‹ La corbeille de fraises; comédie en un acteChapitre 3 sur 9 · LES MEMES, RENE · texte numérisé non relu

LES MEMES, RENE

RENÉ (accourant et lançant son chapeau en l'air quand il apei"^ çoit son frère).

Te voilà! Jules! Qu'est-ce que tu fais? Tu cueilles

des fraises... Ah! gourmand, va! c'est pour les manger sans moi !

Jules (contrarié).

Non, ce n'est pas pour les manger. Mais ne t'occupe pas de moi. A-t-ou jamais vu un curieux pareil?... Tu aurais bien fait de rester encore une heure dans ton lit.

René (chagriné).

Oh! mon bon Jules, pourquoi es-tu fâché? Je t'ai entendu remuer dans la chambre, ça m'a réveillé et j'ai été tout étonné de voir que tu avais l'air de te sauver sans rien me dire. Ordinairement, nous jouons toujours ensemble, pourquoi ne voulais-tu pas de moi aujourd'hui?

Jules (attendri).

(A part.) Le père François avait raison, j'allais faire de la peine à ce pauvre René. (Haut.) René, écoutemoi : jai été tout à l'heure un vilain égoïste, j'ai voulu cueillir tout seul des fraises afin de les oftrir à bonne maman pour sa fête. J'aurais dû t'avertir pour que nous nous réunissions en lui faisant cette surprise...

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René.

C'est vrai, c'est sa fctc, ce soir; je n'y pensais pas!... (Tristement.) Oh! mais, je vais pleurer quand je me trouverai devant elle les mains vides.

Jules (l'embrassant).

Non, tu ne pleureras pas, et moi, je le sens maintenant, je serai bien plus heureux encore d'offrir à bonne maman ma corbeille avec toi. Je la connais, elle n'aurait rien dit, mais elle aurait été peinée de ne pas nous voirions les deux ensemble devant elle.

René.

Alors, tu veux bien que je cueille aussi des fraises?

Jules.

Mais, certainement, mon petit René.

François (se rapprochant).

(A part.) A la bonne heure, les voilà ensemble. Les enfants, c'est étourdi, mais le cœur n'est pas mauvais! Bonjour, Monsieur René! Vous voilà de la partie, à présent? Attendez, je vas vous donner un coup de main, ça ira plus vite. Oh! prenez garde, votre pied vient d'aplatir un fraisier.

René (rànl).

11 se redressera, il se redressera, ne v^oiis désolez pas, père François. Est-ce que les fraisiers vous donnent beaucoup de mal? Expliquez-nous donc un peu comment vous faites pour qu'ils produisent et donnent de belles fraises comme celle-ci? (Il montre une fraise.)

François (les deux mains appuyées sur sa bêche et regardant les enfants qui oueillcnt les fraises).

Oli! pour ça je peux dire que c'est une occupation. D"abord, si je plante des fraisiers nouveaux, c'est au mois d'octobre qu'il faut le faire et je dois d'abord les préserver de ces vilains vers qui sont leurs grands ennemis.

Jules (levant la tête).

Quels vilains vers?

François.

Ceux qu'on appelle des vers blancs. Vous savez bien, mon petit Monsieur, ces vers qui se cliang-ent en hannetons plus tard.

.TULES.

Tiens! non, je ne savais pas. Alors, père François?...

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