L'AVENIR
« La confiance que l’on a dans une combinaison pour supprimer, où même adoucir les maux de l’humanité, est un des plus frappants exemples de la badauderie humaine. Il y a des gens sensés qui tombent en pâmoison devant la société coopérative : c’est la nouvelle panacée universelle », écrit un des maitres de l'Ecole libérale, M. Panl Leroy-Beaulieu, visant les associations de consommation et de production, et paraphrasant une vieille pensée de M. Thiers, cet homme d’infiniment d’esprit, mais ce bien mauvais prophète qui, parlant du rôle des chemins de fer, avait dit: « Ce ne seront pas deux barres de métal mises à côté l’une de l’autre qui changeront le monde. »
John Stuart-Mill, Frédéric Bastiat, Proudhon, souriaient, eux aussi, de la téméraire tentative des vingt-huit tisserands de flanelle de Rochdaie, n’en soupeonnant pas les conséquences universelles. Et cependant, l’action de cette poignée d’ouvriers malheureux qui, de la vie, ne connaissaient que la
misère, qui ne recevaient de lecons que de la souffrance, a entraîné des millions d'êtres à braver tous les sacrifices pour conquérir la jouissance intégrale du fruit de leur travail Combien John Stuart-Mill, Frédéric Bastiat et Proudhon ont-ils encore de disciples?
La science de cabinet, la tranquille spéculation de l’économiste qui échafaude de savants traités et du juriste qui forge et lime les codes, s’émoussent contre la force conférée aux faibles par une faim inapaisée, par une espérance irréalisée de justice et de bonheur.
Les faits ont parfois raison de la doctrine.
Il importe, cependant, de ne pas oublier les paroles du Faust de Gœthe :
Ni l'art, ni la science ne suffisent.
11 faut encore apporter de la patience à l’œuvre.
La coopération danoise s’est merveilleusement développée sous des directions extrêmement habiles. Cependant elle est encore jeune. Elle n’a pas quitté l’âge de la croissance, et c’est justement pour cela que le plus bel avenir peut lui être prédit, sans crainte d’erreur.
N’hésitons pas à le reconnaître; le mouvement coopératif danois doit remplir encore beaucoup de tâches importantes. Mais comme l’a fort bien remarqué M. Andréas Nielsen, au Congrès coopératif international de Hambourg (1910): « C’est
peut-être le côté faible, peut-être aussi le côté fort de la coopération danoise de n’entreprendre une nouvelle tâche que lorsqu’elle est certaine de son succès économique. »
La coopération de crédit
Il est incontestable que les Xreditforeninger ont permis à la population rurale de se plier, dans une large mesure, aux coûteuses exigences de la technique agricoïe contemporaine. Le paysan à pu ainsi fertiliser la terre par des engrais abondants et méthodiquement choisis; sélectionner les races domestiques et obtenir des bestiaux, des chevaux, des pores, une basse-cour de premier ordre ; monter et faire fonctionner des établissements modèles, tels que des laiteries et des abattoirs. Mais est-ce bien là tout le problème du crédit agricole? Non. Il ne s’agit pas seulement de faciliter, sur quelques points, les petites transactions et de permettre aux husmænds — comme le fait la loi du 26 mars 1898 — de se procurer, pour six ou neuf mois, des quelques pièces d’or qui serviront à payer graines, engrails et outillage.
Le véritable problème (1) consiste à donner aux producteurs des champs les moyens d'accomplir le complet défrichement des régions incultes, les tra-
(1) Voir Georges Desbons. La Revue socialiste, syndicale el coopérative, 1912.
vaux de desséchement des marais, de reboisement, de captation des eaux, d'irrigation, de drainage, de labour profond, de fumure, en un mot, tous les travaux si vastes, si urgents qui doivent mettre la masse paysanne dans une position plus favorable encore pour s'enrichir, tout en accroissant la fortune foncière du Danemark.
