CONCLUSION
Continuons donc, mes bien chers Frères, à prier, à faire pénitence, à assister à la sainte Messe et à communier pour la cause sainte de notre chère patrie.
Le dimanche, 3 Janvier, en particulier, sera un jour de prière universelle pour la Belgique et pour nos alliés.
Une communion générale et un salut solennel seront organisés en ce jour pour le succès de nos armes.
(i) II Cor. XI, 29.
(2) Philipp. IV, 8-9.
Le samedi de chaque semaine, je recommande, à nouveau, à MM. les Curés de célébrer un service funèbre pour le repos de l'âme de nos soldats.
Les ressources pécuniaires sont, je le sais, rares chez tous. Néanmoins, si vous avez peu, donnez du peu que vous avez, afin d'alléger la misère de ceux de vos compatriotes qui se trouvent sans abri, sans charbon, sans pain à suffisance. J'ai chargé MM. les Curés de former à cet effet, dans chaque paroisse, un Comité de secours. Secondez-le et faites-moi charitablement parvenir les aumônes que vous pouvez soustraire à votre superflu, sinon à votre nécessaire, afin que je les distribue d'après les besoins qui me sont révélés.
Nos malheurs ont ému les autres nations. L'Angleterre, l'Irlande et l'Ecosse, la France, la Hollande, les Etats-Unis, le Canada rivalisent de générosité pour soulager notre détresse. Ce spectacle est à la fois lugubre et grandiose. Ici encore se révèle la Sagesse Providentielle qui tire le bien du mal. En votre nom et au mien, mes Frères, j'offre aux Gouvernements et aux nations qui se tournent si noblement vers nos malheurs, le témoignage ému de notre admiration et de notre reconnaissance.
Avec une bonté touchante, notre Saint-Père le Pape Benoit XV a été le premier à pencher son cœur paternel vers nous.
Lorsque, quelques instants après son élection, il daigna m'aceueiUir dans ses bras, j'eus la confiance de Lui demander, que sa toute première bénédiction pontificale fût pour la Belgique, alors déjà si durement éprouvée par la guerre. Il répondit avec empressement à mon désir, que je savais être aussi le vôtre.
Aujourd'hui, avec une délicatesse exquise, Il prend l'initiative de renoncer à votre obole annuelle pour le Denier de Saint Pierre. Dans un document, daté du beau jour de la fête de la Vierge Immaculée, Il daigne nous dire, combien vivement II prend part à nos peines ; II prie pour nous, appelle sur la nation belge la protection d'en haut, et nous invite à saluer dans la venue prochaine du Prince de la Paix l'aurore de jours meilleurs. Voici le texte de ce précieux document :
A Notre Cher Fils Désiré Mercier, Cardinal Prêtre de la Sainte Église Romaine, du titre de Saint Pierre-ès-Liens, Archevêque de Malines, à Malines.
Notre Cher Fils,
Salut et Bénédiction Apostolique.
La sollicitude paternelle que nous portons à tous les fidèles que la divine Providence a confiés à nos soins, nous fait partager leurs malheurs plus encore que leurs joies.
Pouvions-nous donc ne point éprouver une très vive douleur, en considérant la nation belge, que nous aimons tant, réduite par une guerre, on ne peut plus cruelle et désastreuse, à une situation vraiment lamentable ?
Nous voyons, en effet, le Roi des Belges et son auguste famille, les membres du Gouvernement, les personnages considérables de la nation, les évêques, les-prêtres, le peuple entier endurer des maux qui remplissent de pitié tout cœur bien né, et que notre âme, toute ardente d'amour paternel, est la première à ressentir. Aussi, sous le poids de cette tristesse et de ce deuil, appelons-nous de tous nos vœux la fin de tant de malheurs. Puisse le Dieu de miséricorde hâter ce moment ! Entretemps, nous nous efforçons, autant qu'il est en nous, d'adoucir d'aussi cuisantes douleurs. A ce titre, la démarche de Notre Cher Fils le Cardinal von Hartmann, Archevêque de Cologne, à l'effet d'obtenir que les prisonniers prêtres français ou belges, détenus en Allemagne, fussent traités comme officiers, nous fut très agréable, et nous voulûmes lui en témoigner publiquement notre gratitude.
