‹ La correspondance de s.e. le cardinal Mercier avec le gouvernement général allemand pendant l'occupation, 1914-1918Chapitre 25 sur 36 · AU CLERGÉ ET AUX FIDÈLES DU DIOCÈSE DE MALINES · texte numérisé non relu

AU CLERGÉ ET AUX FIDÈLES DU DIOCÈSE DE MALINES

Mes bien chers Frères,

« Nos cœurs sont à l'espérance.

» La paix n'est pas signée. Si soudains sont les événements qui » se précipitent, si déconcertants parfois, que nul n'oserait dès ajour- » d'hui la tenir pour acquise.

» Nous en entrevoyons, cependant, l'aurore.

» Nous vous en apportons un nouveau signe avant-coureur.

» Aujourd'hui, jeudi 17 octobre, le Chef du Département politique » allemand est venu,. au nom du Gouverneur Général de Bruxelles et » du Gouvernement de Berlin, m'annoncer que les détenus politiques » belges, internés soit en Belgique, soit en Allemagne, et les Belges » déportés en Allemagne seront remis en liberté, aussitôt que se fera » l'évacuation de la Belgiqne. L'élargissement des prisonniers internés » dans les prisons de la Belgique occupée, en dehors des étapes » militaires, commencera dès le lundi 21 de ce mois.

» Voici, d'ailleurs, la déclaration écrite que le délégué du Gouver- » nement allemand a laissée en mes mains. Sous l'empire d'un » sentiment personnel que vous comprendrez, j'avais hésité à vous en » donner le texte intégral. Mais, après réflexion, je m'y décide. Le » voici donc :

[Suit le texte de la déclaration reproduit plus haut.)

» Vous voyez, mes bien chers Frères, que le bon |Dieu est avec » nous. Vos appels ardents au Sacré Cœur de Jésus et à Notre Dame » du Saint-Rosaire, Marie Médiatrice, ont été exaucés.

» Persévérez unanimement dans la prière.

2> Restez calmes et dignes.

» L'heure de la libération définitive et de la paix victorieuse est » proche. Courage et confiance !

» Sacré Cœur de Jésus, j'ai confiance en vous.

» Sacré Cœur de Jésus, protégez la Belgique.

» Notre Dam e du Saint -Rosaire, Marie Médiatrice, priez pour nous. »■

D. J. Card. Mercier, Arch. de Malines.

LU. — Protestation du Cardinal contre la conduite des troupes allemandes au moment de la retraite.

Archevêché de Malines. Malines, le 18 octobre 1918.

A Monsieur le baron von der Lancken, Chef du Département politique, Gouvernement Général^

■ Bruxelles.

Monsieur le baron,

On m'assure que vers le 14 ou le 15 octobre, plus de cinq cents jeunes gens de Saint Nicolas ont été emmenés de force vers le front, dans la direction d'Ypres. Si, comme j'ai lieu de le croire, le fait est exact, avouez qu'il est déplorable et, plus que jamais, malencontreux.

Pouvons-nous espérer que les prisons de Vilvorde et de Malines seront ouvertes dès les premiers jours de la semaine prochaine : celles de Bruxelles et d'Anvers bientôt après ?

Agréez, Monsieur le hiaron, l'expression de ma haute considération.

(s.) D. J. Càrd. Mercier, Arch. de Malines.

Archevêché de Malines. Malines, le 28 octobre 1918.

A Monsieur le baron von der Lancken, Chef du Département politique. Gouvernement Général,

Bruxelles.

Monsieur le Baron,

Les autorités communales de Malines sont très émues de la façon dont les militaires s'installent dans les maisons des particuliers. Ils ne se contentent pas de réclamer les

chambres disponibles^, mais expulsent cavalièrement les propriétaires de chez eux et prennent leur place. Des dames, des notaires, des médecins, ont été ainsi évincés de leur domicile.

Cependant, on laisse ouvertes les salles de fêtes, de concerts, de théâtres, qui se prêteraient à merveille à l'installation de bureaux et dont l'occupation aurait un effet moralisateur.

Je sais. Monsieur le baron, que la juridiction de Son Excellence Monsieur le Gouverneur Général ne s'étend pas aux étapes, mais j'ai pensé qu'indirectement sa haute influence pourrait s'exercer avec succès, dans l'intérêt des familles malinoises et de la tranquillité publique.

Je profite de cette occasion pour vous remercier des libérations déjà accordées aux prisonniers et pour vous prier de vouloir encore stimuler le zèle des employés chargés d'exécuter les mesures d'élargissement. De nombreux prisonniers, je le sais, parmi lesquels un contingent important de prêtres et de religieux qui pourraient rendre de précieux services aux diocèses, attendent anxieusement la mise en liberté que la clémence du Gouverneur Général leur a promise.

Agréez, Monsieur le baron, l'assurance de ma haute considération.

