‹ La CorrectionnelleChapitre 180 sur 231 · UN CHIEN VERT · texte numérisé non relu

UN CHIEN VERT

Madame Marmès possède un chien ; la chose n'est pas rare ; mais ce chien est vert, voilà qui est plus extraordinaire. Quelque merveilleux que cela puisse paraître au premier abord, il est aisé de l'expliquer. L'infortuné quadrupède aura subi la teinture comme une pièce de drap. Il s'agit de rechercher l'auteur de ce quasi-délit. Dans la maison de madame Marmès se trouve un teinturier, et chez ce teinturier un jeune enfant assez malfaisant par nature. Sur quelques indices un peu vagues qui lui ont été fournis par des voisines, la dame Marmès n'a pas craint de faire retomber sur le petit espiègle la responsabilité de la subite métamorphose de son intéressant toutou. En conséquence elle a cité directement le jeune Auguste Brizac devant le tribunal. L'intimé est présent à la barre. Il a jugé à propos de se faire suivre devant la justice par un cortège nombreux de teinturiers.

Les faits de la plainte sont présentés sous la forme du doute par les témoins de la dame Brizac; leurs dépositions se réduisent à des conjectures assez plausibles, vu le naturel malin du prévenu, mais dépourvues au fond de toute certitude.

Les témoins d'Auguste, au contraire, attestent son innocence en termes formels. Un incident est venu égayer le cours des débats. Le nommé Févrin, teinturier, étant admis à prêter serment, M. le président qui n'aperçoit pas l'épiderme de sa main engage le témoin à ôter son gant; mais celui-ci montre à M. le président qu'il est dans l'erreur, et que ce qu'il a pris pour un gant n'est autre chose que la couleur de la peau.

Le tribunal, attendu qu'il résulte des débats que Brizac est complètement étranger au fait dont on 1 l'accuse, le renvoie de la plainte.

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