Quant à la Belgique, on nous a rapporté récemment, que les fidèles de cette nation si éprouvée ne laissaient pas, dans leur piété, de tourner vers nous leurs regards et leurs pensées; sous le coup euxmêmes de tant de calamités, ils se proposent encore de recueillir, cette année, comme les années précédentes, le denier de St Pierre, pour subvenir aux nécessités du Saint-Siège Apostolique. Ce témoignage vraiment incomparable de piété et d'attachement nous remplit d'admiration : nous l'agréons avec toute la bienveillance qu'il mérite et d'un cœur reconnaissant ; mais, eiv égard à la situation si pénible dans laquelle Nos Chers Fils se trouvent, nous ne pouvons absolument pas nous résoudre à encourager la réalisation de ce projet, si noble soit-il. Si l'on venait à recueillir quelque argent, notre volonté est qu'il soit destiné à secourir le peuple belge, aussi illustre par sa noblesse et par sa piété, qu'il est en ce moment digne de compassion.
Au milieu des difficultés et des angoisses de l'heure présente, nous invitons ces fils qui nous sont chers à se souvenir, que « le bras de > Dieu n'est pas raccourci, qu'il peut toujours nous sauver, et que » son oreille n'est pas sourde, mais peut toujours entendre notre » prière ».
Et que cet espoir du secours divin grandisse encore à l'approche des Fêtes de Noël, dont le mystère célèbre la naissance de Notre Seigneur et nous rappelle cette paix que Dieu a annoncée aux hommes par ses anges.
Puissent aussi les âmes tristes et affligées trouver réconfort et
consolation dans l'assurance de la tendresse paternelle qui inspire notre prière; oui, que Dieu ait pitié de la nation belge, qu'il la comble de l'abondance de ses biens.
Comme gage de ces vœux, nous accordons de grand cœur à tous et à chacun, et tout d'abord à vous, Notre Cher Fils, la Bénédiction Apostolique.
Donné à.Rome, près St Pierre, en la fête de la Conception Immaculée de Notre-Dame, l'année MCMXIV, de notre Pontificat la première.
BENOIT XV, Pape.
Un dernier mot, mes bien chers Frères.
Au début de cette crise, je vous disais, qu'au jour de la libération de notre territoire, nous saurions donner au Sacré-Cœur et à la très Sainte Vierge un témoignage public de notre reconnaissance. Depuis cette date, j'ai pu consulter mes collègues de l'épiscopat et, d'accord avec eux, je vous demande de faire, dès que nous le pourrons, un nouvel effort pour hâter la construction de la Basilique nationale, que la Belgique a promis de dédier au Sacré-Cœur. Aussitôt que le soleil de la paix luira sur notre pays, nous relèverons nos ruines, nous rendrons leur abri à ceux qui n'en ont plus, nous rebâtirons nos églises, nous réédifierons nos bibliothèques, et nous espérons bien mettre le couronnement à cette œuvre de reconstruction, en élevant, sur les hauteurs de la capitale de la Belgique, libre et catholique, la Basilique nationale du Sacré-Cœur.
Puis, chaque année, nous nous ferons un devoir de célébrer avec solennité, le vendredi après l'octave de la Fête-Dieu, la fête du Sacré- Cœur.
Enfin, dans chaque région du diocèse, le clergé organisera, anijuellement, un pèlerinage d'actions de grâces à l'un des sanctuaires privilégiés de la Sainte Vierge, afin d'honorer spécialement la Protectrice de notre indépendance nationale et la Médiatrice universelle de la société chrétienne.
La présente Lettre sera lue en plusieurs fois, le premier jour de l'an et les dimanches qui suivront le jour où elle vous sera parvenue.
Agréez, mes bien chers Frères, les vœux que je forme pour vous ^t pour le bonheur de vos familles, et recevez, je vous prie, ma paternelle bénédiction.
f D. J. Card. MERCIER, Arch. de Malines.