‹ La correspondance de s.e. le cardinal Mercier avec le gouvernement général allemand pendant l'occupation, 1914-1918Chapitre 2 sur 36 · VIII · texte numérisé non relu

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attitude, aussi bien vis-à-vis des menaces que vis-à-vis des proposilions conciliantes du Pouvoir occupant, il trompa les calculs d'un Gouvernement convaincu que l'organisatiofi systématique, mise au service de la force, devait finalement triompher de toutes les résistances.

Des son entrée en charge, le Gouverneur Général von Bissing cho'cha, par l'intermédiaire du Cardinal de Cologne, à entrer en relations personnelles avec le Primat de Belgique. Il lui fit savoir qu'il était disposé à accorder toute satisfaction à l'Eglise catholique et à panse)' les plaies que la guej^re avait faites au pays occupé.

Dans sa premic)'e lettre au baron von Bissing, le Cardinal, tout en le remerciant, d'une manière courtoise, des bonnes dispositions qu'il manifestait, tint à dissiper toute équivoque : « Quelles que soient les dispositions personnelles de Monsieur le baron von Bissing, écrit-il. Monsieur le Gouverneur Général représente chez nous une nation usurpatrice et ennemie, en face de laquelle nous affirmons notre droit à notre indépendance et au respect de notre neutralité. » « Si nous nous courbons momentanément sous un pouvoir plus fort que nous, écrit-il en même temps au Cardinal von Hartmann, nous réservons fièrement notre droit et notre inébranlable confiance dans l'avenir. » Soumission aux règlements du Pouvoir occupant, p)our autant qu'ils ne blessent ni la conscience chrétienne, ni la dignité patriotique, protestation contre les violences et les injustices, fidélité inébranlable au Roi et aux Autorités légitimes du pays, confiance invincible dans l'avenir, voilà les points principaux du programme que le Cai-dinal se trace dès les débuts de V occultation et auquel il restera fidèle jusqu'à l'heure de la délivrance.

Les lettres échangées entre le Cardinal et le baron von Bissing sont très nombreuses et touchent aux sujets

tefi plus variés. Le Gouverneur Général s'y montre tour à tour conciliant, irascible, menaçant, raisonnettr; touJoii7\s, il se heurte au calme et à la, sérénité d'un adversaire confiant dans la, justice et la, sainteté de sa cause.

Le baron von Falhenhausen, le successeur du baron von Bissing au poste de Gouverneur Général, apparaît C07n7ne le type de l'officier autoritaire et brutal. Il ne veut pas, déclare-t-il dès son a^vHvée en Belgique, discuter avec le Cardinal des questions ne concernant pas directement les iyitérêts religieux. Cette défense n'empêcha pas Son Eminence de protester auprès de lui, avec la dernière énergie, contre les violations du droit commises par le Gouvernement Général, notamment contre l'arrestation de fonctionnaires coupables d'avoir refusé leur collaboration à la séparation administrative et contre les mesures prises par le Pouvoir occupant pour dépouiller les Belges des produits de leur sol.

Depuis les débuts de l'occupation, le Cardinal, sans se laisser rebuter par les refus successifs qu'on avait opposés à ses demandes, avait sollicité l'autorisation d'envoyer dans les camps de prisonniers en Allemagne des prêtres belges, parlant nos deux langues nationales. Comme le nouveau Gouverneur Général avait affirmé qu'il accueillerait avec bienveillance les demandes de l'épiscopat belge en matière religieuse, le Ca^^dinal revint de nouveau à la chay^ge; mais cette instance n'eut pas plus de succès que les précédentes. Il en fut de même de plusieurs autres requêtes dans lesquelles le Cardinal recommandait les intérêts religieux des ouvriers du chemin de fer et des personnes détenues préventivement dans les prisons belges. Si le baron von Imlkenhausen consentait à recevoir les demandes ayant trait aux affaires religieuses, c'était, semble-t-il.

uniquement pour répondre qii'il ne pouvait y être fait droit.

Le cor7^espondant le plus fécond du Cardinal fut, au Gouvernement Général de Bruxelles, le baron von der Lancken, Chef du Département politique. Il entra en relations avec l'archevêché dès les débuts de V occupation; toutefois, ses jwemières lettres importantes ne datent que du commencement de 1916. A partir de ce moment, il intervient dans toutes les affaires qui font l'objet de discussions entre le Cardinal et le Pouvoir occupant : déportations, action patriotique des prêt7'es, Tnanif est allons dans les églises, séparation administrative, arrestations de fonctionnaires, action néfaste des « Centrales », etc.

Ses lettres trahissent le diplomate froidement réservé; contrairement à ses chefs, il ne s'i?Tite jamais. S'il entreprend, souvent à la demande du Gouverneur Général, de plaider les mauvaises causes des représentants de l'Empire, il le fait sans chaleur, sans conviction, en dilettante presque. Il prend goût à ces joutes épistolaires, et à certains moments, la correspondance qu'il échange avec le Cardinal revêt l'allure d'une discussion académique, au cours de laquelle les adversaires discutent des questions de droit, de politique générale et même de philosophie. D'autre part, il semble bien qu'à jjlusieurs rej^rises, le baron von der Lanchen se soit employé à adoucir la rigueur des mesures imposées par les autorités militaires.

Au cours des quatre armées d'occupation, le Gouvernement Général, et à sa suite toute l'Allemagne, avaient cofistamment reproché au Cardinal dej.sortir de son rôle d'évêque. Quayid il condamnait les, crimes commis par les troupes allemandes au début de l'invasion, quand il s'élevait avec indignation contre la déportation des ouvriers , quand il déclarait que l'on

doit aimer sa patrie et lui rester fidèle jusque dans l'oppression, quand il cherchait à entretenir au cœur meurtri de la population belge l'espoir en un avenir meilleur, on l'accusait d'abuser de ses fonctions reli" gieuses et de poursuivre des buts politiques.

A de nombreuses reprises, le Cardinal répondit victorietisement à ces accusations. ^

Il devait avoir la satisfaction de voir sa conduite justifiée par le Gouvernement impérial lui-même.

