‹ La coqueluche du quartier: vaudeville en un acteChapitre 21 sur 22 · SCÈNE XVII · texte numérisé non relu

SCÈNE XVII

Les MÊMES , W MINET , M'"^ PINSON , M'"-^ GEIGNEUX.

Elles donnent le bras à leurs cousins.

ENSEMBLE, en se mettant à table.

Air des Jolies filles deStilberg.

Ah! pour nous quelle fête En ce moment s'apprête !

Surtout que rien n'arrête

Ici notre plaisir.

Loin de nous toute crainte, Point d'ennui, de contrainte 1 On doit se réjouir.

Car nos époux Sont loin de nous.

Pendant ce temps, les trois maris se sont agités en reconnaissant leurs femmes. Tout le monde est assis, le Cuirassier seul est debout.

TOUS. Eh bien! cuirassier?

LE CUIRASSIER. Je n'ai pas de chaise.

FRANÇOISE. Prenez la mienne.

Il prend la grande chaise de Françoise, et domine tout le monde. On rit.

LES TROIS MARIS , à part. Ma femme !

GEIGNEUX, Et ne pas oser se montrer !

PINSON. Minet a eu là une jolie idée!

FRANÇOISE , bas aux trois femmes. Vos maris sont ici... cachés dans des cages à dindons.

M™^ MINET. C'est bon à savoir.

FRANÇOISE , à Robert. Eh bien! monsieur le jaloux , vous me soupçonniez encore !

ROBERT. Françoise!... je suis un faquin... mais je te demande mon pardon... tu me l'accordes... je t'embrasse et tout est dit.

Il l'embrasse.

FRANÇOISE. Ne VOUS gênez pas!... Ah ça, il faut faire honneur au souper.

MINET, à part. Je crois bien... c'est nous qui l'avons fourni.

ROBERT. Passez la galette du père Geigneux.

LE HUSSARD. Pas de quartier pour la galette du cousin !

GEIGNEUX , à part. Infâme hussard !

FRANÇOISE. Mangeons la crème de monsieur Pinson et le cœur de monsieur Minet.

LE DRAGON. Dounez-m'eu beaucoup du cœur du cousin.

M™^ MINET. Et à moi aussi... que nous le dévorions pour me venger... le cœur de mon mari.

MINET , à part. Je rage. .. je rage.

GEIGNEUX. Avec ça qu'on est très-mal là dedans.

MAGASIN THEATRAL

ROBERT. Ah ça, c'est très-bien de se restaurer, mais il faudrait un peu égayer ça...

TOUS. C'est juste.

FRANÇOISE. Je ne vois qu'un moyen , c'est de chanter.

TOUS. Oui... oui... chantons...

FRANÇOISE. Je commence.

Air des Petits Métiers de Paris.

Ahl que la vie est agréable!

Où peut-on êtie mieux qu'ici?

On est près d'une bonne table...

Et l'on est loin de son mari 1

ENSEMBLE

Ah. ! que la vie etc.

i FRANÇOISE.

On doit se venger, sur mon âme, D'un époux volage et bourru.

Tout mari qui trompe sa femme Doit en revanche être battu.

ENSEMBLE

Ah 1 que la vie, etc.

Les refrains se chantent en frappant sur les assiettes avec des couteaux et des fourchettes, les maris s'agitent beaucoup dans leurs paniers.

ROBERT. Maintenant enlevez la table, et une petite contredanse.

TOUS. Dansons... dansons...

PINSON , à part. Mais c'est une orgie des plus échevelées.

On danse et en passant on bou seule les paniers dans lesquels sont les maris,

ROBERT. Le galop.

En faisant le tour de la scène en galopant on fait tomber les trois paniers, et les trois maris paraissent à découvert.

ENSEMBLE

Air : Vaud. Bonne Vieille, La drôle de figure 1 Que veut dire cela?

J'ignorais, je vous jure, Que ce magot fût là.

MINET , debout , mais toujours dans son panier. Il faut que ça finisse, à la fin.

PINSON , de même. La patience a des bornes.

GEIGNEUX , de même. Elle a des bornes la patience.

LE HUSSARD. Ah ! c'cst nos cousins qui se sont permis...

LE CUIRASSIER. Nous avous un peu z'à causer z'ici, cousin.

LE DRAGON. Nous allous en découdre.

M""^ GEIGNEUX. Arrêtez , militaires ; nous nous chargeons de la vengeance.

jime PINSON. Oui, oui, nous avons un compte à régler avec ces messieurs.

MINET. Comment, mesdames?...

jyjme mïKet, prenant l'oreille de son mari^ qui se baisse et disparaît dans le panier. Osez-vous bien prendre la parole après votre conduite?...

]^me pip^soN , à son mari. Même jeu. Silence... coureur !

M""= GEIGNEUX , â son mari. Même jeu.

Taisez-vous , polisson !

MINET , sortant sa tête. Je crois que nous ferons bien de filer doux.

PINSON , de même. Nous sommes heureux d'en être quittes à si bon marché.

GEIGNEUX , même jeu. Nous sommes heureux d'en être quittes à si bon marché.

ROBERT. Allons, union et oubli... car un peu de galanterie d'un côté , un peu de coquetterie de l'autre , tout le monde a bien quelques petits reproches à se faire pardonner.

FRANÇOISE. C'est vrai.

ROBERT. A notre noce, qui a lieu demain, et à quoi nous vous invitons tous, vous achèverez de faire la paix.

TOUS . Vive la mariée !

Les maris sortent des paniers.

FRANÇOISE. Oui, mes amis, je me marie demain.. . plus de cadeaux , d'oeillades et de billets doux... mais un bon mari, qui me rendra heureuse , je crois que ça vaut mieux que d'être la coqueluche du quartier.

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