(s.) D. J. Card. Mercier, Arch. de Malines.

Département politique Bruxelles, le i novembre 1918.

près le Gouverneur Général de Belgique.

A Son Eminence le Cardinal Mercier,

Archevêque de Malines.

J'ai l'honneur d'accuser réception à Votre Eminence de Son honorée lettre du 28 octobre. Je l'ai im^né-

diatement transmise aux autorités militaires comité' tentes et crois déjà pouvoir voiis dire qu'on tiendra compte des désirs de Votre Eminence dans toute la mesîcre du possible.

Je présente à Votre Eminence l'assurance de ma considération très distinguée et j'ai l'honneur d'être

[Son tout dévoué,

(s.) Lanchen.

Requêtes de S. E. le Cardir en faveur

Certaines lettres publiées plus haut contiennent la mention de requ adressées par le Cardinal aux Autorités allemandes en faveur de persor détenues préventivement ou condamnées par les tribunaux militaires \ délits politiques : le comte Cornet d'Elzius (p. 5), M. le curé Tagnoi M. MissoN (pp. 56-58), le P. VAN Bambeke, S. J., et M. l'abbé Cuylits (pp. 59le RR. PP. De Bruyne et Boone, S. J. (pp. 86-88), le P. Quévit, O. P., et PP. Van Nylen, S. J., Devroye, vS. J., Mertens, S. J. (pp. 104-1 M. Wasnair (p. 115), M. le bourgmestre Dessain (pp. 149, 329 et 416) et quJ ouvriers typographes (p. 149), M. le chanoine Cocheteux, MM. les ahl Wittenberg et Van Houdt (pp.. 175 et 178), MM. Houet et Lesire (p. 2

REQUETES

DATE

OBJET

4 juillet 1915

zg novembre 1915

Le Cardinal attire l'attention du Gouverneur Gém sur le cas de M. Van der Elst, sous-diacrc du dioc de Malines, accusé d'avoir facilité à des jeunes gen passage de la frontière. A raison de l'intérêt tout pa culier qu'il porte à ce jeune séminariste, il demande baron von Bissing, si son protégé est effectivem condammé à la prison, de lui faire grâce de sa pei ou tout au moins de lui permettre de la purger d, une prison belge.

Le Cardinal demande au baron von Bissing de fa ramener de la prison d'Anrath-lez-Crefeld dans i

ercier aux Autorités allemandes ndamnés politiques.

demoiselle Vergote (p. 261), le P. Franck (p. 308), MM. Uytebroeck, RTENS et Wanty (p. 309), M. Merjay (pp. 327 et 329), Monsieur le curéren Herman (pp. 328, 340, 342 et 415), M. le chanoine Loncin (pp. 340 et 416), l'abbé Bernaerts (pp. 340 et 342), Madame Wilputte (p. 341), Mademoi- .e D0UTERLIGNE (p. 353), Mgr Legraive et M. l'abbé Allaer (pp. 357-361), le chanoine Vrancken (p. 383).

Un certain nombre de lettres contiennent exclusivement des requêtes ce genre. Nous les groupons ici, ainsi que les réponses qui leur ont été intucllement données, en nous bornant à en indiquer brièvement le contenu.

REPONSES

DATE

OBJET

14 jiv'llet içi5

2 noveynbre ipiS

4 décembre igiS

Le Gouverneur Général von Bissing fait savoir au Cardinal que M. Vabbé Van der Elst a été condamné par les tribunaux militait^es à i5 ans de travaux forcés et qu'il a déjà été transporté en Allemagne. Personnelletnent, il serait disposé à apporter quelque adoucissement au sort du condamné, mais le cas relève des autorités militaires.

En réponse à une requête du 10 novembre^ dont la copie n'a pas été retrouvée, le baron von der Lancken fait savoir au Cardinal que le Gouverneur Général a ordonné la mise en liberté de M. Edouard Sterckx.

Le Gouverneur Général von Bissing répond au Cardinal que, d'après les renseignements qu'il a pris à la prison

REQUÊTES

DATE

OBJET

2 septembre^igiô

5 octobre 1916

prison belge M. l'abbé HouET, de la Congrégation < Aumôniers du travail : la santé du prisonnier s'alt( de plus en plus.

Le Cardinal fait appel à la clémence du baron vc Bissing en faveur de MM. Corbisier, Jacquet, Mu Neyts, condamnés à mort par le tribunal militaii d'Anvers.

Le Cardinal avait eu l'occasion de faire demanda verbalement la grâce de 17 personnes condamnées mort par le tribunal militaire siégeant à Hasselt. M^( GoLENVAUx, Philippart, Wauters, Dubois, Kusterî Massart, Mottoule, l'abbé Burlet, l'abbé De Rycki

ROBERTI, BoVY, MahY, VaN MoL, MMmes WaUTER5

Massart, Lincé, Merx-Kusters.

