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LA VIERGE AU POISSON

Une virago empourprée, aux épaules carrées, se présente comme plaignante. Elle déclare se nommer Claudine Rabouillet et prend la qualité de marchande de marée.

M. le Président. De quoi vous plaignez-vous ?

Claudine. De quoi que je me plains?... de mam' Girodeau!...

M. le Président. Je vous demande quel est l'objet de votre plainte...

Claudine. Des cancans , des tripotages , des chipoteries, quoi! C'est mam' Girodeau qui dit comme ça que je suis une ci une Vautre... Elle se permet de jacasser dessus mon compte, la Girodeau, et ça me choque.

M. le Président. Il est bon, cependant, que le tribunal ait connaissance des imputations que la femme Girodeau fait peser sur vous.

Claudine. Ah ! voilà ! et moi aussi je voudrais bien savoir ce qu'elle a pu dire, cette perpétuelle.

M. le Président. Alors, sur quoi repose votre plainte ?

Claudine. Je vas vous dire... je ne cherche pas à me donner des gants ; mais je peux vous assurer, foi de Claudine, qu'il n'y a pas à redire sur ma conduite. Et pourtant la Girodeau a trouvé moyen de me trouver des puces... si bien que l'on a clabaudé... je ne sais pas; mais on a clabaudé.

M. le Président- Le tribunal ne peut admettre une plainte aussi vague.

Claudine. C'est bien ici que l'innocence vient se plaindre, pas vrai?... Eh bien! je suis innocente comme le jour où je suis venue au monde... voilà pourquoi je me plains à vous... J'allais devenir l'épouse de Robichon, mon promis... la Girodeau l'a si bien retourné, que ça n'est plus ça aujourd'hui.. . mais, j'vous le promets, je suis pure comme l'enfant qui vient de naître!... Dites-moi donc qu'est-ce qu'elle a pu y dire ?...

M. le Président. C'est plutôt à vous à le faire connaître !

Claudine. Si je le savais, je vous le dirais tout de même ; mais je ne le sais pas... mon Dieu! que je voudrais donc le savoir ! Ce qu'il y a de certain, c'est que de Robichon, il n'en est plus question... Qu'est-ce qu'elle a donc pu dire, la Girodeau?... ça m'intrigue joliment, tout de même.

M. le Président. Avez-vous des témoins ?

Claudine. Je voudrais bien en avoir des témoins !... Qu'est-ce donc qu'elle a pu dire à Robichon, la Girodeau?... La veille, il était gai comme un pôisson, il devait m'épouser; puis, le lendemain, on ne sait plus ce qui lui a passé par la tète... C'est la Girodeau, bien sûr !

M. le Président, ne pouvant obtenir d'autres éclaircissements de la plaignante, qui se renferme toujours opiniâtrement dans son système de conjectures, la renvoie à sa place, et annule sa plainte en condamnant Claudine aux dépens.

Imprimerie d'AHÊDÉP O.atiot et O. nie de la Monnaie. 11.

Itk CORRI

Le carnaval est habituellement un bon pourvoyeur des bancs de la police correctionnelle. Voici encore un délit né des joies carnavalesques, sans préjudice de ceux que le mardi-gras nous promet, et que nous sommes appelés à enregistrer par la suite.

Dans les premiers jours du mois de février, Noireau s'était rendu au bal masqué de l'Opéra- Comique. Il avait, ce jour-là, cotillon simple, soulier plat. En d'autres termes, Noireau, comme autrefois Achille à la cour de Lycomède, avait revêtu les habits féminins et s'était caché sous le costume d'une grisette. Par malheur, Noireau s'étant pris de querelle avec un Paillasse tapageur, une rixe des plus vives s'engagea. La Grisette se vit obligée de dégainer, je veux dire de repousser la force par la force. Il y eut effusion de sang ; c'est-à-dire qu'un vigoureux coup de poing étant venu choir juste sur le milieu du visage, il provo-

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