Pour accomplir cette œuvre nationale, le crédit agricole doit être centralisé. Les caisses locales ne peuvent pas parer à un choc économique important. Restreintes dans deur expansion, elles ont fatalement un crédit restreint. Se fédéreront-elles en se superposant une administration unitaire qui, tout en respectant, dans la plus large mesure, la liberté des organismes élémentaires, leur imprimera une direction générale et permettra ainsi aux caisses des régions prospères de secourir les caisses des régions en proie à une crise? C’est, sans doute, une première mesure qu'il n’y a pas lieu de négliger et qui est, d’ailleurs, conforme à la grande loi de concentration des entreprises. Mais un bon nombre de propriétaires ruraux se tiennent à l’écart de ces associations, souvent les plus riches, ceux qui ont le moins besoin des caisses de crédit, ceux qui, par conséquent, par leur adhésion imprimeraient une impulsion fort sensible au crédit collectif. L’amour de la liberté qui caractérise les Danois s’oppose à ce qu’un acte de la puissance publique vienne obliger tous les agriculteurs à adhérer aux £réditforeminger. Le même sentiment humilie d’ail-
comme il arrive parfois
leurs le husmand, lorsque —- les grands propriétaires condescendent à se faire les banquiers des petites mutualités de leur voisinage. Les nouveaux seigneurs d’argent tendent alors à considérer la masse rurale comme leur clientèle — au sens romain du mot. Kt ce peut être là, comme en Italie, un danger politique à ne pas dédaigner.
D'autre part, à quel moment ces sociétés reçoivent-elles le plus d’appels de leurs membres ? En temps de crise, lorsque l’agriculture ne fait plus d’aussi brillantes affaires que précédemment, lorsque les paysans sont gênés. Il est un proverbe qui a été vrai dans tous les siècles et qui reste encore exact chez tous les peuples: « On ne prête qu'aux riches ». Précisément lorsque la masse rurale a le le plus besoin d’aide, son crédit fléchit. L'’agriculture est la fortune de la Nation. Celle-ci a donc intérêt à lui faciliter la possession du capital qui lui est nécessaire. Pourquoi ne le lui procureraït-elle pas elle même ? Lorsqu’elle a bien voulu les couvrir de son crédit, les jeunes Husmaændsforeninger ont vu s'ouvrir tous les coffres-forts auxquels elles frappaient: leurs obligations ont même été admises à la cote des bourses anglaises — faveur qui fut refusée à d’autres Kreditforeninger abandonnées à leurs seules forces. C’est l’indice de la facilité qu’aurait la Nation — la plus grande des coopératives qui puisse exister entre des frontières — à . trouver les sacs d’or que demande la terre danoise,
Pratiquement, les obligations, que la nation émettrait, se présenteraient sur le marché sous l’aspect d’un titre unique — au lieu de la multicolore diversité des obligations régionales actuelles. Cette unification du titre est un important facteur de réussite : l'exemple de l’Allemagne nous le prouve. Par ailleurs, pour ne pas être écrasé par une charge trop lourde, le cultivateur ne devrait, raisonnablement, payer qu’un intérêt de 2 %. Or, les caisses d’aujourd’hui exigent un taux oscillant de 3,6 à 5 %. Seule, la nation est désignée pour accorder le taux pratique. Elle empruntera à 3 % un certain capital qu’elle fournira ensuite aux propriétaires associés à 2 % — ce qui soustraira les petits cultivateurs à la tutelle des gros fermiers, bailleurs de fonds äes Xreditforeninger. La différence entre l’intérêt servi pour ces obligations (3 %) et l'intérêt payé par les cultivateurs (2 %) ne constituera pas une perte sèche pour les finances publiques: par les impôts qui ne manqueront pas de frapper, d’une manière ou d’une autre, les richesses créées grâce à cette nouvelle organisation de crédit, le Trésor rentrera largement et rapidement dans la totalité de ses déboursés. Si c’est indispensable — très subsidiairement, comme disent les gens de robe — cette différence pourra, à la rigueur, être couverte par une subvention inscrite au budget national, qui se présentera comme une prime au développement de la richesse publique — prime qu’il sera juste de faire payer par la
collectivité des Danois qui tous, bien qu’à ses degrés et sous des formes diverses, profiteront d’un accroissement de la fortune du pays, du patrimoine commun.
Dira-t-on que ce sera là une aggravation de la Dette nationale? Erreur. D’ordinaire un Etat emprunte en rentes perpétuelles. Le capitaliste fournit une somme d’argent. L'Etat la dépense souvent improductivement. En théorie, il ne la rembourse jamais. En réalité, il en paie les intérêts chaque année et indéfiniment. Les intérêts sont versés par les contribuables sous forme d’impôts et ils s’élevent d'autant plus que l’Etat est plus follement prodigue, a un domaine plus réduit affecté au service de ka Dette. Généralement même les lieux qui garantissent les créances des capitalistes ne rapportent absolument rien. Au contraire, ils nécessitent des dépenses souvent fort onéreuses: ce sont les palais nationaux, les collections scientifiques, les galeries d’art. La charge tombe donc directement et, par suite, très lourdement sur les épaules du public.
Dans la solution proposée, rien de semblable.