RÉPONSES

DATE

OBJET

décejnbve içiS

7 janvier igi6

septembre igiô

2 octobre içiô

d'Anrath, la santé de M. l'abbé Houet ne s'est pas altérée depuis son internement. Il estime qu'il vaut mieux pour le prisonnier de rester à Anrath, plutôt que d'être transporté dans une prison belge dont les installations, au point de vue hygiénique, pourraient laisser à désirer.

En réponse à une requête dont la copie n'a pas été retrouvée, le Gouverneur Général von Bissing fait savoir au Cardinal que le P. Brouwers, S. J., ne peut pas être rendu à la liberté, parce que, dans le camp où il est interné, il a exercé iine ynauvaise influence sur ses co-détenus en répandant de fausses nouvelles sur la situation en Belgique.

En réponse à une requête dont la copie n'a pas été retrouvée, le Gouverneur Général von Bissing fait savoir au Cardinal qu'il ne peut accorder une réduction de peine à M. Julien Walckiers, condamné à '2 ans i\2 de travaux forcés pour avoir aidé des jeunes gens à passer la frontière.

Le Gouverneur Général regrette de ne pouvoir accorder la grâce des quatre condamnés à mort. Ils se sont occupés d'espionnage, dit-il, et ont fait un grand tort à Varynée allemande. La responsabilité des ynesîires de répression si sévères prises par le Gouvernement Général retombe sur les Alliés de la Belgique qui encouragent l'espionnage à\leur profit.

En réponse aux requêtes du S et du ;- octobre, le baron von der Lancken communique au Cardinal ce qui suit :

Le P. RuTTEN est autorisé à rentrer en Belgique, à condition de ne pas agir contre les intérêts de l'Allemagne.

En ce qui concerne M. Carlier, on prendra des mesures pour faire droit autant que possible aux désirs du Cardinal.

REQUÊTES

DATE

OBJET

7 octobre 1916

5 janvier 1917

Il recommande aussi à la bienvaillance du Gou neur Général le P. Schmitz, S. J., M. l'abbé Nai M. le chanoine Kips, M. l'abbé Pittoors, M. le bo mestre Dessain et M. le chanoine Loncin.

Il demande en même temps l'autorisation pou P. RuTTEN de rentrer en Belgique.

Le Cardinal intercède en faveur de M. Carli directeur de la Banque nationale à Anvers, qui a emmené en Allemagne sans jugement ni condamnât et qui est en butte à de mauvais traitements, demande de le faire rentrer en Belgique ou tout moins de lui permettre de résider en Suisse.

Le Cardinal fait appel à la clémence du Gouverna Général en faveur de deux pères de famille qui, d'api des insinuations d'autorités militaires, étaient menac de la peine capitale : i) un aviateur français, du m de Marrie, dont l'appareil avait atterri dans '. environs de Courtrai, qui avait été arrêté et se trouv à la prison de St-Gilles, 2) l'instituteur de Dess M. Raymakers, qui avait hébergé l'aviateur.

RÉPONSES

DATE

OBJET

novembre ipiâ

novembre içi6

Pour les autres cas, le baron von der Lancken déclare qu'il va prendre des renseignements .

Le baron von der Lancken fait savoir au Cardinal que, à l'exception de Dubois, Wauters, Kusters et Massart qui seront fusillés, les i3 autres condainnés à mort verront leur peine commuée en celle des travaux forcés à perpétuité. Il faut remarquer que si le Gouverneur Général a usé de clémence vis-à-vis de M. l'abbé Burlet, c'est uniquement pour déférer au désir du Saint-Siège .

En réponse à une requête dont la copie n'a pas été retrouvée, le baron von der Laiicken fait savoir au Cardinal que Mademoiselle Vergote est rentrée d' Allemagne et se trouve à la prison de la Kommandantiir de Bruxelles.

Les archives de l'Archevêché ne contiennent pas de réponse à cette requête.

REQUÊTES

DATE

OBJET

i8 septembre 1917

Le Cardinal demande au Gouverneur Général '^ FallTenhausen la grâce de M. Feyens, condamné à peine de mort.

^6 février 1918

Le Cardinal intercède auprès du Gouverneur Géi rai en faveur du Frère Denis, condamné à la peine mort.

RÉPONSES

DATE

OBJET

iepie^nbre ipiy

S mars ICI 8

Le Gouverneur Général annonce au Cardinal que la peine de mort prononcée contre M. Feyens a été commuée en celle des travaux forcés a perpétuité.

Le baron von der Lancken fait savoir au Cardinal que la peine de viort prononcée contre le Frère Denis a été commuée en celle des travaux forcés à perpétuité.

Lettres pastorales de S. E. le Cardinal Mercier qui ont provoqué un conflit avec le Gouvernement Général allemand.

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