Le 17 octobre 1918, le baron von der Lancken se présenta à l'archevêché : au nom du Gouvernement Général de Bruxelles et du Gouvernement de Berlin, il annonça à Son Eminence la prochaine libération des prisonniers politiques et lui remit une note qui commençait par ces mots vengeurs : « Vous incarnez à » nos yeux l'âme de la Belgique occupée dont » vous êtes le pasteur .écouté et vénéré. Aussi » est-ce à vous que Monsieur le Gouverneur Général et » m,on Gouvernement m'ont chargé de venir vous » annoncer que, lorsque nous évacuerons votre sol, » nous allons vous rendre spontanément et de plein gr'é » les Belges prisonniers politiques et déportés... »

Cétait l'aveu de la défaite.

A la fin de la lutte qu'il avait menée, pendant plus de quatre ans, contre le Cardinal, le Gouvernement Gé7téral allemand se reconnaissait vaincu. Toutes les violences de sa politique aussi bien que toutes les ruses de sa diplomatie avaient échoué contre la volonté inébranlable d'un homme, faible et désarmé, mais conscient de son bon droit et décidé à faire jusqu'au bout, avec l'aide de Dieu, tout son devoir.

Septembre 1919. F. M,

I. — Les premiers rapports du Cardinal avec le Gouverneur Général.

Sous le gouvernement de von der Goltz (3 septembre-3 décembre 1914), aucune correspondance ne fut échangée entre le Cardinal et le Gouverneur Général. Leurs rapports se bornèrent à une visite réciproque.

Peu après l'arrivée à Bruxelles du premier gouverneur allemand, le Cardinal alla le trouver et lui demanda d'intercéder auprès du gouvernement impérial à l'effet d'obtenir, aussitôt que possible, le rapatriement des prêtres et des instituteurs déportés lors de l'invasion. Il attira aussi son attention sur la crainte qu'avaient les Belges restés au pays aussi bien que les réfugiés désirant rentrer en Belgique, de voir les jeunes gens être emmenés en Allemagne et peut-être incorporés dans les rangs de l'armée allemaiide. Le Cardinal avait eu déjà avec le gouverneur d'Anvers, le général von Huene, des pourparlers à ce sujet. En conclusion de ceux-ci, von Huene avait contracté un engagement d'après lequel, dans la province d'Anvers, 10) les gardes-civiques ayant déposé les armes ne seraient pas inquiétés, 20) les jeunes gens ne seraient ni déportés en Allemagne ni mis en aucune façon au service de l'armée allemande. Le Cardinal, au cours de sa visite, demanda à von der Goltz de ratifier cet engagement, de l'étendre au pays entier et d'en garantir le maintien par son successeur éventuel. Le Gouverneur promit d'examiner avec bienveillance les desiderata du Cardinal.

Dès le lendemain, il se rendit lui-même à Malines pour porter sa réponse. Il promit d'user de toute son influence pour obtenir le rapatriement des prêtres et des instituteurs déportés. Il n'hésita pas à ratifier l'engagement pris par von Huene et à l'étendre à toute la Belgique; mais il fut beaucoup moins explicite quand il s'agit d'engager son successeur. « Nous n'avons d'ailleurs que faire, ajouta-t-il, des jeunes gens belges; ce serait un danger pour nous que leur présence dans nos rangs ».

Le Gouverneur exprima le vœu de voir la vie normale reprendre sans tarder. Le Cardinal répliqua que tel éèait aussi son désir, mais que la population gardait trop la hantise des événements tragiques qui avaient marqué le début des hostilités pour qu'elle pût se laisser

aller à la confiance. Il insista d'une façon spéciale sur le procédé vraiment arbitraire qui avait présidé au massacre des 140 victimes d'Aerschot. ce qui mit son interlocuteur dans un embarras qu'il ne parvint pas à déguiser. L'entretien se termina sur le souhait commun de voir bientôt se rouvrir les écoles.

Le 3 décembre 1914, von dcr Goltz fut remplacé par von Bissing. A peine nommé, le nouveau Gouverneur se rendit compte que la tâche qu'il avait assumée et qu'il savait très lourde lui serait rendue beaucoup plus facile s'il parvenait à éviter tout sentiment d'hostilité de la part du clergé belge et de ses chefs. Mais il était prudent; il savait avec quelle unanimité les prêtres et les évoques belges faisaient face à l'envahisseur ; aussi, pour arriver à son but, employa-t-il un moyen détourné : au lieu de s'adresser directement à Son Éminence, il écrivit au Cardinal von Hartmann, archevêque de Cologne, qu'il connaissait de longue date, et lui demanda d'intervenir en sa faveur auprès du primat de Belgique. Voici la lettre qu'il lui fît parvenir, dès le lendemain de son entrée en charge :

Le Gouverneur Général Bruxelles, le 4 décembre 1914.

de Belgique.

A Son Eminence le Cardinal von Hartmann, Cologne.

Votre Eminence aura appris ma nomination au poste de Gouverneur Géné^^al de Belgique. C'est une mission dont je suis fort honoré, mais la tâche que je vie7îs d'ent7'eprendre, en l'acceptant, est difficile sous tous rapports ; aussi est-il natu7-el que je m'efforce de trouver des personnalités influentes qui, si elles ne peuvent me soutenir dans V accomplissement de cette tâche, auront cependant à coeur de ne pas en aggraver les difficultés. Dans une grande partie de la Belgique, le cle7''gé catholique rejjrésente une force dont on ne peut méconnaître l'importance ; aussi ne voudrais-je 'pas manquer d'entf^er en relations avec lui et avec ses chefs, non seulement dans l'intérêt de ma mission, mais aussi dans l'intérêt du jjays et dans l'intérêt de la population catholique. Afin de me faciliter ces rapports, je

m'adresse à Votre Eminence en la 2^riant de bien vouloir avertir le Cardinal de Malines qu'il me serait très agréable d'entrer en relations personnelles avec lui, soit qu'il me donne l'occasion d'avoir aussitôt que possible, et pour autant que le temps dont je dispose me le permette, un entretien avec lui à Malines, soit qu'il ait l'obligeance de venir me voir à Bruxelles. J'espère le persuader au cours de notre entretien, que je suis décidé à tout faire pour donner satisfaction à l'Eglise catholique ; mais d'autre part, je compte bien qu'il reconnaîtra le vif désir qui m'ani?ne d'attacher une importance capitale, tout en sauvegardant, bien entendu, les intérêts militaires, au soulagement des misères que les circonstances actuelles ont créées en Belgique, Je me permets de faire savoir en même temps à Votre Eminence que l'aumônier en chef, le D^ Mittendorf, est arrivé hier ; il a pour mission de développer l'aumônerie catholique et de faire en sorte que les intérêts spirituels catholiques des nombreicses troupes d'occupation et des blessés ne soient en rien négligés. L'aumônier en chef a reçu du « Feldprobst » catholique les instructions nécessaires ; je les ai complétées et, d'accord avec son supérieur, lui ai recommandé de se mettre en rapport avec les évêques aussitôt que possible, ait cours' de sa tournée en Belgique.