L’emprunt est garanti — comme celui contracté aujourd’hui par les Kreditforeninger et les associations fondées en vertu de la loi du 26 mars 1898 — par les propriétés foncières des cultivateurs associés, autrement dit par des biens productifs dont une partie des revenus est, chaque année, affectée non neulement au service des intérêts, maïs
par le système des remboursements fractionnés, à l’amortissement de la dette. Le contribuable est, par là, assuré de ne pas être écrasé par un nouveau et meurtrier fardeau.
Objectera-t-on encore que l’Etat est un déplorable banquier, qu’il n’a aucune aptitude économique, que la faveur risquera de déterminer bien des prêts à fonds perdus?
Vaine argumentation. Il n’est pas question de faire de l’Etat une caisse de crédit agricole. Ce serait créér une nouvelle cohorte de fonctionnaires : la bureaucratie est une plaie cancéreuse qui ronge trop profondément les nations d’aujourd’hui. Un fonetionnaire, pontifiant dans son cabinet à Copenhague, ne peut savoir si un prêt doit être consenti à un husmand perdu dans un village de Fionie ou de Bornholm.
Seuls, les voisins de ce paysan, ceux qui sont en rapport constant avec lui, sont à même de juger sa solvabilité, son honnêteté et son mérite. Le crédit doit rester local et, pour que la camaraderie et la fraude ne viennent pas inciter ses voisins, ses associés à fournir sur l’emprunteur des références en contradiction avec la réalité, leur responsabilité est indispensable : le crédit doit rester mutuel.
L'Etat — expression juridique de la coopération nationale — sera le guide, Ie garant et l’administrateur suprême de la coopération de crédit. Il superposera son autorité et son propre crédit à ceux des Kréditforeninger.
Ce système est en harmonie parfaite avec l’évolution du crédit agricole en Danemark.
La centralisation, nous la trouvons déjà, sous forme embryonnaire, dans le vigoureux effort des chefs du mouvement coopératif. Ceux-ci, — considérant que la clientèle des caisses d’épargne de province «et des banques rurales, agents non coopératifs de crédit agricole, se compose, en majeure partie, d'individus ‘appartenant à des organisations coopératives (associations d’achat et de vente, de productiôn, de consommation) ; autrement ‘dit, estimant que cette clientèle est coopérative, — ont voulu lui donner un instrument de crédit intégra lement coopératif et ont créé la Banque coopérative de Danemark (den Danske Andelsbank). Le but principal de cette banque est de fournir du crédit aux sociétés coopératives agricoles; ses membres sont des coopératives et quelques caisses d’épargne.
Elle poursuit cependant deux autres buts: — a) servir de banque centrale aux caïsses d’éparone et aux banques rurales, fourmilières de coopé-
rateurs, et les amener ainsi à la coopération; — b) fournir des fonds de roulement aux agriculteurs pris individuellement. L'expérience, seule, pourra montrer quelle sera sa fonction primordiale. Pour le moment, il suffit de constater que les coopérateurs eux-mêmes ont reconnu la nécessité de centraliser leur organisation de crédit et qu'ils ont créé
un organisme répondant à cette fonction nouvelle, dans une zone partielle de leur champ d’action.
Autre manifestation des tendances centralisatrices : la fondation, par la loi de 1906, de la « Banque Hypothécaire du Royaume de Danemark », dans le but d’assurer un cours normal aux obligations des associations de crédit foncier. Comme premier fonds, l’Etat lui a remis 20 millions de couronnes. Et c’est aussi un indice de l’entrée de l'Etat dans une voie d’intervention plus active. D'ailleurs, depuis 1904, une série de lois a mis à la disposition de l’Etat environ 32 millions de couronnes affectés à des prêts aux petits propriétaires.
Cette évolution est en harmonie parfaite avec la politique danoïse. Quand l'expérience et le temps ont montré que l’heure est venue de transformer en une institution d'Etat l’œuvre entreprise par des associations, les pouvoirs publics ont toujours recours à ces dernières pour en assurer le fonctionnement, le contrôle et la direction. Au besoin, ils leur délèguent les sommes inscrites au Budget dans ce but.
En l'espèce, le respect de ces associations vivaces, prospères et utiles assurera Île suecès de cette sorte de renaissance du crédit rural. Sans heurt, sans aléa, la prospérité de l’agriculture s’intensifiera et le Danemark pourra ainsi ajouter un fleurom à sa pacifique et glorieuse couronne coopérative.
