LETTRE A BRISSOT
licissot raconta, dans ses Mémoires, qu'au moment où il quitta l'aris pour aller fonder le lycée de Londres^ Marat lui
écrivait souvent. II cite de lui cette lettre1, la première que Marat lui envoya après la publication du traité De la Vérité. Il n'en donne pas la date exacte, mais le traité De la Vérité ayant été publié en 1782, c'est évidemment à cette année-là qu'il faut la reporter.
Une longue et cruelle maladie, mon très cher ami, m'a privé longtemps du plaisir de m'entretenir avec vous, et je saisis les premiers moments de ma convalescence pour réparer le temps perdu. Ces fréquentes rechutes me font croire que ma santé n'est plus à l'épreuve des fatigues de l'étude, heureux si les instants de relâche qu'elle me laissera suffisent à finir mes ouvrages, et plus heureux encore si je puis voir arriver le temps où je serai libre de me livrer aux doux entretiens de l'amitié. Vous savez, mon très cher, la place que vous occupez dans mon cœur.
Ma première lecture, après le retour de ma tète, a été vos Méditations. J'y ai vu avec plaisir le charmant persiflage du sceptique (je ne sais si le géomètre y prendra goût), et avec plus de plaisir encore votre façon de penser sur le compte de votre ami2. Si quelque éloge doit flatter, c'est celui que fait un ami éclairé: après votre amitié, votre estime est pour moi le bien le plus flatteur, si l'une pouvait aller sans l'autre.