‹ La correspondance;Chapitre 19 sur 107 · Original : Collection P. Cesbrox · texte numérisé non relu

Original : Collection P. Cesbrox

dont il rêvait d'obtenir pour Marat la direction. Cette première lettre à Roume de Saint-Laurent, datée du 2 juin 1783, ne fait encore aucune allusion à ces pourparlers4.

A M. de Saint- Laurent, à Madrid.

L'almanach me dit, Monsieur, qu'il n'y a que cinq semaines que vous nous avez quittés, et il me paraît qu'il y a déjà plusieurs années. Je ne sais si ceux qui ont su vous apprécier peuvent jamais vous oublier ; mais je trouve que le vide que vous laissez après vous n'est pas facile à remplir. Je le sentirais plus vivement encore si je n'avais l'espoir de vous revoir bientôt.

Depuis votre départ, Monsieur, j'ai fait une découverte intéressante ; elle a pour objet l'insensibilité aux couleurs de certains individus, phénomène qui a toujours paru tenir du 'prodige. Cet article entre dans mon grand ouvrage sur la lumière, et vous serez certainement un des premiers à le recevoir.

Si je vous disais. Monsieur, que je ne suis pas impatient de recevoir de vos nouvelles, vous n'en croiriez rien, et vous auriez raison; ne les faites donc pas trop attendre.

Marat.

Paris, 2 juin 1783.

LETTRE A ROUME DE SAINT-LAURENT

(19 juin 1783)

Quelques jours après la lettre précédente, à la date du 19 juin 1783, Marat écrit à Roume de Saint-Laurent une nou-

1. Original : Collection Morrison {Catalogue, tome IV, p. 1301.

velle lettre, dont nous n'avons malheureusement pas pu retrouver le texte complet'. A ce moment, les propositions de Roume, relatives à la direction de L'Académie de Madrid, devaient être déjà formelles, car Mural se dispose à partir pour l'Espagne. Il consacre une partie de son temps à l'étude de la langue espagnole. Puis, passant à un autre sujet, il écrit : Je vais m'occuper de M. Mesmer, et vous en rendrai bon compte. Mais ce n'est pas l'affaire du moment. Vous savez combien j'aime à examiner les choses, et à les examin r avec soin, avant de me prononcer. »

LETTRE A ROUME DE SAINT -LAURENT

(Juillet 1783)

Cette autre lettre, datée de « Paris, juillet 1783 », ne porte pas d'adresse précise; mais il n'est pas douteux qu'elle ne soit également écrite à Roume de Saint- Laurent, car elle se rapporte tout entière à la même affaire*. Marat y raconte ses entrevues avec M. de la Herreria, qui devait prendre avec lui les arrangements relatifs à son départ pour l'Espagne. Il se plaint que le secret des négociations n'ait pas été observé; il a une charge à la cour de France dont il pourrait être privé si l'on connaissait ses intentions de passer au service de l'Espagne. Il acceptera, de préférence à d'autres, les propositions qui lui viendront d'Espagne, car il serait heureux de tra-

1. L'original de cette lettre faisait partie delà collection d'autographes Etienne Charavay, dispersée en l'JOl. Nous ne connaissons d'elle que la brève mention portée au catalogue de la vente (p. 218 .

2. Comme celui de la précédente, le texte de cette lettre nous est inconnu. L'analyse que nous en donnons est empruntée à un catalogue d autographes.

vailler au progrès d'une nation dont il connaît les vertus et le riche naturel. Il a donné sa parole qu'il n'acceptera pas d'autres engagements et s'étonne un peu des précautions qu'on prend pour qu'il observe sa promesse. « Les personnes qui me connaissent particulièrement savent bien qu'il y a peu de précautions à prendre avec un homme qui a toujours respecté le gouvernement, les lois, les mœurs des pays qu'il a parcourus, qui ne désire que de devenir le bienfaiteur de la jeunesse et qui ne fera jamais rien qui puisse ternir une réputation à laquelle il a tout sacrifié. »

LETTRE A ROUME DE SAINT-LAURENT1

(20 juillet 1783)

Monsieur,

Rien de plus vif, sans doute, que votre zèle pour la gloire de l'Espagne, votre nouvelle patrie. Je vois avec un plaisir extrême que je pourrais aussi consacrer mes talents aux progrès des arts et des sciences, au milieu d'une nation que je vénère. Mais, Monsieur, ma joie n'est pas tout à fait saus mélange lorsque je pense que M. l'ambassadeur, chargé de prendre des informations sur mon compte, entendra peut-être les clameurs de nos philosophes, pour qui c'est un crime que de croire en Dieu. Vous savez combien ils en veulent à ceux qui, comme moi, ont refusé de

1. Cette lettre, dont l'original fait partie dhine collection privée, a été publiée pour la première fois dans la Revue politique et littéraire (Revue bleue) du 13 juillet 1907, p. 57-58.

grossir leur criminelle secte, ont osé combattre avec courage leurs pernicieuses erreurs. Et vous savez aussi avec quel art ils savent dénigrer leurs adversaires. Je me flatte, il est vrai, que M. l'ambassadeur saura bien les pénétrer, s'il ne les a pas déjà jugés. Mais rien ne me rassure autant que le profond discernement de M. le comte de Florida- Blanca. Heureux si, pour connaître les mœurs d'un homme de lettres qui a passé sa vie à voyager dans son cabinet et n'a fréquenté que des amis distingués par leur piété et leur vertu, cet illustre ministre avait ordonné qu'on allât aux informations à de pareilles sources. Que de respectables ecclésiastiques je pourrais donner pour garants! Les deux lettres incluses ont été remises à leurs adresses et très bien reçues.

Quoique je ne sois pas encore attaché à l'Espagne, j'ai cru cependant devoir lui donner une marque de mon dévouement. Voici le fait. Plusieurs membres de la Société royale de Londres, qui sont venus faire un cours de mes expériences dans le cabinet de mon élève, m'ont appris que le bureau de longitudes anglais propose un prix de 24.000 1. pour la méthode de faire de bon flingt. Us savent que mes recherches m'ont conduit à d'heureux résultats; en conséquence, ils m'ont proposé de passer à Londres pour quelques semaines. Vous sentez bien que j'ai été sourd à leur proposition.

J'espère que la première lettre que je recevrai de vous m'apprendra la conclusion de mon '. J'attends sa réception pour me décider sur partis qui me sont proposés.

Mon cœur m'appelle en Espagne, vous le savez, car indépendamment des raisons tirées de mon inclination naturelle, il est doux de cultiver des hommes dont le riche naturel est capable des plus belles productions de l'esprit humain.

Adieu, Monsieur, soyez assuré de tout le plaisir que

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