La coopération de consommation
Les progrès continus de la Faellesforeningen for Danmarks Brugsforeninger — qui unit presque toutes les coopératives danoises de consommation — permettent d'envisager avec une absolue confiance l’avenir de la coopération de consommation. Ses promoteurs et ses dirigeants actuels dut cherché et sont parvenus à suivre la Wholesale de Manchester. Formidable entreprise, cette Wholesale! Elle a fondé des comptoirs en Australie, au Canada, en Espagne, en Suède, aux Etats-Unis, en Alllemagme, en France (à Rouen et Calaïs), en Danemark. Elle possède une forte fabrique de suif en Australie, des plantations de thé à Ceylan. A côté d’un établissement horticole modèle — célèbre par ses fraises et par ses tomates — elle à installé, à Rodenestate, une maison de repos pour ses sociétaires et leurs familles. Ses voyageurs sillonnent le monde: en Grèce et en Asie-Mineure, par exemple, ils laissent chaque année cinq millions de francs, rien que pour des raisins et des fruits secs. Elle vient d’acquérir récemment pour ses docks, le long du canal de Manchester à la mer, un immense terrain qu’elle a payé 1.250.000 francs. Jusqu'à ces temps derniers, elle disposait d’une flotte lui appartenant en propre; si elle n’a conservé que deux navires affectés au service de Manchester à Rouen,
c’est que — violant, du reste, les principes coopératifs — elle a trouvé plus d’avantages momentanés à conclure un contrat de transport avec une compagnie Cp navigation. La Faellesforeningen for Danmarks Brugsforeninger marche sur les traces de la grande sœur. Sur les 422 francs de marchandises que chaque coopérateur danois achète annuellement aux associations de consommation, elle fournit 386 francs. On saisira mieux la valeur de ce chiffre en songeant que, sur les 308 franes portés annuellement par le coopérateur français à la coopération de consommation, le magasin de gros français ne fournit que neuf francs.
Déjà, ‘a Faellesforeningen for Danmarks Brugsforeninger a ouvert des succursales dans diverses villes, à Aarhus, à Aalborg, à Horsens, à Odense; elle possède une fabrique de chocolat, une manufacture de tabacs, une raffinerie de sucre. Son siège social sis à Copenhague, à proximité du port, est un établissement confortable. Elle a deux grandes propriétés à Aarhus et à Rolding qui valent l’une 166.000 et l’autre 270.000 couronnes.
Devant la coopération de consommation danoise, la route est large et l’horizon radieux.
La coopération de production
Une constatation est ici nécessaire. Pendant quelques années, les exportations des coopératives danoïses ont subi un mouvement de baisse.
Elles rencontrent sur le marché d’Angleterre, leur principal point de destination, des compétitions nouvelles émanant de régions économiquement plus neuves, partant plus redoutables. Malgré leurs qualités intrinsèques, elles ne sauraient interdire à certains consommateurs britanniques ae préférer les œufs d'Irlande, du Canada, d’Australie. Elles n’empêcheront pas davantage, demain, la Russie de s’adjuger la place qui lui reviendra dès que ses éleveurs se seront munis des appareils nécessaires à la conservation des œufs pendant les chaleurs.
Les laits et les beurres conservés d’Australie, d’Océanie, du Canada cherchent eux eussi à fixer à leur profit les clientèles anglaises et coloniales. Si le beurre coopératif danois tient encore la tête de l’importation dans la Royaume-Uni et l’Empire britannique, il est serré de près par celui
de la France. . . . . . . danslerapport de 0,4 à { de la Nouvelle Zélande. . , — 0,3 à Î de l'Etat de Victoria . . . — 0,217; à 1 dur Canada eee a NET — 0,21/9 à 1 delaPHOolanAe ee — 0,2 à Î deSiDérion de mer Mois — 0,2 à 1 HÉROS EEE EME TER ERA 0,2 à 1
L'’importation des viandes américaines dépasse celle des viandes coopératives danoises. Celle du Canada l’atteint déjà.
Ces faits seraient-ils le signe précurseur de l’agonie des coopératives danoises? Justifient-ils le
glas funèbre que se hâtent de sonner quelques économistes ?
Sont-ils particuliers aux coopératives ? Non. Ils s'étendent à toute l’exportation danoise.
Que signifient-ils en définitive? Que le Danemark a des rivaux sérieux : la concurrence, par l’émulation qu’elle détermine, sert de stimulant au progrès. Génératrice de sa vitalité, elle est au monde économique ce que le soleil est au monde physique. Manifestation de la lutte pour la vie, aiguillon des énergies individuelles, instrument de sélection, elle assure la victoire au plus fort, au plus habile et, en définitive, au plus honnête : la loyauté est la suprême des habiletés.