J'attends de cette conduite un double résultat; f espère que mes intentions et mes actes répondent aux désirs de Votre E^ninence et à l'intérêt général.

Je présente à Votre Eminence l'expression de ma considération très distinguée et j'ai l'honneur d'être

So7i tout dévoué.

Le Gouverneur Général de Belgique,

■ (s.) Freîherr VOn Bissing, General der Kavallerie.

Le Cardinal von Hartmann s'empressa de transmettre au Cardinal Mercier la lettre de von Bissing en l'appuyant chaleureusement :

A Son Bminence le Cardinal Mercier,

Archevêque de Malines.

Cologne, le 6 décembre 1914.

Je 77ie permets de tymnsmettre ci-contre à Votre Eminence la lettre qui m'a été envoyée par le nouveau Go7iverneur Général de Belgique et dans laquelle il manifeste le désir d'avoir un entretien avec Votre Eminence. Je tiens à recommander sa demande aussi chaleureuse- 7nent que possible. Cet entretien sera sûrement d'une gravide utilité. Car le général, que j'ai l'honneur de connaître depuis longtemps, est un homme intelligent, circonspect, juste et bienveillant, qui pense sincèrement tout ce qu'il a écrit dans sa lettre, et qui aura à coeur de répondre aux désirs des évêques.

De mon côté, je lui ai demandé instamment de prendre à coeur :

P) de faire rentrer en Belgique, aussitôt que possible, les prêtres belges innocents qui sont prisonniers dans les camps d'Allemagne ;

2°) de permettre à la nonciature de communiquer libreynent avec le Saint-Siège et avec les évêques, ainsi qu'à ceux-ci de communiquer librement avec Rome ;

S") de faciliter immédiatement la publication en Belgique de l'Encyclique du 1"^ novembre.

J'ai transmis à V « Armeebischof^ compétent, avec

ma plus chaleureuse recommandation, les désirs de

Votre Eminence concernant les intérêts spirituels des

pyHsonniers flamands. J'espère qu'il réussira à donner

satisfaction à des réclamations aussi justifiées (i).

(i) Dès les débuts de l'occupation, Son Eminence avait prié le Cardinal von Hartmann d'user de son influence pour que les prisonniers flamands pussent avoir à leur disposition des prêtres connaissant leur langue.

Si je puis encore être utile à Votre Eminenoe dans cette affaire, il va sans dire que je me tiens à Sa disposition ; je suis d'ailleurs prêt à rendre à Votre Eminence tous les services qui pourraient alléger Ses soucis.

Je baise respectueusement les mains de Votre Eminence et j'ai l'honneur d'être

Son très dévoué dans le Seigneur,

(s.) Félix Gard, von Hartmann,

Archevêque de Cologne.

Le Cardinal ne répondit qus le 28 décembre aux lettres du Gouverneur Général et du Cardinal von Hartmann ; von Bissing n'attendit pas sa réponse pour lui faire savoir que les prêtres déportés en Allemagne allaient prochainement être mis en liberté.

Crouvernement Général Bruxelles, le 9 décembre 1914. de Belgique.

Sekt. le. no 456.

Ali Cardinal Mercier, Archevêque de Matines,

à Matines.

Comme suite à la note qui m'a été transmise par le chef de l'administration civile, j'ai l'honneur de faire à Votre Eminence la communication suivante :

Le ministère de la guerre à Berlin a ordonné de remettre en liberté tous les prêtres détenus en Allemagne, à condition qu'aucun soupçon ne pèse sur eux. C'est p)ourquoi j'ai tout lieu de croire que les prêtres qui occupent des fonctions dans l'enseignement reviendront dans un très bref délai.

Au sujet du comte Cornet d'Elzius (i), j'ai fait les

(i) Le comte Cornet d'Elzius avait été arrêté pour avoir accueilli dans son auto un Anglais soupçonné d'espionnage.

(fcma?'chcs nécessaires auprès des auforités aUematffles compétentes ; Je ne înanqiieral pas <h> rons r» pnre connaître les résultats.

Le Gouverneur Général,

(s.) von Bissing,

General der Kavallerie.

En réponse à cette communication, le secrétaire du Cardinal, M. le chanoine Vrancken, envoya au Gouverneur Général une note pour lui faire remarquer que Son Éminence s'intéressait aussi aux instituteurs laïcs :

Archevêché de Malines. Malines, le 16 décembre 1914.

Par dépêche en date du9décembrel914,Sekt.IcNr456, Son Excellence Monsieur le Baron von Bissing, Gouverneur Général de la Belgique occupée, veut bien porter à la connaissance de Son Éminence le Cardinal Archevêque de Malines que, par décision du Ministère de la guerre de Berlin, les membres du clergé belge détenus en Allemagne seront prochainement remis en liberté, à la condition qu'aucun soupçon ne pèse sur eux.

Son Excellence exprime, en conséquence,, l'espoir que les ecclésiastiques qui occupent des fonctions dans l'enseignement seront prochainement libérés.

Mais ce n'est pas à ceux-ci seulement que le Cardinal Archevêque s'était intéressé.

Son Excellence avait demandé, au surplus, la libération des instituteurs primaires laïcs que la loi belge sur la milice assimile aux membres du Clergé î

L'absence de ces instituteurs du pays cause beaucdup de difficultés dans l'organisation de l'enseignement populaire.

Le i6 décembre, le Cardinal eut, à Bruxelles, une entrevue avec von Bissing ; dès le lendemain, celui-ci se rendit à Malines et fut reçu à l'archevêché.

