CHAPITRE VIII
Conclusion.
Je supposerai, dans les remarques qui terminent cette coui te esquisse du Mouvement Coopératif Britannique, qu à rinstar des premiers coopcrateurs, mes lecteuis sont socialistes ; qu’ils acceptent, comme un idéal vers lequel tendent leurs efforts, un état social dans lequel tous les cito}'ens serviront la communauté, de toutes les forces de leur àme, et recevront, en échange, une rémunération cori espondant au bien-être personnel nécessaire pour assurer le plein et libre usage de leurs facultés intellectuelles et physiques. A ceux que n’animeraii: pas cette aspiration vers l’Etat socialiste et qui n alliaient pas foi en sa possibilité, les observations qui suivent paraîtraient assurément di'iplacées. Je conseille donc aux sociologues, qui cherchent seulement à se documenter sur des faits passés ou présents, et aux philosophes satisfaits de la civilisation actuelle, de fermer le livre maintenant : les pages suivantes ne sauraient leur appoiter aucune satistaction et pourraient même leur causer une irritation de nature à troubler l’heureuse assimilation des chapitres précédents.
Les citoyens de la (îrande Bretagne ont-ils, dès maintenant, sujet de croire ou même d’espérer que 1 action combinée des organisations trade-unioniste et coopérati\e suffira a réaliser 1 idéal de Robert Owen, —
CON’CLUSION
c’est à dire un état dans lequel les salaires de tous les travailleurs leur assureront un degré effectif de civilisation et dans lequel tous les citoyens feront volontaiiement à la communauté la prestation du maximum de leurs capacités? La réponse, je le crains bien, ne saurait être douteuse. Même si les Trade- Unionistes et les Coopérateurs travaillaient dans une entente parfaite, l’association volontaire, quelqu’école admiiable et quelqu’exemple convaincant qu elle fût, se montrerait encore insuffisante comme méthode unique de réforme sociale.
Le mouvement coopératif, s’il est un exemple frappant et important d’une solution complète des difficultés administratives de la démocratie industrielle, ne constitue actuellement qu’une portion relativement insignifiante de l’industrie nationale. Le capital total du Rovaume Uni est évalué à dix milliards de livres steiling : douze millions seulement sont administrés par des associations volontaires de consommateui s. IMais, diiont les coopérateurs enthousiastes : pourquoi ne dév elopperait-on pas le régime de la coopération démocratique jusqu’à ce qu’il embrasse tout le champ de 1 industiie? Recherchons donc les limites, sociales et économiques, probables, de l'extension future de cette forme de self-
gouvernement démocratique.
Le premier obstacle à une extension indéfinie du Mouvement Coopératif, dans le régime social actuel, réside dans les conditions de viede certaines classes. Des hommes, qui n’atteignent pas un certain étalon de vie. pu qui vivent dans l’isolement, changeant continuellement de résidence et d’occupation, sont inaptes a l’association volontaire, soit comme consommateurs.
soit comme producteurs. L’existence au jour le jour du tiavailleur accidentel, l’inertie })h3’sique de la victime du « sweater », les habitudes vagabondes et les aspirations irrégulières des colporteurs et de la population liç'bride des hôtels garnis, — en un mot la turbulence ou 1 abattement mortel qui résultent de la misère, tempérée parla paresse ou augmentée par l'épuisement ph^’sique, ne permettent pas le développement des qualités indi\iduelles et collectives nécessaires à l’association et au self gouvernement démocratiques. C’est là une vérité qui n’a pas besoin d’étre démontrée : c’est une plainte c|ui revient sans cesse, dans les congrès de Trade-L nions et de Coopératic es. Ce n’est pas par une co'mcidence accidentelle que les organisations trade unioniste et coopérative sont surtout florissantes dans les métiers qui sont régis par les lois protectrices du travail, tels c]ue l’industrie textile et les mines ; tandis que les salariés de Birmingham et de Londres, qui travaillent a domicile ou dans d(?s ateliers non réglementés, paraissent inaptes à l’association, soit comme producteurs, soit comme consommateuis. L’histoire ouvrière des cincjuante dernièies années démontre pleinement que la règlementation légale — aboutissement de V association obligatoire — est le seul moyen éfticace de hausser la condition de certaines catégories au niveau social où l’association volontaire devient possible. Mais, que l’on admette ou non que l’absence de réglementation légale soit la principale cause de cette incapacité à l’association, il est incontestable que les quatre cinquièmes environ de la classe salariée se tiennent en dehors des mouvements coopératif et tradeunioniste.
