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LE VOL A LA CHAISE

On ne saurait trop se mettre en garde contre certains industriels qui, à l'aide d'une profession quelconque, s'introduisent dans les maisons et vont de porte en porte, offrant leurs services en apparence, mais en réalité épiant une occasion favorable pour quelque bon coup de main. Le fait suivant est un avertissement de plus donné à l'imprévoyance et à la trop grande sécurité du plus grand nombre.

La femme Thierry, prenant la qualité de rempailleuse de chaises, se présenta, vers la fin de janvier dernier, au domicile de la demoiselle Paulus: « N'auriez-vous pas , lui dit-elle , des chaises à faire rempailler? Les temps sont tellement mauvais, que nous sommes obligés d'aller au devant de l'ouvrage, et de travailler à très bas prix... Je demeure dans votre voisinage... Tenez, voici des chaises qui m'ont été données par plusieurs locataires de votre maison... si vous voulez m'accorder votre confiance, j'ai tout lieu d'espérer que vous serez satisfaite de mon ouvrage. » Il se trouva que la demoiselle Paulus avait précisément deux chaises qu'elle désirait faire rempailler; elle les confia à la prétendue rempailleuse qui disparut et ne revint plus. Trois locataires de la même maison avaient déjà été victimes d'une pareille ruse.

La femme Thierry ne s'en tint pas là, et pen-

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Je porte mes preuves avec moi ... Voyez ces bleus!

Ù$lCQ6îUli Une telle frime cjue vos bleuets! La fille à Cabireau de

chez nous a comme ça des bleuets sur les yeux, et les médecins disent que c'est une envie de vin contrarié*: de la maman Cabireau!!.. ^ •.

On connaît votre couleur

Lith.de Thierry frër

Juste Bourmancé . Editeur delà Correctionnelle Pkce du Palais Royal ,N '241

dant qu'elle élait en train d'exercer cette coupable industrie, elle parcourut divers quartiers de Paris, en faisant toujours de nouvelles dupes.

Un hasard malencontreux pour la rempailleuse, mais heureux pour les victimes que la femme Thierry pouvait faire encore, vint mettre enfin un terme à son audacieuse exploitation. Un jour donc que la femme Thierry, dont le cenlre d'opération variait chaque jour, s'était transportée dans un quartier tout à fait neuf à son genre d'industrie, elle se présenta chez la dame Palludet, toujours sous le prétexte que vous savez. Or, la dame Palludet se trouvait être une amie intime de la demoiselle Paulus et connaissait parfaitement la mésaventure survenue à cette demoiselle. La dame Palludet n'eut donc rien de plus pressé que de faire mettre la rempailleuse en état d'arrestation. Il a été constaté, par les diverses plaintes recueillies, que la femme Thierry n'avait pas volé moins de soixantedix-huit chaises, toutes en fort mauvais état sans doute, mais cependant d'un bon rapport pour la rempailleuse qui les appliquait à son chauffage particulier.

Traduite pour ce fait devant la police correctionnelle, la rempailleuse allègue pour toute excuse son excessive indigence et les dures rigueurs de la saison. Ce n'était pas là une excuse suffisante ; aussi les juges appliquant la loi dans toute sa sévérité, ont-ils condamné la femme Thierry à trois ans d'emprisonnement.

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