Au cours de ces deux entretiens, le Gouverneur réitéra les sentiments qu'il avait déjà manifestés dans sa lettre au Cardinal von Hartmann; il insista surtout sur le désir qui l'animait de prendre à •cœur les intérêts religieux de la Belgique, escomptant bien en retour, de la part du clergé belge et de ses chefs, une attitude, sinon amicale, au moins conciliante. Il avait déjà, disait-il, obtenu la mise en liberté ■des prêtres innocents déportés en Allemagne ; il allait maintenant .solliciter du gouvernement impérial la libération rapide des instituteurs laïcs.

Pour montrer ses bonnes dispositions vis-à-vis de l'administration ec<:lésiastique, il accorda au Cardinal toutes facilités pour entrer en communication avec les évêques suffragants de Belgique.

Le Cardinal remercia von Bissing de son attitude bienveillante, mais lui fît remarquer que les Belges, quelles que fussent les dispositions du Gouverneur Général à leur égard, ne pourraient jamais oublier les horreurs qui avaient marqué les débuts de l'invasion.

Von Bissing l'arrêta net ; il déclara qu'il ne pouvait discuter la conduite des troupes allemandes qui, prétendait-il, était pleinement justifiée par l'attitude de la population belge.

Il fut aussi question d'un rapport du commandant de Heidelberg se plaignajit de mauvais traitements infligés par des Belges à des médecins allemands prisonniers et menaçant de représailles les médecins et pharmaciens belges, au nombre d'une trentaine, internés dans cette ville. Von Bissing demanda au Cardinal d'intervenir auprès du Gouvernement belge pour mettre un terme à ces abus.

Finalement, il s'offrit à faire parvenir au Cardinal von Hartmann la réponse que Son Eminence croirait devoir adresser à la lettre que celui-ci lui avait écrite le 6 décembre.

A la suite de ces entrevues, le Cardinal envoya à von Bissing la lettre suivante :

Archevêché de Malines. Malines, le 28 décembre 1914.

Gouverneur Général de Belgique.

Monsieur le Gouverneur Général,

J'ai longtemps tardé à répondre à la lettre qu'a bien voulu m'écrire, sous la date du 6 décembre, mon éminen-

tissime Collègue le Card. von Hartmann, et dans laquelle il me faisait part de l'expression si élevée de vos sentiments bienveillants envers la Belgique.

Votre Excellence a bien voulu s'offrir à faire parvenir ma réponse ci-incluse à son destinataire.

Depuis la date du 6 décembre, j'ai eu l'honneur d'entrer en relations personnelles avec Votre Excellence, et, ainsi que me le faisait prévoir le Cardinal de Cologne, je n'ai eu qu'à me louer des dispositions de Votre Excellence à mon égard et à l'égard des intérêts que j'ai eu l'occasion et l'honneur de lui recommander.

En particulier, je remercie Votre Excellence de m'avoir fait part de la mise en liberté des prêtres innocents déportés en Allemagne, et j'ai la confiance qu'Elle daignera poursuivre ses instances afin d'obtenir la libération de nos instituteurs, lesquels, ainsi que j'ai eu l'honneur de le lui dire, ne peuvent être assimilés à des prisonniers de guerre.

Je suis reconnaissart à Votre Excellence de m'avoir accordé la faculté d'entrer, quand je le jugerai utile, en communication avec les évêques suffragants de Belgique, et lui sais gré aussi des démarches qu'Elle a consenti à faire en faveur du comte Cornet d'Elzius, encore que ces démarches n'aient pas abouti jusqu'à présent.

De mon côté, je reste désireux d'intervenir auprès de mon Gouvernement, afin de donner satisfaction au commandant de Heidelberg, qui s'est plaint de mauvais traitements infligés par des Belges à des médecins allemands et menaçait. Votre Excellence se le rappellera, de représailles, les 30 médecins et pharmaciens belges internés à Heidelberg. Mais, pour rendre ma démarche efficace, j'aurais besoin de savoir quels sont les médecins allemands qui ont souffert ces mauvais traitements, où et quand ils les ont subis (1).

Votre Excellence a tenu à m'assurer de la loyauté de

(i) Le Gouvernement Général ne fournit jamais aucune précision.

ses sentiments bienveillants envers la Belgique. Son âme de soldat comprendra que j'éprouve le besoin de lui dire, à mon tour, quels sentiments m'animent à Son égard.

Mon estime pour la personne de Votre Excellence, ma reconnaissance pour le souci qu'Elle témoigne des intérêts religieux du pays, mon désir de ne point aggraver, mais d'alléger plutôt, si je le puis, le poids de Sa charge et de Ses responsabités, sont profondément sincères. Mais je considère comme un devoir de franchise d'ajouter que, quelles que soient les dispositions personnelles de Monsieur le Baron von Bissing, M. le Gouverneur Général représente chez nous une nation usurpatrice et ennemie, en face de laquelle nous affirmons notre droit à notre indépendance et au respect de notre neutralité. Au surplus, en ma qualité de représentant des intérêts moraux et religieux de la Belgique, je proteste contre les injustices et les violences dont mes compatriotes ont été les innocentes victimes. Dans la lettre ci-jointe à Son Éminence le Cardinal von Hartmann, dont j'invite Votre Excellence à prendre lecture, je donne libre cours à l'indignation qu'ont suscitée en mon âme de citoyen belge et d'évêque de l'Eglise de Belgique les paroles prononcées le 2 décembre par le Chancelier de l'Empire et le travestissement qu'elles infligent à la vérité.

Agréez, je vous prie, Monsieur le Gouverneur Général, les assurances de ma haute considération.

(s.) D. J. Card. Mercier, Archevêque de Màlines,

Voici la lettre adressée au Cardinal von Hartmann et jointe à la précédente :

Archevêché de Malines. ^ Malines, le 28 décembre 1914.

A Son Eminence Révérendissime le

Cardinal von Hartmann, Arch. de Cologne.

Éminentissime Seigneur,

La lettre si aimable, que Votre Éminence m'a fait

l'honneur de m'adresser, sous la date du 6 décembre, m'a causé un vif plaisir et, bien sincèrement, je l'en remercie.

