‹ La CorrectionnelleChapitre 78 sur 231 · VU · texte numérisé non relu

VU

Vons reconn ai ssez bien les deux accusés^

Comme si je ne les avais -jamais perdus de vue Seulemerd

le plus drand me paraissait plus petit, quand, au plus pehi îL était visiblement pLus ôrand, mais bah1 quelques pouces de plus ou de moins, ça n'est pas une affaire est égal devant la justice.

. To ut le monde

LiH. Coulo.

Juste Bourmancr Editeur delà Correctionnelle Place du Palais Royal, 24-L .

M. le Président lui ait adressé la moindre question, il prononce d'une voix rauque et courroucée des paroles qu'il est impossible d'entendre : c'est le grognement d'un dogue réveillé en sursaut.

M, le Président : qu'est-ce que vous dites? Il est impossible de rien saisir de vos paroles.

PimperneUe. Pardon, excuse et obéissance, Président ; c'est que j'ai ma chique.

Ce disant, PimperneUe va chercher au fond de sa mâchoire gauche une horrible boulette grosse comme un œuf ; puis tirant de sa poche un morceau de papier qui doit, par sa couleur d'un jaune noir, servir depuis plus d'un an à cet usage, il emmaillote, avec toutes les précautions possibles, sa chère dragée, en s'écriant : « En v'ià une, de scie ! «

M. le Président : Eh bien, que vouliez-vous dire?

PimperneUe : Il me semble que ça n'est pas moi qu'a demandé à venir ici..., c'est à vous à me dire ce que vous avez à me conter.

M. le Président. Parlez plus décemment.... songez que vous êtes ici devant la justice.

PimperneUe. La justice.'... C'est juste... quand je dis que c'est juste... Enfin, n'importe... nous verrons bien.

M. le Président. Vous êtes prévenu d'outrages envers un agent de la force publique dans l'exercice de ses fonctions.

PimperneUe. En v'ià un, de pioupiou!... on l'invite à boire, il refuse, et il appelle ça l'exercice de ses fonctions... La fonction de l'homme, c'est de boire, entends-tu, tourlourou... Il était dans l'exercice de sa faction, mais pas de sa fonction.

M. le Président. Vous apportez ici une tenue et un langage fort inconvenants... je vous en préviens dans votre intérêt.

PimperneUe. J' suis de la halle , c'est mon genre.

Claude Lopinot est appelé comme témoin.

M. le Président. Quel est votre état ? Lopinot. Maréchal ferrant et apprenti maréchal de France.

M. le Président. Rapportez les faits qni amènent le prévenu devant le tribunal.

Lopinot. Cet homme était bu comme plus ou moins de douzaines d'épongés, ce qui fait que j'aurais tort d'y en vouloir... Je lui pardonne, au pékin.

M. le Président. Vous devez répondre à mes questions et rapporter fidèlement tout ce que cet homme vous a dit.

Lopinot. Bon ! ça y est... Donc, j'étais en faction rue Plumet, quand je vois à travers la lune dont qu'il en faisait clair, un particulier qui cheminait dans le vis-à-vis de ma guérite en pratiquant dans le ruisseau les festons les plus variés... Bon ! rien à dire, il était dans son droit.

M. le Président. Arrivez donc au fait.

Lopinot. Donc, voilà ce qu'il m'a fait... Il s'avance, s'approche, se faufile entre ma guérite et moi, et se met à chanter avec une voix que je n'ai jamais vue qu'au serpent de mon endroit :

En avant ! marchons contre leurs canons . . .

PimperneUe. Pardon, excuse, obéissance, si je vous dérange, pioupiou... je n'ai pas dit: contre leurs canons; j'ai modulé: contre les canons.

Lopinot. Je n'entrevois pas la malice, mais j'y op tempère.

M. le Président. Continuez donc et ne parlez pas au prévenu.

Lopinot. Vous auriez cru trois mille hommes, avec cette voix-là... vous me croirez si vous voulez, mais j'ai eu une espèce de venette, avec ça que je me suis dit : Bien sûr qu'il en veulent aux canons des Invalides... même que je n'y ai pas mâché, au pékin, et il est là pour dire que je lui ai dit : «Estce que par hasard vous en vouderiez aux canons des Invalides? » C'est pour lors qu'il se met à m'interpeller de melon, de cantalou et autres légumes, en me disant : « Cornichon, mon ami, il s'agit de marcher contre les canons du marchand de vin du coin. » Certainement je ne suis pas inférieur à un verre de vin, mais la consigne n'étant pas pour la chose, je lui dis de passer son chemin... Oh! dam! il me traite de toutes sortes de choses..., et il finit par me dire qu'il ne fait pas plus de cas de moi que d'un cervelas sans ail — c'est profondément humiliant, pas vrai ?

PimperneUe. Pas vrai ! il a dit le mot : c'est pas vrai ! qu'on ne me demande plus rien, je ne répondrai plus un mot ... C'est pas vrai! c'est pas vrai! cent dix-neuf mille fois pas vrai!... voilà ma défense... n'y a pas besoin d'avocat pour ça...

La défense de PimperneUe obtient fort peu de succès : il est condamné à un mois de prison et à 25 francs d'amende.

Imprimerie d'AvfiotB Gratiot et O, rue de la Monnaie, il.

J, BOURHANGti, ÉDITEUR D'ESTAMPES, 241, PLACE DU PALAIS -ROYAL.

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