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LA TERRE PROMISE

Benjoin, soldat de la ligne , se présente comme plaignant devant la police correctionnelle.

M. le Président. Quel est votre état ?

Benjoin. Maréchal ferrant et apprenti maréchal de France.

M. le Président. Cette plaisanterie est inconvenante. Voyons, expliquez votre plainte.

Benjoin- Ça ne sera pas long. J'ai été refait au même par ce pékin-là , mais je dis dans les

soignés.

M. le Président. Dites-nous dans quelles circonstances.

Benjoin. Dans les circonstances de mon argent. J'vas vous conter l'anecdote. C'était le n novembre; je peux pas oublier ce jour-là; j'avais reçu une fameuse somme du pays... 22 francs 10

sous. Comme c'était un dimanche, et que j'avais une permission, j'étais allé pincer un rigodon à la barrière Rochoir. Ç cadet-là avait déjà eu celui de me faire vis-à-vis une demi-douzaine de fois. Alors il s'autorise de m'offrir un léger rafraîchissement ; j'accepte; il fait bien les choses , un litre à douze... Tout ce qu'il y a de mieux... Tout en trinquant, il me demande s'il y a longtemps que je suis au service- — Six mois, que je lui dis. — Avez-vous entendu parler de l'Afrique, qu'il me demande ? — Où prenez-vous l'Afrique , que je lui réitère — Eh bien, l'Algérie. — Ah! eu Algère! Beaucoup , beaucoup , y a le cousin de ma tante qu'a manqué d'y aller. — Et voilà tout ce que vous en connaissez ? qu'il me fait. — Maisz'oui, que je lui renouvelle. — Seriez-vous flatté d'y aller en Algère ? — Eh ! eh ! que je lui fais— Allons, ne faites pas de façons avec un ami. — Dam , que je

lui refais. — Farceur, qu'il me dit, enmef.

uu énorme coup de poing dans le dos , ils voudraient y aller tous; je crois bien, c'est que le pays est bon... Vous irez, mon vieux, qu'il me dit en me serrant la main que j'ai cru que c'était un étau... je m'en charge... Dites-moi, avezvous des sacs d'argent? — Farceur! que je lui fais. — Je veux dire des sacs vides. — Comme je n'en ai jamais eu de pleins, je ne peux pas en avoir de vides. — C'est juste... Eh bien! tâchez de vous en procurer plusieurs douzaines; vous en avez besoin pour mettre votre butin. — Bah ! — Sans doute... Vous savez bien, les Arabes? — Allez toujours, que je lui fais. — Eh ben, les Arabes passent leur vie et leur existence à transporter d'immenses richesses sur leurs chameaux ; on envoie des soldats contre eux ; chacun à son tour... Les Arabes se sauvent, les chameaux s'arrêtent et les soldats partagent les immenses richesses. — Oh ! oh ! que je me s'écrie. — Écoutez qu'il me répond, ma sœur se marie dans huit jours avec un capitaine ; venez à la noce , je vous présenterai à mon beau- frère, et nous arrangerons ça en soupant. — Ça va. — Ah! mais j'y pense, qu'il me dit; ça ne se peut pas. — Ah ! diable! que je lui fais. — Pour aller à la noce, il faut un habit, et le mien est en plan. — Oh ! oh! — Si vous aviez seulement 20 francs, je le retirerais, nous irions à la noce; le lendemain je remettrais ma pelure au clou; et je vous rendrais vos 20 fr. — Ça se peut, que je lui fais ; j'ai justement reçu une fameuse somme du pays...

^(KieuwttÂi^ Cciuxnc ^ww*M/, rerujonire un inconnu a ei lequel elle renouvelle connaissance, et qui après "bien des corn plimens et des politesses, lui vole .sa Tabatière sans cérémonie.

Juste Bourmancé Editeur de la Correctionnelle Place Au. Palais Royal, 9+1

22 fr. 10 sous. — Eh ben! qu'il me dit, demain...

— Demain, je peux pas... Mardi à la bonne heure-

— Va pour mardi ; j'aurai encore le temps de faire repasser mon habit... Vous allez voir, comme quoi c'est moi qui l'a été, repassé ! Je lui donne rendezvous mardi, à six heures, et nous allons ensemble rue Montorgueil , passage de la reine d'Hongrie-

— Attendez-moi là, qu'il me dit ; ça pourrait vous compromettre de monter avec moi, étant en uniforme. — Je l'attends une heure... Enfin, voyant qu'il ne venait pas , je monte, mais je trouve mon cadet absent; il s'avait esbigné par l'autre bout du passage, rue Montmartre. Quelques jours après, je vois mon individu qui passait devant la caserne... «V'Ià monfloueur! » que je dis à un camarade... Nous courons, je l'attrape et je l'insère au violon... Voilà l'anecdote.

Le prévenu. Tout ça, c'est des frimes! Le seul tort que j'ai eu, c'est de boire avec cetourlourou... Le civil ne devrait pas se mésallier avec le militaire... mais quand on a secoué ses abattis ( balancé) au même quadrille pendant deux heures, on peut se faire une politesse... Pour les 20 francs, il me les a offerts, vu ma gêne momentanée... je devais lui payer les intérêts.

Malheureusement pour le prévenu, il existe des notes de police qui établissent qu'il a déjà subi dixsepl condamnations tant pour escroqueries que pour tapage, voies de fait, rupture de banc, etc.

Le prévenu. Fallait donc dire tout de suite que vous saviez ça, au lieu de me laisser m' époumoner pendant deux heures.

Le tribunal condamne cet incorrigible voleur à trois ans de prison.

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