Analyse extraite d'un catalogue d'autographes
2. Cette lettre a été publiée dans la Revue des documents hisloriques (tome III. p. til, année 1870-1876). Elle avait été conservée dans les papiers du comte Real, et faisait partie, en 1875, de la collection lies A. Bovei.
M. leC. d'Aranch m'ait communiqué un seul mot. Peut-être le voyage de Fontainebleau a-t-il causé ce reiard. Vous m'exhortez à la patience, mon cher ami, en considération de l'importance de l'affaire pour la gloire de l'Espagne et la mienne. Quant à mon triomphe, il ne saurait me manquer; mais j'ai mis mon bonheur à porter les sciences exactes et utiles au plus haut point qu'elles peuvent atteindre. J'ai besoin pour réussir de la protection d'un grand Roi, et je serais ah comble de mes vœux si je puis consacrer mes talents au bien d'une nation que j'aime et respecte.
Poursuivez donc comme vous avez commencé et ne laissez pas la tâche imparfaite.
J'ai vu M. Solano plusieurs fois. Il a vu mes expériences fondamentales et n'a rien à objecter. Au reste, je ne sais s'il est convaincu des erreurs de Newton en optique : il me parait aussi réservé qu'aimable. Peut-être s'ouvrira-t-il à moi lorsque nous serons plus liés, et ne doutez point que je ne fasse tout ce qui dépendra de moi pour le triomphe de la vérité.
Je vous embrasse de tout mon cœur.
Marat.
Monsieur, Monsieur de Saint-Laurent, à Madrid l.
LETTRE A ROUME DE SAINT-LAURENT
(20 novembre 1783)
Les ennemis de Marat mettaient tout en œuvre pour paralyser les efforts de Roume de Saint-Laurent. C'était surtout
1. Au dos de cette lettre, Roume de Saint-Laurent a écrit ces mots : « 1783, novembre 6. M. de Marat est prêt à répondre aux objections qu'on pourra lui faire. »
auprès de l'ambassadeur d'Espagne à la cour de France qu'on essayait d'agir, et ces influences ne pouvaient manquer d'avoir un grand poids, car elles venaient, pour la plupart, de quelques membres de l'Académie des Sciences, dont Marat lui-même a raconté les sourdes menées. En même temps, des lettres violentes et haineuses altluaient h la cour d'Espagne. Roume révéla à Marat les machinations de ses adversaires. C'est alors que Marat lui écrivit la longue lettre qui suit, sorte de plaidoyer justificatif, destiné à être mis sous les yeux du roi d'Espagne et de son ministre, le comte de Florida-Blanca. On ne connaît cette lettre que par une copie faile par Roume, que celui-ci a fait précéder des lignes suivantes : « Lettre très intéressante, où M. de Marat me fait la récapitulalion de tout ce qui lui est arrivé depuis son entrée dans la carrière des sciences. J'en ai remis une copie de moi certifiée, à M. le comte de Florida-Blanca, il y a trois semaines. — Madrid, le 10 février F784. — Roume de Saint-Lalrknt. » Cette lettre fut publiée pour la première fois dans le tome VIII des Miscellanm of the Philobiblon Society (London, 1863-1864). Elle a été reproduite plus tard, en 1880, par M. Chèvremonl1, qui, ayant eu communication, par M. (iabriel Charavay, de la copie autographe de Roume, a cru que le document était inédit.
Il est donc vrai, mon ami, que la calomnie a volé de Paris à l'Escurial pour me noircir dans l'esprit d'un grand Roi et d'un illustre Mécène. Vingt lettres, dites-vous, m'ont peint sous les couleurs les plus noires.
.Mais qui sont mes détracteurs ? Faut-il le demander? De lâches envieux, dont la tourbe nombreuse ne cesse de s'acharner à ma perte; des philosophes modernes, cachés sous l'anonyme ou de faux noms pour me diffamer. Seraije donc toujours en bulte à leurs traits, pour avoir renoncé aux honneurs académiques par amour de la vérité, pour avoir avancé les connaissances utiles, pour avoir rappelé à la vie un grand nombre de mes frères déclarés incurables, pour avoir défendu la cause de la vertu? A cette idée mon