Que les colonies prennent un développement agricole et commercial rapide: la Société n’a qu’à s’en féliciter. Dans l'intérêt universel, aucune richesse ne doit rester à l’état de virtualité. Toutes doivent trouver la possiblité de se dévélopper.
I] serait d’ailleurs puéril de s’hypnotiser devant une banale diminution d’un chiffre d’exportation et de lui attribuer une importance démesurée. En voici deux preuves. Par suite des prix élevés atteints par les fourrages et les céréales à la fin de 1908, le Danemark n’a pu exporter en 1909 que 95 millions de kilos de viande de porc, au lieu des 108 millions de l’année précédente. Les producteurs danois n’ont pas été en perte pour cela: la livre de lard se vendait 0 fr. 64 en 1908, elle s’est vendue 0 fr. 75 en 1909, — En 1912, l’exportation du beurre en An.
gleterre tomba de 89.500.000 kïlos à 85.000,000 kilos ; sa valeur dépassa 3 0/0 celle de 1911, et cette augmentation des prix fournit aux producteurs une plus value d’environ deux millions de couronnes — deux millions sept-cent quatre-vingt mille francs !
La diminution des quantités de marchandises exportées ne peut donc pas être regardée comme un indice de crise et d’expropriation partielle. Le serait-elle, aurait-on raisonnablement le droit d’en tirer un argument quelconque contre la coopération? Mais des sociétés anonymes, produisant dans des conditions identiques, n’échapperaient pas aux mêmes nécessités, aux mêmes Rene, aux mêmes lois!
La concurrence, le développement fatal et nécessaire de ses rivaux, quelle occasion pour la coopération de manifester une fois de plus sa soupies. se, sa vitalité! À elle, d'adapter sa production à la consommation de ses clients: elle y réussit, puisqu’elle se trouve encore en bénéfice lorsque svu exportation diminue! A elle d’éliminer toute routine de son organisation et de chercher de nouvelles méthodes, de nouveaux procédés permettant de produire toujours mieux, toujours meilleur marché, pour le plus grand profit de tous les consommateurs. Elle y parvient brillamment, sans tomber dans la déplorable et générale pratique des industriels et des commerçants: la substitution de matières premières de qualité inférieure à des matières de qualité supérieure. Elle y parvient si bien, que,
grâce à elle, l'exportation globale danoise a haussé de 548 millions de couronnes en 1910 à 682 millions en 1912. Son commerce de viande a presque doublé depuis quatre ans.
Victorieusemnt elle franchit les obstacles et contourne les difficultés. Ses concurrents ont encore en elle un adversaire dangereux, n’en déplaise à ceux qui, se contentant d’un examen superficiel et contredit par les plus récentes statistiques, se réjouissaient déjà de ce qu'ils croyaient l’indice d’une soudaine et précoce décrépitude.
Dira-t-on que les frais de production agricole suivant un continue] mouvement ascendant, ies bénéfices des coopératives se réduiront chaque année? Tous les producteurs agricoles sont soumis à cette loi, expression de l’industrialisation de l’agriculture. Ils verront done, tous. leurs dépenses d’exploitation représenter une valeur supérieure à celle des revenus de la terre! Prophétie absurde! Les frais d’exploitation augmentent, c’est certain. Mois la valeur relative des produits agricoles progresse de même. Pour le producteur, il y a compensation, s’il peut se plier à cette augmentation en avançant le gapital nécessaire. C’est justement ce que lui permet la coopération de crédit. À son égard, ce phénomène économique est alors absolument neutre.
Objectera-t-on encore que, malgré les prévisions et :
les précautions, les coopératives danoises risquent, dans certains états de crise, sur des marchés bouchés, de ne pas écouler la totalité de leurs denrées,
— situation éminemment fâcheuse, se traduisant fatalement par des pertes de marchandises périssables exigeant une consommation assez rapide? Le fait s’est produit en 1906. Qui a utilisé la majeure partie des produits invendus, à des prix fort avantageux? La population urbaine du Danemark. La coopération de production fut en déficit. Elle a permis ainsi une très notable économie à bien des ouvriers de l’industrie qui, sur le point de s’expatrier, ont renoncé à leur projet. Répétée à des degrés divers pour chaque individu et additionnée pour la masse, cette épargne représentait une somme relativement considérable. Quelle a été sa destination ? Elle est retournée en grosse part, sous forme de souscriptions d'obligations et d’actions, à la coopératicn de erédit, de consommation et de production, qui l’a employée à des améliorations techniques destinées à rendre la vie plus facile, plus économique et le travail plus rémunérateur.
Le succès des associations de production en particulier et. de la coopération agricole en général n’est pas encore en Danemark à la veille de se muer en
un écroulement lamentable.
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