‹ La correspondance;Chapitre 2 sur 107 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

S'il était permis aujourd'hui de la reconstituer dans son ensemble, la correspondance de Marat serait le document le plus vivant et le plus complet qui pût éclairer le mystère de cette tête prodigieuse. Dans les débris dispersés qui nous en restent, rien n'est banal ni indifférent. Le tumulte d'une vie fiévreuse y roule avec fracas; une longue période de ■dix-huit années, de 1773 à 1793, s'y reflète tout entière, sous des apparences toujours changeantes et passionnées.

Mais ce n'est là qu'une infime partie de la correspondance réelle de Marat. Ses lettres semblent avoir été l'objet d'une destruction systématique ', ou

1. C'est l'opinion de M. Étieune Gharavay, qui, dans un article consacré à la rareté des autographes des révolutionnaires, écrit ces lignes : « Marat écrivait volontiers, et si toutes ses lettres avaient été conservées, elles ne seraient pas rares-; mais la haine qu'on porta à ce publiciste fit détruire un grand nombre de ses autographes. » (Amateur d'autographes, janvier-février 1890, p. 15). De son côté, Barbaroux avoue lui-même dans ses Mémoires (p. 62) avoir brûlé la plupart des lettres que lui écrivit Marat : •« Combien je regrette d'avoir brûle les lettres de Marat... Il en peut rester une ou deux dans mes papiers... »

n INTRODUCTION

les victimes d'une destinée impitoyable. Des milliers qu'il <lul écrire, un petit nombre seulement ont subsisté, les unes par quelque grâce du hasard, les autres par les soins mômes de Maral. Si l'on fait abstraction, en effet, des lettres insérées par l'Ami du Peuple dans ses journaux et dans ses pamphlets, que reste-t-il de cette volumineuse correspondance, une des plus actives qu'un homme public ait jamais entretenue? Aucune liasse n'a été conservée dans son ensemble. Les originaux autographes sont rares et isolés : il faut les rechercher patiemment, l'un après l'autre, dans les collections publiques ou particulières, sans autres points de repère que les brèves mentions des catalogues.

Ainsi la correspondance privée de Marat s'est trouvée presque complètement anéantie. Sa correspondance publique, c'est-à-dire les lettres qu'il adressa, aux Etats-Généraux, à la Convention, aux tribunaux, aux corps constitués, suffiraient à elles seules à composer un recueil assez abondant. Mais, là encore, une sorte de destinée fatale a voué ces lettres à la destruction et à l'oubli. « J'ai écrit plus de vingt Lettres à >Totf Seigneurs des Etats-Généraux», dit Maral1. Une seule nous reste2; c'est lui-môme qui nous l'a conservée. Un peu plus tard, en octobre 1789, puis en août 1790, nouvelles lettres à l!Assemblée : rien ne nous en est resté, pas même

Page 1