CONCLUSION
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Si la iiauvreté et l’irrégularité de la vie forment la limite inférieure du développement de la coopération, le dédain et l’indifférence, issus du luxe, constituent la limite supérieure aux aspiiations ou aux aptitudes pour le self-gouvernement démocratique. Les classes, haute et movenne. dont les revenus sont dispiopoitionnés à leurs besoins réels, exigent la servilité de commerçants et la production, irrégulière et variée, de manufacturiers qui fassent des profits. La hâte active et les réponses brèves de l’employé du Magasin irritent les nerfs délicats de la grande dame, habituée à la docilité silencieuse et à l’empressement immédiat d employés bien stylés, payés pour attendre son bon plaisir et ses convenances. Les caprices de la mode, les extravagances de la vanité personnelle et de désirs habitués à être comblés, ne trouvent pas leur satisfaction dans une industrie qui se propose de pourvoir aux besoins raisonnables et durables. Dailleuis, la grande tension d’esprit, corrélative a l’administration consciencieuse d’une grande fortune, ou l’apathie pioduite pai la satisfaction mécanique de tous leurs désiis éloignent les 1 iches consommateurs des responsabilités de 1 association. La nausée physique et l’épuisement mental sont le lot fréquent des riches aussi bien que le fléau des tiès pauvres; l’amour de la propriété personnelle et 1 espiit de rivalité, engendrés par les ambitions sociales, détournent effectivement l'excédent d énergie des classes aisées de toute forme d’association démocratique. Bout amener la p'iande masse des individus des classes
hautes et movennes dans la sphère d action du mouxement coopératif, il faudrait frapper leurs revenus supérieurs à 400 liv. -sterling (10,000 fr.) par an, d un impôt
progressif s’élevant à vingt shillings j^ar livre! (loo poiii cent). La propagande aupjès des riches est aussi vaine qu’auprès des très pauvres; si les Coopérateurs K veulent taire des affaires » avec ces catégories sociales, il faut qu ils ajoutent à leur programme politique quelques aiticles, dont il n’est pas nécessaire ici de préciser le caractère.
Les limites sociales ne sont pas les seules bornes de 1 Etat Coopératif : les limites administratives ne sont pas moins importantes. Le groupe de citoyens qui administient un magasin ou une W holesale consiste nécessaiiement dans les consommateurs actuels des maichandises et des articles fournis par ces organisati(jns. Oi , cette tonne spéciale de la démocratie suppose un groupement administratif cjui n’est pas toujours possible ou désiiable. On ne conçoit pas les steamers de la ligne Calais-Douvres possédés et gérés par les passageis. Si 1 on jugeait utile dt’ faire entieprendre ce service par la communauté, il faudrait que le gouvernement central, à l’exemple de l’Etat Belge pour la ligne
Ostende-Douvres, établît un service national de steamers.
Les Coopérateurs les plus convaincus, ceux mêmes qui voudraient entreprendre l’administration commune des chemins de fer, n’oseraienr pas soutenir que le gioupement administratif convenable pour le (' l^ondon and II cstern » consisterait dans les voyageurs et les commerçants qui l’emploient. Tous les citoyens, qu’ils O} ^§cnt ou non sur les chemins de ter, sont indirectement intéressés, comme consommateurs ou comme jiroducteuis de niarchandises, a l’exploitation des modes de transport qui perçoivent des droits sur ces objets. Si 1 on adoptait pareil groupement, il en
CONCLl'SION
résulterait qu’une catégorie importante de consommateurs serait saciifléc. On peut ajouter que la difficulté de réunir un corps ])ermanent et qui représentât vraiment les différentes catégories de voyageuis et de commercants rendrait impossible toute administration rapide et méthodique. Dans le seul exemple, c}ue je connaisse, d’une organisation de consommateurs (jui ait entrepris l’exploitation de moyens de transport — les Docks de Liverpool — , l’admission a été limitée aux commerçants qui paient au moins 8 livres sterling de droits par an, de manière à former, en dehors d’une clientèle accidentelle et dispersée, un grouyie responsable de proprietaires intéressés de façon permanente à la gestion des docks. Et encore, dans le Conseil d’administration des Docks de la Mersev, la communauté est représentée directement par quatre délégués du gouvernement.