Déjà, j'avais apprécié beaucoup la démarche faite par Votre Eminence à l'effet d'obtenir que les prêtres, Français ou Belges, prisonniers en Allemagne, fussent traités comme des officiers.

Les instances de Votre Eminence en faveur des ecclésiastiques innocents, emprisonnés à Munsterlager ou à Celle, ont abouti. Tous les prêtres religieux, sauf deux, ont été libérés.

Je n'ai pas encore été autorisé à envoyer des prêtres belges auprès de nos compatriotes internés en Allemagne, mais la lettre adressée par Votre Eminence à Y «Armeebischofy> me donne grande confiance que, sur ce point aussi, nous obtiendrons finalement satisfaction.

J'ai eu l'honneur de voir à Bruxelles et de recevoir ensuite à Malines Son Excellence le Gouverneur Général Baron von Bissing. Il m'a paru tel que Votre Eminence me l'avait dépeint et tel qu'il se dépeignait lui-même dans la lettre dont vous avez eu la bonté de me donner connaissance, je veux dire, un homme droit, prudent, et sincèrement désireux de ne pas entraver, mais plutôt de seconder les intérêts religieux de la Belgique catholique. Lui-même a eu l'amabilité de m'annoncer la mise en liberté de nos prêtres prisonniers et m'a fait espérer la prochaine libération de nos instituteurs laïcs. De plus, il m'a accordé toute facilité de voir mes collègues de l'épiscopat.

Il a très bien caractérisé, me semble-t-il, les relations qu'il estime possibles et souhaitables entre les Belges et lui. Il ne s'attend pas à être accueilli en ami, mais il demande que l'on n'aggrave pas sa tâche, et que les représentants de l'autorité religieuse, notamment, ne cherchent pas à l'aggraver.

Je suis d'accord avec Monsieur le Gouverneur Général à cet égard et, de même que nous avons, dès les premiers

jours de la guerre, recommandé à nos fidèles de ne se livrer à aucun acte d'hostilité envers l'armée ennemie, de même nous leur recommandons encore aujourd'hui le respect des règlements militaires qui ne blessent ni notre conscience chrétienne, ni notre dignité patriotique.

Mais il doit être entendu, cependant, que si nous nous courbons momentanément sous un pouvoir plus fort que nous, nous réservons fièrement notre droit et notre inébranlable confiance dans l'avenir.

Il doit être entendu aussi, que la bienveillance relative dont nous sommes aujourd'hui l'objet, n'absout pas les crimes dont les Belges ont si atrocement souffert. Lorsque le Chancelier de l'Empire von Bethmann-Hollweg a osé dire, dans son discours du 2 décembre : « Nous nous souviendrons, après la guerre, des injustices qu'on a commises contre nos compatriotes vivant sans défense en pays ennemi, injustices qui jurent avec toutes les lois de la civilisation », il a payé d'audace et, dans la mesure au moins où ses paroles visent la Belgique, il a commis un mensonge monstrueux. Je connais, moi, des centaines de victimes d'injustices contraires à toutes les lois de la civilisation ; je connais des détails qui font frén\ir une âme honnête ; des horreurs qui rappellent les persécutions païennes des trois premiers siècles de l'Eglise ; je ne pouvais y croire, avant d'avoir institué l'enquête personnelle que j'ai faite consciencieuse- H\ent; aujourd'hui, je dois me rendre à l'évidence et j'affirme, 90US la foi du serment, que je n'ai pu établir jusqu'à présent la réalité d'aucun acte de barbarie qui aurait été commis par un civil belge sur un soldat allemand, mais que je connais des centaines d'actes cruels, « jurant avec toutes les lois de la civilisation», commis par des soldats allemands sur des Belges innocents. Votre Eminence comprendra que le patriotisme et la justice nous font un devoir de protester, jusqu'à ce qu'ils aient été punis, contre ces crimes, et j'ajoute que, si Elle les connaissait comme je les connais.

la droiture de sa conscience l'obligerait à joindre sa protestation à la nôtre.

Agréez, Éminentissime Seigneur, avec l'expression de mes sentiments reconnaissants, l'hommage de mon respect et de mon religieux dévouement.

(s.) D. J. Card. Mercier, àrch. de Malines.

Von Bissing refusa de faire jarvcnir cette lettre à son destinataire; il le déclara expressément dans une lettre adressée au Cardinal le 31 décembre et reproduite plus loin, dans le chapitre relatif à la lettre pastorale « Patriotisme et endurance » (p. 30). ^

II. — Le Cardinal demande à von Bissing l'autorisation d'envoyer des prêtres belges dans les camps de prisonniers en Allemagne.

Archevêché de Malines. Malin es, le 16 décembre 1914.

A Son Excellence Monsieur le Baron von Bi'ss/ng,

Gouverneur Général, Bruxelles.

Excellence,

Les nombreux soldats belges prisonniers de guerre en Allemagne sont, en dépit du zèle sacerdotal que pourraient leur prodiguer les membres du clergé allemand, à cause de leur ignorance de la langue, dépourvus de secours religieux.

La bonne organisation du ministère des âmes exigerait l'envoi en Allemagne, pour la durée des hostilités, de quelques prêtres belges possédant nos deux langues nationales.

Votre Excellence qui prend à cœur les intérêts religieux de notre population, ne consentirait-Elle pas à faire auprès du Gouvernement impérial une démarche afin d'obtenir, pour quelques-uns de nos prêtres, l'autorisation de se rendre auprès de nos prisonniers ?

Je Lui en serais reconnaissant.

Veuillez agréer, Excellence, l'expression de ma haute considération.

(5.) D. J. Card. Mercier, Arch. de Malines.

Cette lettre resta sans réponse ; plus tard, von Bissing fit savoir èiu Cardinal que les démarches qu'il avait laites auprès du Grand Etat-Major pour qu'il soit fait droit à la requête de Son Eminence, n'avaient pas abouti.

lli. — Les traitements du clergé.

