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UN GRENADIER EN PUISSANCE DE FEMME

On appelle devant le conseil de discipline de la garde nationale l'affaire du sieur Faisan, grenadier, prévenu de s'être soustrait par cinq fois à un service d'ordre et d'utilité publique. A l'appel du nom du grenadier réfractaire, un petit bonhomme, haut de quatre pieds au plus, au visage enfantin, les cheveux épars sur les épaules, se présente devant le conseil, fait le salut militaire et répond d'une petite voix flùtée : Présent!

M. le Président. C'est le sieur Faisan qui est cité... Vous n'êtes pas le grenadier Faisan?

Le petit bonhomme. Pardon, je suis Faisan; mais je ne suis pas grenadier, comme vous pouvez le voir.

M. le Président. Il y a donc eu erreur dans le travail du recensement... Quel âge avez-vous ? Le petit bonhomme. Douze ans.

M. le Président. Mais vous ne pouvez faire partie de la milice à votre âge ?

Un membre du conseil se penchant vers le Président. Vous savez, voisin, que

.... Dans les âmes bien nées, La valeur n'attend pas le nombre des années.

Cette citation est accueillie par un léger sourire.

Le petit bonhomme. Je ne demande pas non plus à monter la garde... Mamau est déjà assez contrariée que papa soit garde national... Elle dit comme ça qu'il n'y a que les fainéants qui soient de la citoyenne, parce qu'ils font un dimanche de leur jour de garde.

M. le Président. Jeune homme , vous attaquez nos institutions. La garde nationale est le rempart de l'ordre public ; c'est la représentation la plus belle de la force nationale...

Le petit bonhomme. Ah bah ! ce n'est pas ce que dit maman.

M. le Président. Dans quel but vous ètes-vous présenté devant le conseil ?

Le petit bonhomme. C'est pour papa.

M. le Président. Votre père est donc empêché de comparaître par quelque motif?

Le petit bonhomme. Le motif, c'est maman qui ne veut pas que papa soit soldat.... Elle m'a dit: « Paulin, va dire à ces messieurs que ton père n'ira pas se faire juger ; que c'est moi qui le lui ordonne ; qu'il ne montera jamais sa garde , et qu'il n'ira pas en prison ; je le lui défends.

M. le Président. Votre mère n'a rien à voir dans les décisions du conseil... Retirez-vous, et à l'avenir, ne vous présentez plus ici.

Le petit bonhomme. Puisque c'est maman qui l'a voulu !

M. le Président. Retirez-vous, vous dis-je ! Allez dire à votre père que le conseil est indigné de la légèreté de sa conduite.Vous pouvez lui annoncer qu'il est condamné à 8 jours d'emprisonnement.

Le petit Faisan se retire piteusement ; mais après avoir fait quelques pas vers la porte, il revient sur lui-même, s'approche du bureau :

« J'ai oublié que maman m'avait chargé de vous dire que si vous ne laissiez pas papa tranquille, elle viendra elle-même la prochaine fois. »

M. le Président fait signe au tambour ;J'expulser le petit avocat du grenadier F;:isan, maio te petit espiègle prévient l'exécution de cet ordre en sauvant à toutes jambes.

Imprimerie (I'Améoéf. Gratiot et Ç', r-.e de la Monnaie, u.

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