Ainsi, dans quelques industries des plus importantes, une démocratie populaire de consommateurs serait une circonscription impossible ou détestable pour un selfgouvernement représentatit. klais il y a encore d’auties limites administratives, plus importantes, à la coopération. Chaque fois qu'il s’agit d’un monopole, naturel ou artiliciel, le consommateur actuel serait un mauvais représentant de la communauté. On ne saurait, par exemple, investir les fermiers et les travailleurs agricoles, de la propriété des terres de la nation; tout groupement de propriétaires qui exclurait une portion de la communauté serait une mauvaise circonscription. S’il fallait nationaliser les richesses de notre sous-sol, on ne saurait remettre la propriété des mines aux patrons ni même aux ouvriers houilleurs. D’ailleurs, à la consommation obligatoire doit correspondre l’association obligatoire.
La touiniture d objets d une consommation aussi universelle que le gaz, beau, les routes, l'éclairage des rues, doit-ètre évidemment assurée par une association obligatoire de consommateurs, si l'on veut maintenir une démocratie industrielle. Par exemple, si le Magasin de Sheffield avait pris à sa charge les deux millions et demi de livres sterling payés par la municipalité pour 1 établissement d’un service d'eau, la coopérative de Shefheld serait évidemment devenue une coalition de capitalistes percevant des bénéfices ou supportant des pertes dans une entreprise commerciale avmnt pour objet de pourvoir à certains besoins des citoyens restés, par ignorance ou par indifférence, en dehors de l’association. En d autres termes, nous serions revenus au SAStème individualiste de 1 industiie avec ses avantages et ses inconvénients — c’est-à-dire à une forme de société que nous n’avons pas à discuter maintenant.
Dans cet exemple du magasin de Sheffield, nous touchons à une limitation, financière aussi bien qu’administrative, de la cioissance rapide de l'entreprise coopérative, comparée aux autres formes d'entreprise démociatique. Tandis qu’une municipalité, grâce à la puissance collective de l’association obligatoiie, peut chaque année lever, sous forme d'impôt, plusieurs millions sut les citoyens, c’est à pas de tortue que la coopérative accumule le capital. Il suffit de comparer les 3oo millions possédés et gérés, d’apiès l’estimation de iM.Giften en i885,par les municipalités (les exploitations gazières montaient à elles seules à 2i millions) avec les 12 millions de capitaux coopératifs. Pour résumer ces limitations évidentes de la République Coopérative, nous pouvons diie que toutes les manifestations les plus
CONXLUSION
vastes de la richesse nationale, telles que la terre, les movens de transport et tous les sei vices de consommation obligatoire (gaz, eau, matériel d’assainissement, etc.) sont exclues du domaine possible des associations
volontaires de consommateurs.