Pour jouir de leur traitement, les fonctionnaires de l'Etat belç;e restés en fonctions sous l'occupation allemande durent signer une déclaration par laquelle ils s'engageaient « à ne rien entreprendre et à tout omettre qui puisse nuire à l'administration allemande dans le territoire belge occupé ». Le Gouverneur Général voulut soumettre les prêtres à la même formalité. Le Cardinal s'y refusa énergiquement : il fit remarquer que les ministres du culte en Belgique ne sont pas des fonctionnaires et que leurs traitements leur sont payés à titre d'indemnité. Von Bissing lui répondit qu'il ne partageait pas cette manière de voir, mais que toutefois il se contenterait de la déclaration du Cardinal portant que les évêques belges n'avaient pas l'intention de porter atteinte à l'ordre public : il considérerait cet engagement comme liant l'ensemble du clergé belge.

Voici les lettres qui furent échangées à ce sujet entre le Cardinal et l'administration allemande :

Le Chef de rAdministration Bruxelles, le 28 déc. 1914. près du Gouverneur Général

No d'ordre lia 1057.

A Son Eminence le Cardinal Mercier^ Malines,

Je transmets ci-contre à Votre Eminence, avec prière d'en prendre connaissance, la copie d'une communica.tion faite au Ministère de la Justice. Je demayiderai à Votre Eminence de prendre toutes les mesures récessaiy^es pour faire remettre par les membres du clergé catholique les déclarations dont il est question dans la communication ci-contre. Si Votre Eminence consent à signer cette déclaration, je La prie de me la flaire parvenir et d'en prévenir immédiatement le fonotîonnaiy^e chargé de payer Son traitement. Je La

prie également de preyidre les mêmes dispositions en ce qui concerne les membres du haut clergé.

Les déclarations des autres ecclésiastiques devront être réunies et envoyées à l'agent du trésor compétent ou au fonctionnaire préposé au payement des traitements.

Les noms des ecclésiastiques qui auront signé la déclaration devront être réunis sur une liste, dans le même ordre que celui qui est admis pour la liste des payements. Cette liste devra m'être envoyée. Votre Eminence voudra bien faire dresser aussi et me faire parvenir une liste des ecclésiastiques dont le traitement ne devra pas être payé.

Pour ce qui concerne rétablissement des listes de payement, je prie Votre Eminence de s'entendre avec les Présidents provinciaux de l'administration civile allemande qui eœe?xent leurs fonctions dans Son diocèse.

Pour le Goîtverneitr Général, (s.) Illisible.

Voici la communication jointe à la lettre précédente :

Bruxelles, le 28 décembre 1914.

Considérant que les traitements ecclésiastiques sont relativement minimes et que, par suite de la guerre, un grand nombre de ministres du culte ont vu leurs autres revenus singulièrement diminués, je consens à ce que les traitements des p7^êtres soient payés intégralement, pour autant qiC ils n'aient pas été payés par ailleurs, dans les provinces de Brabant, Hainaut, Namur, Limbourg, Liège et Luxembourg , à partir du i^'" septembre 1914, et dans les provinces des deux Flandres et d'Anvers à partir du l^"" octobre. B ne peut

— ir, -

être donné suHr à Ui proposition de payer aux ecclésiastiques — qui, par cette mesare, sovt déjà priiv'Iégiés vis-à-e/s de tous ceux qui touchent u)ie )'étrU)ntion de l'Etat — leur traitement, fût-ce ynême en partie, depuis le P' J^dllet 1914 ; car Je gouvernement allemand n'a, p)'is en mains Vadministi'ation des revenus de l'Etat belge qu'à partir du P'' septembre pour une partie de la Belgique et du 1'" èctobre pour l'autre partie ; en conséquence, il lui est imj>ossible de payer les traitements des mois antérieiws.

Pour recevoir leu)' traitement, les ecclésiastiques devront signer l'engagement formel que voici :

« Ne rien entreprendre contre l'administration allemande dans les ten'itoires belges occupés et éviter tout ce qui pourrait lui être nuisible. »

Les ecclésiastiques qui ont démissionné, qui ont abandonné leurs fonctions ou qui, à raison des circonstances, sont empêchés de les remplir, ne pourront toucher leur traitement. Il en va de même de ceux qui auraient touché leur traitement d'ailleurs. Les ecclésiastiques devront remettre à l'agent du trésor ou au fonctionnaire préposé au payement une déclaration écrite constatant qu'ils n'ont pas encore été payés.

. Les ecclésiastiques qui agiront contrairement aux engagements qu'ils auront contractés seront punis selon les lois de la guerre et seront privés de tout traitement ultérieur.

J'ai communiqué la présente ordonnance à Son Eminence le cardinal Mercier, archevêque de Matines, aux évêques de Bruges, Gand, Liège, Namur et Tournai, aux présidents des Synodes des Eglises protestantes, au conseil d'administration de V Eglise ptrot estante libre, au comité central du culte anglican et au grand rabbin de Bruxelles. Je leur ai demandé d^

prendre les mesures nécessaires pour faire remeiire les déclarations par les ministres du culte et les transmettre aux bureaux chargés de payer les traitements.

Je joins à cette communication les listes de payement relatives au clergé de la. Flandre orientale, avec prière d'y donner suite.

Pour les autres provinces, j'ai chargé les présidents respectifs de l'administration civile allemande de s'entendre avec les autorités ecclésiastiques à l'effet d'établir les listes de payement. Dès que celles-ci me parviendront, je les transmettrai au Ministère de la Justice.

Pour le Gouverneur Général, (s.) Illisible.

Archevêché de Malines. Malines/le 27 janvier 1915.

A Son Excellence Monsieur le baron von Bissing"^

Gouverneur Général, Bruxelles.

Monsieur le Gouverneur Général,

Une communication de votre administration civile nous fait savoir que le Gouvernement Allemand de la partie occupée du pays s'offre à effectuer le payement des traitements du clergé, à partir du l^"" septembre ou du l^'^ octobre 1914, mais le subordonne à la condition que les membres du clergé souscrivent une déclaration, par laquelle ils s'engagent « à ne rien entreprendre et à tout omettre qui puisse être nuisible à l'Administration allemande ».

Certaines considérations qui auront, je pense, échappé à votre Administration civile, éclairent la situation juridique et légale du clergé belge et retiendront, j'en suis sûr, l'attention de Votre Excellence.

V Les ministres du culte ne sont pas des fonctionnaires de l'Etat.

