vont à Hoquevaire. Ils demandent s'il y a un seigneur? on leur répond que non ; s'il y a quelques nobles ? on leur répond que oui et ils ripostent : Il faut tuer tous ces gens-là. — Deux autres encore (ils ne vont que par deux) crient : il faut faire aujourd'hui des vêpres de Sicile. — Voilà des paysans bien au courant de leur histoire ! — A Soleilhas, diocèse deSenez, le château, du seigneur, M. de Fortis, a failli être brûlé. —M. dePuyloubier en a été quitte à aussi bon compte. Ce seigneur était un homme prudent. Il fit armer ses chasseurs, ses valets et quelques habitants dont il était sûr, les rangea en bataille sur sa terrasse, si bien que les assaillants furent obligés de se retirer, en ajoutant d'ailleurs la promesse de revenir en plus grand nombre. M. de Puyloubier jugea plus sage de se réfugier à Aix.

Le 26 mars, l'effervescence continue. A Peinier, le seigneur, un octogénaire, le président de Peinier, est assiégé dans son château par cent cinquante paysans ; à leur tête marche un consul escorté d'un notaire. Ils forcent le seigneur à signer un acte en bonne et due forme par lequel il renonce à tous ses droits. A Salernes, fief du comte de Galliffet, maréchal de camp, les habitants forcent la maison de son homme d'affaires, lui enlèvent sept ou huit mille livres, arrachent le curé de son confessionnal, le contraignent à signer leurs doléances. Le curé doyen âgé de quatre-vingt-cinq ans, doit signer aussi.

(1) Arch. nat., H. 1274. LeUre de MM. de Noyers et de Mons, 8 avril 1789.

Puis ils conduisent de force leurs troupeaux dans les terres ensemencées de M. de Galliffet a en sorte qu'ils ont détruit par cet acte de méchanceté l'espérance de la récolte prochaine )>.A Pertuis, ils s'attaquent aux moulins où l'on moud les farines et emportent tout le blé qu'ils y trouvent. A la Seyne, un homme rassemble la populace au son du tambour. Des femmes vont chercher une bière et la portent devant la maison d'un bourgeois en lui criant qu'il lui faut se préparer à la mort. Le bourgeois se sauve par derrière; on envahit sa maison, on la pille, on brûle ses papiers. De là les émeu tiers courent au piquet de la farine et le détruisent. Il faut les troupes de M. Coincy pour les arrêter. A A Hyères, les paysans de Carqueiranne et de la Crau appellent des ouvriers étrangers : et tous ensemble démolissent le piquet, enfoncent les portes de l'hôtelde ville, déchirent les archives elles jettent par les fenêtres; la maison du notaire Giraud est dévastée; on y enlève jusqu'à la rampe de fer qui orne l'escalier. Le lieutenant général de la sénéchaussée réussit à grouper autour de lui la bourgeoisie, qui met fin au pillage. A Aups, même scène, avec cette aggravation que Brouilloni, seigneur de Montferrat, est assassiné. Le même sort attendait le premier consul. Heureusement pour lui qu'il a dû partir pour l'assemblée de h\ sénéchaussée d'Aix. A Brignoles réside le directeur de la régie des cuirs. Sa maison est forcée et on fait un feu de joie avec tous ses registres devant sa porte. Le couvent des religieuses a le même sort et de plusieurs maisons on enlève les grains qu'on y trouve. A Barjols, cin- ([uante à soixante hommes, paysans et vagabonds, chantent qu'ils sont les maîtres et qu'ils vont rendre