Nous n’avons pas encore terminé la descrijition des limites de l’Etat Coopératif. Tout le commerce national extérieur en est nécessairement exclu. 11 est en effet évident qu’il ne saurait s'agir ici d’une démocratie ouverte des consommateurs actuels, à moins que nous n'attendions la conversion miraculeuse des hordes de Chinois et des sauvages de l’Afriipie aux doctrines de Robert Owen. Assurément, on peut concevoir que le système coopératif se développe chez d’autres nations Anglo- Saxonnes, avec qui nous sommes en relations commerciales,et que des rapports, semblables à ceux qui existent entre les Wholesales Ecossaise et Anglaise, s’établissent entre les organisations centrales correspondantes de l’Australasie, du Canada, de l’-Amérique et de la Grande- Bretagne. Mais, d’autres aspects du socialisme semblent destinés à prévaloir en Austialasie ; et, quant au peuple américain, adonné tout entier à la recherche du profit individuel, il ne montre ni aspiration, ni aptitude à d’autre forme de gouvernement qu à une démocratie nominale dirigée par une ploutocratie coi rompue. Les Coopéiatives et les Wholesales Britanniques jiourraient, il est vrai, s’engager résolument dans un commerce rémunérateur avec les marchands des pays étrangers ; elles pourraient aussi exporter l’excédent de leur production,de manière à obtenir dans les industries qu elles ont entreprises les « revenus accrus » d'une fabrication sur une grande échelle. iMais il est facilede comprendre
tous les dangers qu une pareille entreprise comporte pour l’intégrité et la prospérité du mouvement coopératif. fous les avantages économiques du contrôle de la production par les consommateurs actuels disparaissent. Une fois de plus, les coo]>érateurs goûtent au fruit défendu de 1 industrie — au j^rofit sur le prix. Si le bénéftce de leurs exportations devenait une part considérable de leur revenu total, ces associations de consommateurs, qui ont le droit de limiter, quand il leur plait, le nombre de leurs membres, seraient fortement tentées de fermer leurs portes à de nouveaux adhérents. Ainsi, les \\ holesales se transformeraient peut-être en machines a profit pour le compte de producteurs capitalistes, et l’habitude de commercer au loin avec d’autres que leurs membres pourrait fort bien se compléter par l’introduction des mêmes pratiques dans le commerce intérieur. La hausse ou la baisse du cours des actions des Magasins et des Wholesales, cotées à la Bourse, par suite d’un changement de direction ou du bruit d’une guerre étrangère, pourrait entraîner toute l’œuvre du système de Rochdale à une situation lamentable, sinon à une ruine désespérée par les rivalités intestines des Sociétés ou par leur coalition contre les intérêts de la communauté.
Ceux d’entre nous qui croient au r règne millénaire » d une démocratie industrielle pleinement développée aperçoivent donc, dans le commerce extérieur, le dernier domaine de l'administration capitaliste de l’industrie. Une association volontaire de cooperateurs ne peut pas entreprendre le commerce extcrieui'. Ici encore, la seule participation possible de la coopéiation démocratique nous ramènerait rapidement au régime
CONCLUSION
individualiste — au profit sur le prix et à la recherche du gain individuel. Si ces industries doivent passer un jour aux mains des représentants d’une démocratie, elles seront évidemment administrées par l’organisation politique du peuple entier — par l’Etat et par les municipalités. De cette façon seulement, les profits, inévitables dans les transactions avec l’étranger, seront capitalisés pour le compte ou distribués pour l’utilité de tous les citoyens.
Les limites du domaine probable de l’Etat Coopératif sont donc dès maintenant entièrement perceptibles. La fonction des associations de consommateurs se réduit, en fait, à la distribution de certains articles d’usage personnel, dont la production n’est pas nécessairement un monopole, dont la consommation n’est pas absolument obligatoire et qui sont l’objet d’une demande considérable et constante. Dans l’Etat social actuel, une partie seulement de la nation, — la classe intermédiaire qui n’est ni troy) pauvre ni trop fortunée pour le selfgouvernement démocratique — est accessible à la démocratie sociale. Essayons d’exprimer ces limites par des chiffres cpii nous montrent leur étendue en fonction du revenu du Royaume-Uni. Je tiens d’ailleurs à prévenir le lecteur que je fais toutes réserves sur l’exactitude de ces calculs; je Ls emploie comme une forme commode de résumer ceitaines démonstrations, mais non comme une évaluation précise des possibilités présentes ou futures du mouvement coopératif.
Supposons que les coopérateurs , sans vouloir réduire par des mesures législatives les revenus des classes bourgeoises, se décident à user de leur puissance politique pour élever l’étalon de vie des
classes déshéritées au niveau social où l’association volontaire devient possible. Supposons encore qu’ils aient réussi dans leurs efforts : les magasins et les institutions fédérales qui en dépendent pourraient alors espérer englober dans leur sphère d’activité toute la dépense des revenus ouvriers. Sur lés i3oo millions de livres sterling des revenus nationaux, ceux de la classe salariée sont évalués par les statistiques à 5oo millions au plus. Tl faut déduire de ce chiffre loo millions représentant les loyers, les abonnements pour beau et le gaz, et les diverses taxes. Or, les marchandises et les services de cette catégorie ne peuvent, comme nous l'avons démontré, faire l’objet d’une extension du régime coopératif. Soixante-dix autres millions de revenus ouvriers sont dépensés en alcool : aucun coopérateur ne ]iropose évidemment d’entreprendre la fournituie des liqueurs et de la bière au monde coopératif.