2" Leurs traitements leur sont payés à titre d'indemnité, en compensation des biens ecclésiastiques qui ont été confisqués.

Aussi les membres du clergé ne prêtent aucun serment ni ne prennent aucun engagement envers le Gouvernement belge, mais sont simplement soumis, comme les citoyens ordinaires, aux lois générales du pays.

1° Je disais, Excellence, que les ministres du culte, en Belgique, ne sont pas des fonctionnaires publics.

Notre Cour de Cassation l'a expressément reconnu dans son arrêt du 4 mars 1847, où elle affirme qu'on ne peut méconnaître que les ministres du culte ne sont ni dépositaires ni agents de l'Autorité ; on ne peut, en effet, considérer comme tels, dit l'arrêt, que ceux qui, par délégation médiate ou immédiate, de la loi ou du Gouvernement^, exercent une partie de la puissance publique ; et les ministres du culte y sont étrangers.

2° J'ajoutais que les traitements sont payés au clergé, à titre d'indemnité. Aux termes de l'article 117 de la Constitution Belge, « les traitements et pensions des minis- » très des cultes sont à la charge de l'État ; les sommes » nécessaires pour y faire face sont annuellement portées » au budget ».

Les travaux préparatoires de cet article établissent que la grande majorité du Congrès a considéré les traitements et pensions du clergé comme une compensation à titre d'indemnité pour les avantages anciens dont l'Église catholique a été privée lors de la confiscation des biens ecclésiastiques.

Dès le début de notre indépendance nationale. Monseigneur le Prince de Méan, Archevêque de Malines, soucieux de « garantir à la religion catholique cette pleine et

» entière liberté, qui seule peut assurer son repos et sa » prospérité », écrivait au Congrès National ce qui suit : » L'Etat ne s'est approprié les biens du clergé qu'à charge » de pourvoir convenablement aux frais du culte et à l'en- » tretien de ses ministres : l'article 1®"^ de la loi française du » 2 novembre 1789 l'atteste. Le Saint Siège, de son côté, » n'en a ratifié l'aliénation, pour le bien de la paix, que sous » la stipulation expresse que le Gouvernement se chargerait » d'accorder un traitement convenable aux ministres du » culte, comme les articles 13 et 14 du Concordat de 1801, » ainsi que les bulles y relatives, en font foi. Afin de pré- » venir d'injustes préférences et d'empêcher surtout que, -» du chef de ces traitements, aucun agent du Pouvoir » exécutif ne puisse gêner le libre exercice du culte, en

> exerçant une influence illégale sur les opinions et la con-

> duite des ecclésiastiques, il faudrait que la répartition de » ces secours fût fixée par la loi » (1).

Aussi le Gouvernement légal n'a-t-il jamais exigé du cierge la signature d'une déclaration préalable au payement du traitement. Si le Gouvernement allemand l'exigeait, il imposerait au clergé une situation inférieure à celle que lui garantit la Constitution belge.

J'ai la ferme confiance que Monsieur le Gouverneur Général voudra examiner équitablement les considérations qui précèdent et en appréciera le bien fondé.

Je prie Votre Excellence d'agréer l'hommage de ma très haute considération.

(s.) D. J. Card. Mercier, Arch. de Malines.

(i) Voir les discussions du Congrès national par Huyttens, Tome I, page 525.

Archevêché de Malines. Malines, le Q février 1915.

A Son Excellence Monsieur le baron Von Bissing,

Gouverneur Général, Bruxelles.

Monsieur le Gouverneur Général,

Puisque j'en ai l'occasion (1), puis-je rappeler à Votre Excellence ma lettre du 27 janvier relative aux traitements du clergé ? Mes Collègues de l'Episcopat, dont j'ai eu l'honneur de vous exprimer le sentiment en même temps que le mien, sont désireux, autant que moi-même, d'avoir une solution. Quand je dis « mes Collègues » je dois faire une réserve, cependant, pour Mgr. l'évêque de Tournai, qui se trouve dans l'impossibilité matérielle d'être en rapport avec nous.

Croyez bien. Excellence, — il est superflu, j'espère, de vous le déclarer — , que les évêques belges n'ont nullement l'intention de porter atteinte à l'ordre public, et si jamais un membre du clergé était, à cet égard, oublieux de ses devoirs, ou si les Autorités allemandes estimaient qu'il l'est, nous ne demandons qu'une chose, c'est que le cas soit déféré à l'évêque du diocèse auquel ce membre du clergé se trouverait appartenir.

Agréez, Monsieur le Gouverneur Général, les assurances de ma très haute considération.

(s.) D. J. Card. Mercier, Arch. de Malines.

(i) Son Éminence écrivait en même temps au Gouverneur Général pour intercéder en faveur du curé de Forrières (voir plus loin).

Gouvernement Général Bruxelles, le 17 février 19i5. de Belerique.

A Son Eminence le Cardinal Mercier, Malines.

J'ai l'honneur d'accuser réception à Votre Eminence de Ses très honorées lettres du 28 Janvier et du 9 février.

Je ne puis partager les considérations que Votre Eminence fait valoir dans Sa pjremière lettre. Il s'agit d'une mesure occasionnée par la guerre! Cette mesure n'atteint pas la situation qui est faite au clergé vis-àvis de l'Etat de par la Constitution et la Législation belges. Aussi elle ne constitue pas un précédent. La guerre terminée, elle perd sa valeur.

Pour prouver que je pouvais me C7vire en droit de subordonner le payement du traitement des ecclésiastiques à la signature de la déclaration proposée, je puis alléguer le fait que déjà une partie du clergé, entre autres un Evêque avec tout son Chapitre, s'est rallié à ma manière de voir.

Dans Sa très honorée lettre du 9 courant, Votre Eminence a déclaré que les évêques belges n'ofit en aucune façon l'intention de porter atteinte à l'ord^^e public. Le maintien de celui-ci est de mon devoir. Puisque, d'après la situation de l'Episcopat dans l'Eglise catholique je suis autorisé à considérer la déclaration de Votre Eminence comme liant l'ensemble du clergé belge, j'ai le plaisir de vous faire savoir que je renonce à demander des déclarations individuelles, '

Je présente à Vot^re Eminence l' expression de ma considération la plus distinguée et j'ai l'honneur d'être

Son très dévoué,

Gêner aloberst, 'General-gouvefmeiir,

Archevêché de Malines. Malines, le 19 février 1915.

