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VOL A LA POLOGNE

Pologne!... ô Pologne !... Peuple héroïque et malheureux, c'est surtout dans le faubourg Saint- Antoine que tes malheurs et ton héroïsme trouvent encore des sympathies et une haute admiration... Pologne!... ô Pologne!... de la Bastille à la barrière du Trône il n'est pas un cœur un peu bien placé qui ne se soit ému au récit de ton éclatante infortune ; ton nom, tout empreint des souvenirs de ta gloire passée, y est conservé avec la même religion que la mémoire de Napoléon, de Poniatowski, et de l'immortel sergent Mercier... ô Pologne! Mais cette espèce de fétichisme, ô Pologne ! est pour tes admirateurs une source d'amères déceptions.

En effet, il se trouve à Paris une multitude d'hommes sans aveu qui, ne pouvant inspirer aucun intérêt personnel, se sont mis à exploiter la Pologne et les honorables sympathies qui s'attachent aux Polonais. C'est à la faveur de ce nom que Lovenheim, juif d'origine et de profession, se présenta dans les derniers jours de février dernier chez François Crépinel, ébéniste et polonophile renforcé. Le but de cette visite était d'obtenir quelques secours de la famille Crépinel. On pense bien que Lovenheim n'épargna rien de ce qui pouvait le recommander à la bienveillance de Crépinel. Il se donna comme l'un des soldats les plus déterminés de l'insurrection polonaise. Il raconta les massacres de Varsovie, sa fuite à travers des pays étrangers, son dénuement, ses souffrances, les douleurs de l'exil. Puis il entremêla à cette lamentable histoire l'histoire plus lamentable encore de sa vieille mère, patriote exaltée, morte victime des persécutions du vainqueur et termina sa longue odyssée par des doléances sur la perle de son immense patrimoine, etc., etc. A juger par les résultats, on peut présumer que le drôle doit être d'une élo-

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« Monsieur le mort, laissez-nous faire ,- On vous en donnera de "toutes les façons. « line s'agit (jue du Salaire. *>

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Dessine p»r Gavami

Lith. Thierry fi-t-Tes, Pan s

Juste 3ourmancé Editeur delà Correctionnelle Place iu Palais Royal ,2*1 .

qucDce entraînante, car Crépinel, touché jusqu'aux larmes, lui octroya une chemise, une veste, un bon repas, et une cordiale poignée de main.

Ce n'est pas tout , l'astucieux Lovenheim , feignant de cédera un sentiment spontané de gratitude , tire un anneau de la plus grande richesse et l'offre généreusement à la femme Crépinel; « Quoique , ajoute Lovenheim , cet anneau fût un souvenir de ma mère, et ma dernière ressource. » La femme Crépinel refuse un si riche présent. « Gardez ces diamants , dit-elle..., ils ont un grand prix ; vous pourrez au besoin les convertir en argent. » Lovenheim proteste qu'il n'aurait jamais l'affreux courage de trafiquer d'un souvenir aussi précieux.

Cependant , après avoir mûrement réfléchi , il ne se montre pas très éloigné d'engager ce cher souvenir de sa mère. Mais où trouvera-t-il quelqu'un d'assez compatissant pour lui prêter sur ce trésor ; quelqu'un qui puisse le lui conserver jusqu'à des jours meilleurs? «N'est-ce que cela?... dit Crépinel , je suis votre homme , mon brave. Combien vous faut-il ? — Une misère ; cent francs.' — Les voici. Si je garde vos diamants , croyez bien que je les considère moins comme un gage que comme un dépôt que je vous conserve. » Lovenheim prend l'argent et se retire.

Lovenheim ne reparut plus. Au bout de quelques jours , Crépinel eut la curiosité de faire estimer le joyau du Polonais. A dire d'expert , cet inappréciable bijou valait 1 fr. 50 c, ni plus ni moins : Crépinel était volé.

Lors de la plainte de Crépinel, Lovenheim était déjà sous la main de la justice en raison de certaines peccadilles du même genre. L'identité du coupable étant bien établie, et les faits parfaitement prouvés , on n'a pas eu beaucoup de peine à arracher à Lovenheim un aveu complet. Il a été condamné à 3 ans d'emprisonnement.

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