‹ La corde du penduChapitre 12 sur 12 · CXII · texte numérisé non relu

CXII

La dépêche de sir Edmund était ainsi conçue :

« Mon cher monsieur Ascott ,

» Je suis arrivé ce matin à Glascow.

» Là, à mon grand étonnement, j’ai appris que M. Bury résidait depuis un mois à Edimbourg. •

» Je suis donc reparti pour Edimbourg, et voici le résultat de mes investigations.

» M. Bury est parti, il y a huit jours, sur un télégramme de M. Patterson.

» Mistress Bury m’a montré non-seulement le télégramme, mais encore une lettre du révérend, arrivée quatre heures plus tôt.

» La lettre disait :

» Mon cher Bury,

» Préparez-vous à faire un voyage peut-être un peu » long ; mais il le faut, et le bien de notre Société » l’exige.

» Dans quelques jours, quelques heures peut-être, » vous recevrez de moi un télégramme.

» Ce sera l’ordre du départ.

» A vous ,

» Patterson. »

« Or, mon cher monsieur Ascott, cette lettre mystérieuse est bien de M. Patterson.

» Il a barré les deux /, et son paraphe est sérieux.

» Mistress Bury ma montré la dépêche.

» Elle disait :

» Prenez le railway de Londres . Vous trouverez une » personne à la gare qui vous donnera vos instrue- » tions. »

» Enfin, mon ami, mistress Bury, fort étonnée de

ROCAMBOLE

toutes mes questions, ma conduit dans la chambre à coucher de son mari où j’ai pu voir son portrait.

» Je suis demeuré confondu.

» L’homme que nous avons vu hier est bien M. Bury.

» Cela ne fait pas pour moi l’ombre d’un doute; cependant, comme deux opinions valent mieux qu’une, j’ai prié mistress Bury de me confier une photographie de son mari.

» Je vous l’adresse par la poste et vous la recevrez demain.

» Laissez-moi, maintenant, vous dire ce que je pense.

» Nous nous sommes monté la tête tous les trois, hier, Bob, vous et moi.

» Nous avons pris pour une intention ce qui n’était certainement qu’un oubli.

» M. Patterson a écrit précipitamment.

» Vous en avez conclu que son écriture était tremblée.

» Or, vous savez aussi bien que moi que le révérend est un homme mystérieux et qui daigne rarement nous consulter.

» Quelle est la mission donnée à M. Bury ?

» Je l’ignore.

» Mais je suis bien certain d’une chose, c’est que c’est à M. Bury que nous avons bien réellement affaire, vous et moi.

j> Néanmoins, je vais rester ici et attendre vos ordres; je ne repartirai pour Londres qu’après avoir reçu un mot de vous, lettre ou télégramme.’

» Votre dévoué,

» Edmund B... »

lèette longue missive avait quelque peu bouleversé M. Charles Ascott, et s’il ne se rangea pas complètement à l’opinion de M. Edmund, du moins suspendit-il * son jugement à l’endroit de ce M. Bury, vrai ou faux, jusqu’à ce qu’il eût reçu la photographie annoncée.

L’heurç de le revoir, du reste, approchait.

M. Ascott alla dîner, puis, à huit heures précises, il se présenta à Santon hôtel.

M. Bury l’attendait nou point dans sa chambre, mais dans la salle à manger.

11 était à table et dînait tranquillement en compagnie d’un vieux gentleman aux cheveux blancs et à la carrure herculéenne.

— Mon cher monsieur Ascott, lui dit M. Bury, aimezvous les voyages ?

M. Ascott tresssaillit.

Puis il répondit :

— J’ai toujours obéi à mes supérieurs.

— Je vous dis cela parce que nous partons. demain.

— Vous et moi?

— Oui, par l’express-train de onze heures.

— Et où allons-nous ?

— En Écosse, au château de lady Pembleton.

M. Ascott s’inclina.

— Avez- vous le chèque ?

M. Ascott ne sourcilla pas.

H ouvrit son portefeuille et dit : — Le voici.

Mais M. Bury ajouta négligeaient :

— Gardezde, vous le toucherez vous-même demain matin, et vous arriverez à la gare avec l’argent.

L’inquiétude de M. Ascott, inquiétude tout intérieure

ROCAMBOLE

et que rien dans sa physionomie n'avait mafesté, se 3ist sipa.

Il avait l’argent; il le conservait.

M. Bury n’échangea donc avec lui que quelques mots, en lui offrant un verre de vin de Porto et un cirage.

Puis il le congédia en lui disant :

— A demain, nous nous trouverons à la gare. N’oubliez pas de toucher le chèque.

— Je commence à me ranger tout à fait à l’opinion de sir Edmund, pensa-t-il en s’en allant; c’est au vrai M. Bury, que j’ai affaire.

Le lendemain matin, à neuf heures M. Ascott, reçut par la poste la photographie que mistress Bury avait confiée à sir Edmund.

C'était le portrait, frappant de ressemblance, du gentleman qui logeait à Santon hôtel.

M. Ascott, tout joyeux, courT ai bureau qui se trouvait dans Oxford Street.

Bob s'y trouvait déjà.

M. Ascott lui montra la dépêc e reçue la veille, la photographie arrivée le matin et enfin sa conversation avec M. Bury.

— Ce qui fait, dit Bob froidement, que vous avez toujours le chèque?

— Toujours.

— Eh bien! gardez-Ie...

M. Ascott regarda Bob.

Bob était calme, presque impassible..

— Je ne sors pas de mon idée, dit-il.

— Et... cette idée?...

— C'est que nous sommes joués par l’homme gris et que M. Patterson est entre ses mains, répondit le plumitif avec l’accent d’une conviction rofonde.

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