SAINT MAXIMIN, BKIGNOLES 271

la justice. Voici comment ils s'y prennent. D'abord ils mettent la main sur cinquante charges de blé qui appartiennent au chapitre ; les bénéficiers et chanoines doivent en donner quittance à leurs fermiers. Les dames religieuses du monastère de Sainte Ursule sont plus adroites. Pour prévenir le pillage, elles donnent 1800 livres, tout leur avoir. Par groupes de quinze à vingt, les émeutiers procèdent avec méthode. Les particuliers à qui il est dû des sommes importantes, ils les forcent « à les quittancer à leurs débiteurs ». On assommerait ceux qui feraient quelque difficulté. Celui-ci devra se désister d'une procédure criminelle, celui-là d'un décret qu'il a obtenu. « On a même forcé un père à donner son consentement au mariage de son fils :&. Ceci étant un délit d'un genre inconnu jusqu'alors, je ne le retiendrai pas à l'acquit de l'émeute. — A Saint Maximin, ils sont quatre cents qui réclament avec insolence le pain et la viande à bon marché. La journée du 26 est passée et l'émeute dure encore. Le 27 elle se rallume par endroits. Les officiers municipaux de Brignoles ont baissé le prix du pain à deux sols pour la première qualité, à un sol six deniers pour la seconde; ils ont jeté de l'argent à la foule. Ils croient qu'elle va se dissiper. Pas du tout. C'est aux propriétaires des moulins que les révoltés en ont. Ils leur font passer malgré eux un acte de vente de leurs moulins à la communauté moyennant 5000 livres par an et pendant dix ans, sans intérêts. Puis, pour témoigner leur joie de ce que satisfaction leur a enfin été accordée, ils ordonnent aux cordeliers de célébrer une messe en action de grâce. Tout cela ne prend fin qu'après que le premier consul, Feraud, homme très énergique, a fait mettre en prison quatre

des plus compromis. Le reste se sauve et la ville est enfin délivrée du cauchemar qui l'obsédait. — A Arles, les consuls réussissent à empêcher l'émeute par une contribution volontaire.

Quand les grondements du populaire se sont apaisés et que le combat a cessé faute de combattants, les gens en place qui se sont tapis au plus profond de leurs caves ou blottis au plus secret de leurs greniers, risquent la tête dehors. C'est le moment de l'enquête. Ils ne songent pas à remonter aux causes premières de l'émeute (1), ils ne pensent pas à pardonner à des excès peut-être excusables chez des gens qui mouraient de faim. Ils n'ont qu'une idée en tête : la vengeance. Ils en appellent au parlement et à ses suppôts. La potence arrive et le bourreau fonctionne.

(1) «... La rareté du hlé, la mauvaise police que l'on observe sur le commerce de cette denrée, les impositions accablantes qu'on met dans les villes sur les comestibles et notamment sur le pain et la viande, ont excité des mouvements dans divers cantons de la province. Mais ces mouvements malheureux ne sont que le cri du désespoir et de la faim, et ils n'auraient pas lieu, Monseigneur, si le système de l'égalité dans la contribution et dans la représentation était adopté, si le peuple ne payait quen proportion de ce qu'il a, si ses représentants surveillaient le produit de ses impositions, si leur substance, le fruit de leurs sueurs n'était plus envahi par des sangsues qui profitent du désordre et de la confusion, nous ne craignons pas même de le dire, du despotisme de l'administration actuelle pour le dévorer.

Trop aigrie par le régime barbare qui, dans une même famille, laisse les uns dans la mollesse, l'abondance et l'affranchissement de toutesles charges, et les autres dans les peines et les privations les plus cruelles, dans les persécutions et l'esclavage, la partie la plus pauvre, la plus infortunée et la plus grossière du peuple s'est permise dans quelques endroits des atrocités alarmantes contre Tordre et la tranquillité publique... C'est la misère de ce peuple infortuné, c'est la dureté, l'insensibilité, le despotisme des grands (jui ont fait des coupables... Mais il ne sont peut être coupables que parce qu'ils étaient trop malheureux ». Cette ad mi râble lettre serait à citer tout entière.

Elle est adressée à Necker et signée de Latil et Verdollin, Aix, 25 mars 1789. Arch. nat., 1^ 9, 1. 2, p. 16.

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