‹ La correspondance de s.e. le cardinal Mercier avec le gouvernement général allemand pendant l'occupation, 1914-1918Chapitre 1 sur 36 · La correspondance de s.e. le cardinal Mercier avec le gouvernement général allemand pendant l'occupation, 1914-1918 · texte numérisé non relu

La correspondance de s.e. le cardinal Mercier avec le gouvernement général allemand pendant l'occupation, 1914-1918

De différents côtés ^ et particidièrement d'Amérique, S. E. le Cardinal Mercier a été sollicité d'écrire ses « Souvenirs d'occupation ». On savait le rôle magnifique qu'il avait joué pendant la guerre; ses Lettres pastorales, dans lesquelles il s'était dressé, en face du Pouvoir occupant, pour proclamer publiquement les droits de la vérité et de la justice, étaient connues dans le monde entier ; quelques-unes des lettres énergiques qu'il avait adressées au Gouvernement Général pour protester contre les violences faites à la Belgique, avaient déjà été publiées, même sous l'occupation. Mais la connaissance de ces quelques épisodes du duel, qui s'était livré entre le Cardinal et le Gouvernement Général allemand, n'avait fait qu'exciter davantage la curiosité. On eût voulu entendre conter dans le détail, par celui-là même qui avait été, en Belgique occupée, l'âme de la résistance, toutes les péripéties de la lutte qu'il avait soutenue, sans un instant de répit ni de défaillance, contre la tyrannie de l'oppresseur.

Les midtiples et incessants labeurs de sa charge épdscopale ne permirent pas au Cardinal d'accéder aux sollicitations dont il était l'objet. ■

Mais ses « souvenirs d'occupation », ne les avait-il déjà pas consignés, pendant la guerre, dans la volumineuse correspondafice qu'il avait échangée avec les 7'eprésentants du Gouvernement impérial ? Pour donner satisfaction à ceux qui lui demandaient un livre sur ses démêlés avec les Allemands, le Cardinal consentit à

la publication de ces documenfs, et nous fU le r/rnnd homieu)' de )(Ous e)i confie)' le soin.

Pendant roccupation, certaines ])a'rties des archives de rarclicccché, entre auti'cs la correspondance du, Cardinal avec le Gouvernement Gé7iéral allemand, subirent le sort de tous les dépôts de «prohibés». Par crainte des perquisitions et des saisies, elles furent enfouies au fond de ténéb)'euses cachettes qui, stfres aujourd'hui, apparaissaient le lendemain co?nme dangereuses et devaient être, à la hâte, remplacées pjar d'autres. Fatalement, au cou)'s de ces transports successifs et précipités, quelques pièces — heu}'euseme?U de peu d'importajice, semble-t-il, — s'égarèreitt ; nous avons signalé ces lacunes au cours de notre travail, chaque fois que nous avons pu en faire la constatation.

Tous les documents conservés sont rep7^odnits ici. Xous n'avons fait exception que pour certaifies lettres sans importance, — p. ex. l'envoi d\in passeport pour automobile, — ou ne contenant que des requêtes en faveur de prisonniers politiques et ne présentant pas, de ce fait, un intérêt d'ordre général. Ces requêtes, en même temps que les réponses qui leur ont été données, sont groupées, en un tableau synoptique, à la fin de l'ouvrage.

Les lettres allemandes sont traduites en français ; pour ne pas encombrer le volume, nous avons négligé de reproduire les textes originaux, nous réservant, le cas échéant, d'en faire une publication séparée.

Dans la dispositiori des documents, la méthode adoptée n'est jxts la 7néthode strictement chronologique. Au risque de ne pas respecter l'ordre dans lequel elles ont été écrites, nous avons cru utile, tout en observant

autant que possible la suite des événements, de grouper les lettres d'après leur objet principal.

Enfin, pour tncttre sous les yeux du lecteur toutes les pièces du dossier, nous avons ajouté, en annexes, les Lettres pastorales qui ont provoqué un conflit entre le Cardinal et le Pouvoir occupant.

Nous tenons à eœjyrimer notre gratitude à Monsieur le chanoine Vrancken, secrétaire particulier de S. E. le . Cardinal Mercier, dont nous avons dû souvent mettre à contributioyi la bienveillante obligeance, ainsi qu'à Monsieur l'abbé Korperich qui, à maintes reprises, a bien voidu mettre à notre service sa connaissance parfaite de la langue allemande.

La correspondance du Cardinal Mercier avec le Gouvernemeîit Général allemand, c'est, en raccourci, l'exposé du régime odieux auquel fut soumise la Belgique pendant les cinquante longs mois que dura la domination allemande. Il n'est pas, en effet, un crime du Pouvoir occupant que le courageux Pasteur n'ait stigmatisé, pas une de ses ruses qu'il n'ait déjouée, pas une de ses hypocrisies qu'il n'ait mise à nu, pas un de ses procédés iniques de gouvernement contre lequel il n'ait élevé une protestation indigriée. Au mépris de tout danger (i), n'écoutant que la voix de sa conscience, il fit constamment valoir, contre les abus de la force, les droits imprescriptibles de la véïHté et de la justice. Par l'unité de sa conduite, par le calme et la noblesse de son

(i) Il est établi, par des témoignages irrécusables, que, à plusieurs reprises, l'arrestation du Cardinal fut décidée. Les autorités allemandes reculèrent devant les conséquences de cette mesure, et la décision ne fut pas exécutée. V\

Page 1