Il nous reste donc 3oo à 35o millions qui pourraient représenter le chiffre d’affaires du commerce coopératif. Il est inutile de faire observer au lecteur que les revenus de la classe ouvrière, et plus spécialement la proportion de ces revenus qui pourrait etre dépensée au Alagasin, sont susceptibles d’une augmentation presque indéfinie. C’est ainsi que les dépenses en boissons tomberaient à un chiffre modeste, si les qualités du self-gouvernement démocratique étaient développées chez tous les travailleurs. Et il n’est pas nécessaire de recourir à des mesures socialistes pour (]ue les revenus bruis de la classe ouvrière soient considérablement accrus. Mais il y a toute raison de croire c]ue les mêmes progrès d’intelligence et (.le sobriété, parmi les
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ouvriers, permettraient aux capitalistes d’obtenir un intérêt plus élevé et aux landlords d’exiger de plus forts loyers. En d’autres termes, quelle que pût être l’augmentation de la richesse totale de la nation, la part proportionnelle des travailleurs dans les revenus nationaux resterait, toutes choses égales, toujours la même.
Le commerce des coopératives ouvrières pourrait donc, même dans l’état social actuel, montei du revenu actuel de 35 millions de liv. steii. aux 35o millions dépensés ]iar la classe ouvrière pour sa consommation domesti(]ue. ùlais la production coopérative a des limites plus étroites encore. Une très faible proportion de marchandises pourraient être produites sous un régime industriel coopératif. Les impoi tâtions de nourriture et de tabac constituent la grande masse de la consommation ouvrière. Il faut également retrancher les dépenses faites, non pas en marchandises neuves mais en articles d’occasion, ayant déjà passé entre les mains des classes bourgeoises, et qui représentent une part importante de la consommation ouvrière. Enfin, nous nous trouvons en présence de la limitation économique de 1’ (( unité de ]uoductivité d — j’entends par là la nécessité d’une demande suffisamment considérable pour permettre la fabrication rémunératrice d'un pioduit. C’est ainsi que la Wholesale s’est jusqu’à présent sentie impuissante, malgré la proximité de son siège social au centre de 1 industrie cotonnière, à entreprendre la manufacture des étoffes de coton. La grande variété de calicots et d’indiennes, achetés par la classe ouvrière, fait cpie la quantité de chacune des variétés ou des qualités, demandées par les coopérateurs, est trop peu considérable pour en assuier une production avantageuse, même par l’or-
ganisme central de la coopération, (iette « unité de productivité » est la muraille blanche que les coopérateurs ont déjà remarquée comme la frontière effective de la production coopérative. Il est d’ailleuis évident que cette frontière pourra être reculée de plus en plus par Textension du commerce coopéi atit.
Pour résumer cette évaluation approximative, nous dirons qu’il ne nous paraît pas concevable (]ue, dans les conditions sociales actuelles, le chilfre d’atfaires coopératives puisse dépasser 3oo à 400 millions — ce qui supposerait seulement nn capital de 78,000,000 liv. st., si le rapport actuel entie le commerce et le capital coopératif restait le même. Comme le capital ouvrier est évalué actuellement à 169 millions, nous nous heurterims donc toujours â la difficulté actuelle d employer tout le capital de la classe ouvrière dans les àlaeasins et les \\ holesales.