A Son Excellence Monsieur Je baron von Bissing,

Gouverneur Général, Bruxelles.

Monsieur le Gouverneur Général,

J'ai bien reçu la lettre que Votre Excellence m'a fait l'honneur de m'adresser, le 17 février, en réponse à mes correspondances du 28 janvier et du 9 février.

Hier, à Tournai, j'ai eu l'occasion de rencontrer mes vénérés Collègues de l'épiscopat belge. Ils m'ont prié de me faire leur interprète auprès de Votre Excellence pour lui exprimer notre vive satisfaction et nos sentiments reconnaissants.

Veuillez agréer, je vous prie, l'expression de ma très kaute considération.

(s.) D. J, Card. Mercier, àrch. de Malinbs.

Archevêché de Malines. Malines, le 1®"" mars 1915.

A Son Excellence Monsieur le baron von Bissing^

Gouverneur Général, Bruxelles^

Monsieur le Gouverneur Général,

Il m'est revenu que Votre Excellence n'aurait pas reçu la lettre que j'ai eu l'honneur de Lui adresser le 19 Février. Elle Lui a cependant été envoyée sous pli recommandé, le 20 Février, ainsi qu'en témoigne le récépissé ci-inclus.

Voici textuellement ce que j'écrivais :

(Suit le texte de la lettre précédente.)

Je renouvelle à Votre Excellence l'expression de ma très haute considération.

(s.) D. J. Card. Mercier, àrch. de Malinbs.

Le Gouverneur Général Bruxelles, le S mars i91o^

de Belgique.

Sekt. ii6 - no 3923

A Son Eminence le Cardinal Mercier,

Archevêque de Malines.

En réponse à l'honorée lettre de Votre Eminencer du i*'" de ce mois, j'ai l'honneur de Lui faire savoir que Sa lettre du 19 février m'est arrivée régidièrement par la poste.

Si j'ai tardé à y répondre, c'est parce que je voulais joindre aux remercîments que je devais à Votre Eminence pour Sa dernière lettre l'annonce que le payement du traitement des ecclésiastiques était assuré. J'avais chargé le chef de l'administration de m'en avertir. C'est seulement aujourd'hui qu'il m'a fait savoir que c'était chose faite.

Je me réjouis de pouvoir faire cette communication à Votre Eminence ; en même temps je La prie de recevoir mes vifs remerciments pour Ses lettres bienveillantes des 19 février et P"^ mars, ainsi que mes regrets pour le retard que j'ai mis à y répondre.

Je présente à -Votre Eminence l'expression de ma considération la plus distinguée et j'ai l'hqnneur d'être

Son très dévoué,

(s.) Freiherr VOn BisSing,.

Gêner aloberst.

IV. — Von Bissing se plaint au Cardinal de la manière dont les Français traitent les officiers allemands prisonniers.

Gouvernement Général Brif.xelles, le 31 déccmWe 1914. de Belgique.

Sekt. le. no 1459.

A Son Bminence le Cardinal Mercier, Archevêque de Malines,

Malines.

J'ai l'honneur, en réponse à l'honorée lettre adressée à mon prédécesseur le 29 Novembre (i), de communiquer à Votre Bminence ce qui suit :

Il est arrivé souvent que des médecins allemands, ayant été faits pynsonniers par les Français, ont fait rapport, à leur retour de captivité, sur les traitements indigyies qui étaient infligés aux officiers allemands prisonniers. Ces impports ont été communiqués à tous les officiers belges et français prisonniers en Allemagne afin que ceux-ci agissent auprès des autorités compétentes de leur pays pour améliorer le régime des officiers allemands et éviter ainsi éventuellement des mesures de représailles de la part du gouvernement allemand. Ces rapports ont été lus en même temps aux ecclésiastiques belges qui se trouvent au camp de Celle. On n'a pas appliqué de mesures de représailles.

Je joins à ma lettre une copie d'un de ces rapports parvenus ici, avec la remarque que les mauvais traitements qui y sont signalés doivent avoir été entretemps adoucis à la suite d'une intervention diplomatique.

Le Gouverneur Général,

(s.) von Bissing,

General der Kavallerie.

(i) La copie de cette lettre n'a pas été retrouvée. Elle demandait 4es précisions et des preuves qui ne furent jamais fournies.

La note suivante était jointe à la lettre du Gouverneur :

Le médecin-major ter Peek, qui a séjourné comme prisonnier dans le cam^p de I< oiigères, près de Rennes, et qui, depuis sa libération, exerce les fonctions de médecin-major au régiment de landwehr n^ 74, rapporte ce qui suit au sujet des installations de ce camp et de la manière dont y sont traités^ les officier's allemands prisonniers :

Ceux-ci, lors de leur transport au camp, ont été exposés aux injures de la population ; on n'a essayé de les protéger que d'une manière tout-à- fait insuffisante. On leur a enlevé leurs- effets militaires, leurs képis,, leurs guêtres, etc.. et, en remplacement, on leur a donné des bonnets de coton et de mauvais habits civils.

Maintenant encore, dans le camp, ils sont exposés aux insultes de la population ; le commandant du camp est impuissant à les protéger. Les installations laissent beaucoup à désirer. Les chambres ne peuvent pas être chauffées et les officiers doivent les. nettoyer eux-mêmes^ Comme couchettes, ils n'ont que des sacs de paille, sans autres objets de literie. Il n'y a pas d'installations hygiéniques. La nourriture est insuffisante et de mauvaise qualité, et cependant les officiers ne touchent de leur solde que 80 c""^', sous prétexte que le reste est consacré à payer leur entretien.

Ces renseignements mollirent qu'il est extrêmement urgent d'entreprendre des déma?'ches, afin de faire metti^e un terme à ces traitements indignes.

Le Cardinal adressa, par une voie officieuse et clandestine, le thème de ces accusations à un membre du Gouvernement belge, afin d'obtenir par lui, du Gouvernement français, des informations précises. Aucune réponse ne parvint au Cardinal et il lui fut impossible de fournir une réj)lique circonstanciée et adéquate à l'accusation, allemande.

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