Les Coopérateurs ont donc raison d’affirmer qu’ils auront toujours à leur disposition une surabondance de capitaux, dont la Coopération démocratique ne peut d'ailleurs tiouver l'emploi. L’école individualiste de coopérateurs, si l’opinion que j’ai émise sur les obstacles économiques et administratifs qui supposent à la réalisation de l’idéal de l’atelier autonome était ei tonnée, et si elle réussissait à convertir la classe ouvrière britannique à ses principes, aurait toujouis à sa disposition une réserve importante de capital ouviiei. La clientèle des riches, soucieux de la bonne qualité des produits, capables de payer un bon piix d un bon article, et portés d’ailleuis, par la (uainte du socialisme montant, à encourager les efforts indi\ idualistes, pourrait devenir la terre de félicité réservée à l’atelier
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autonome ; tandis que toute l’industrie d’exportation pourrait passer aux mains de sociétés industrielles en nom collectif, combinant la directirni capitaliste auto- ■cratit|ue avec un s\'stème de participation des bénéfices. Ainsi les diverses formes de coopération ne sont pas nécessairement appelées à se concurrencer. Les coopérateurs de l’école individualiste, s'ils parviennent à surmonter des obstacles purement économiques, trouveront qu’ils ont pour ennemis, non pas les secrétaires des Magasins ou les directeurs des W'holesales, mais les Trade-Unions.
J’ai volontairement omis une limitation de la capacité administrative de l'organisation coopérative, souvent invot|uée par les adversairesde la coopération démocratique — la centralisation de la direction des Wholesales. En effet la constitution de ces sociétés est indéfiniment élastique et modifiable ; et de plus, je pense que l’administration d’un capital de y5 millions et que l’organisation d’un commerce de quelques 35o millions de liv. sterh, bien qu’elles constituent une entrepiise difficile, ne dépasseraient pas les ressources du régime coopératif actuel, à supposer même que les constitutions des Fédérations ne fussent pas modifiées !
Telles sont les limites externes au domaine possible des associations volontaires de consommateurs. Mais il 3’ a aussi des obstacles internes à la réalisation du rêve des coopérateurs enthousiastes — l’absorption par une
communauté coopérative du tribut entier, levé actuellement sur les travailleurs par ceux qui « ne peinent et ne filent ». Une portion importante des revenus de la communauté sont perçus par des capitalistes et des landlords, qui n’ont rendu aucun service peisonnel à
la nation. Les coopérateiirs n’échappent pas au paiement de pareille taxe. De même (puî les communautés owénites, les membres des Magasins et des Wholesales, entourés par un régime industriel fondé sur la concurrence, ne peuvent pas échapper au tribut de la rente ou de l’intérêt, même sur leur propre domaine. Sans doute, l'intérêt des douze millions de capitaux coopératifs est payé à des associés, c’est-à-dire qu’il grève la consommation de tous les membres et qu’il est perçu par une minorité de coopérateurs capitalistes ; mais la rente fonçière est généralement, sinon toujours, touchée par un capitaliste étranger, soit sous forme de loyer, soit comme intérêt du capital dépensé par la coopérative pour l’achat de sa propriété. Le Magasin de Bury, par exemple, n’échappe pas à la taxe d’un revenu par Lord Derby ; le fait que la société soit devenue propiiétaire du terrain ne modifie pas la situation, puisque Lord Derby perçoit de cette communauté de travailleurs l’intérêt du capital qui lui a été payé comme prix de ce terrain.
Le régime coopératif d’industrie n’a donc fait taire qu'un pas de plus à l’œuvre de la Révolution Industrielle prédite pai Robert Owen. Par la démocratie ouverte du Alagasin, il a transfo’mé l’administration individualiste de l'industiie en une administration sociale et assuré ainsi les bénéfices de l’entreprise à la communauté en général. Il est vrai que le premier pas est toujours le plus difficile. L’administration démocratique de l’industrie impliipie la présence d’actives qualités intellectuelles et morales, au lieu que la perception mécanique de la rente et de l’intérêt ]>eut être accomplie par des pensionnaires d'hôpitaux ou
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d’asiles. Mais le Mouvement Coopératif Britannique a laissé la propriété individuelle, maîtresse de la tene et des moyens de subsistance, à l’intéritur comme au dehors de l’Etat coopératif. Si la démocratie anglaise veut accomplir les transformations sociales, prophétisées par Robert Üvven dans son « nouveau système de société )), si elle est décidée à ajouter à la production sociale des richesses (réalisée par la nouvelle industiie) et à l’administration et au contrôle communiste (introduits par les mouvements coopératif et trade-unioniste) la propriété communiste de la terre et des movœns de production, elle devra employer résolument les outils forgés par la politique démocratiijue, l’imposition de toutes les formes de richesse sans travail et des ^ros
revenus, et l’expropriation (qui peut d’ailleurs comporter une indemnisation personnelle) de toutes les portions du patrimoine national, mûres pour l’administration démocratique. 11 y a de nombreux précédents à la méthode de l’imposition d’une classe sociale et de l’expropriation individuelle avec indemnité, destinées à rendre la communauté propriétaire ou maîtresse des instruments de production. Un ministère conservateur a récemment proposé d’employer la taxe sur les boissons à racheter les cabarets ; un ministère radical pourrait évidemment proposer une taxe foncière pour exproprier les landlords, et, sans doute, M. Ritchie, quand il sera chancelier de l’Echiquier (ministre des finances) dans un futur ministère conservateur, proposera un impôt municipal progressif sur les successions immobilières, de façon à rendre peu à peu la municipalité maîtresse des habitations comme des rues. Mais, de même qu’une léfonne de la loi sur les pauvres, ces
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mesures de soulagement à une classe écrasée par la propriété, dépassent les cadres duin essai sur la forme d’industrie démocratique, connue sous le nom de mouvement coopératif.
Pour conclure, je veux encoie insister sur cette idée que les bornes sociales, administratives et économiques de l’Etat coopératif ne limitent aucunément la puissance des coopérateurs dans la vie nationale, La réunion de toute la classe ouvrière dans une Union coopérative, d’un côté, et dans une Fédération de tradeunions, d’autre part, ferait des travailleurs les véritables maîtres de l’Etat. L’organisation des travailleurs comme consommateurs empêcherait en fait toute tentative des propriétaires et des capitalistes pour amener certaines catégories de la classe ouvrière, par la promesse trompeuse d’une hausse nr)minale de salaires, à soutenir une politique piotectionniste, sous la forme législative des tarifs douaniers ou sous la forme économique des trusts et des coalitions capitalistes. Si les tonctionnaires de ces deux Fédérations, qui représentent les intérêts vitaux de la consommation et de la production, voulaient bien conclure une alliance solennelle, il serait relativement facile d’exclure de la communauté les parasites de toutes classes, qui consomment sans produire, et, en même temps, de donner à ceux qui aujourd’hui produisent sans consommer à leur faim, une meilleure place au banquet national. Je crois avoir suffisamment démontré que pareil résultat ne sauiait être atteint sans l’aide de la loi, cet aboutissement de l’association obligatoire : mais, pour que nous parvenions à une démocratie pleinement développée, il faut d’abord que la nation, dans son ensemble, possède les
qualités morales qui ont permis aux coopérateurs d’introduire le « self-gouvernement » démocratique dans une certaine ]-)ortion de l’industrie, du commerce et des finances britanniques. C’est suitout comme réformateurs moraux que les coopérateurs méritent de prendre place dans les rangs de l’avant-garde du progrès humain. Tout en portant le domaine coopératif jusqu’à ses limites extrêmes, ces coopérateurs devraient résolument faire pénétrer leurs méthodes et leur esprit dans l’administration de la paroisse, de la municipalité, du comté et de l’Etat : réalisant ainsi, par le développement lent mais certain du self-gouvei nement démocratique, le système coopératif industiiel de Robert Owen
Les deux groupements distincts de réformateurs sociaux, issus des enseignements de Robert Owen, — les coopérateurs et les socialistes britanniques, unis à nouveau, par des aspirations communes pour la démocratie industrielle, sous la bannière de la Réforme radicale, peuvent accepter, comme l’expression complète et exacte de leurs tendances et de leurs méthodes, ces paroles du grand démocrate John Bright : « Je suis « convaincu que l'ignorance et la misère pourraient <( être diminués dans une mesure incalculable, et que « de nombreux Edens, beaux de fleurs et riches en (( fruits, pourraient s’élever dans les solitudes dévastées « qui s’étendent devant nous. Mais il n’y a pas de « classe qui puisse accomplir cette œuvre. La classe <( qui a, jusqu’à présent, dirigé notre pays, y a échoué « misérablement. Elle se complaît dans sa richesse et (( dans sa puissance, tandis qu’à ses pieds, la multitude <( qu’elle a négligée constitue un péril redoutable pour
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