‹ La correspondance;Chapitre 26 sur 107 · Pimblico, quartier de Londres · texte numérisé non relu

Pimblico, quartier de Londres

2. L'auteur attaque avec hardiesse dans son ouvrage la plupirt des systèmes reçus. (Note de Marat)

bout à l'autre de l'ouvrage : impatiens freni, c'est la devise du génie : l'auteur se l'est appropriée, et elle lui va bien; mais, Monsieur, ne pourrait- il pas faire grâce au sa^e Socrate et lui donner le même motif qu'il attribue ailleurs au juste Aristide ? J'aurais aimé, je vous l'avoue, que cela eût pu s'arranger; j'ai même élé jusqu'à désirer qu'une requête lit sur lui l'effet d'un syllogisme portant conviction. La condamnation de Socrate entraine celle de Phocion, et voilà l'antiquité dépouillée de ses plus nobles joyaux. L'auteur connaît trop bien l'homme pour n'être pas indulgent. Au reste, je ne veux point deviner votre nom, non pas pour avoir la peine de le taire, mais parce que je n'aime pas à louer les g< ns eu face.

J'ai l'honneur d'être, Monsieur, avec les sentiments de la plus véritable estime, votre très humble et très obéissant serviteur,

[Signé] De i.a Rochette.

Lettre du même au même, datée de Pimblico,

/'• 20 janvier 1773.

Je vous remercie, Monsieur, du nouveau plaisir que vous m'avez fait en me communiquant la suite de votre manuscrit. J'ai continué de m'inslruire, de m'éclaireiy de vérifier sur moi-même lu justesse d'une infinité de vos observations; mais comment pourrais-je vous critiquer? Je pense comme vous, et si par malheur je pensais différemment, vous me convertiriez à coup sur. Vous avez le courage de dire tout ce que vous pensez, c'est beaucoup; mais vous avouez naturellement ce que vous ne savez pas, et c'est une bonne foi courageuse, qui n'est pas moins précieuse à mes yeux; si nos

métaphysiciens avaient suivi cette méthode, nous en saurions davantage, et ils n'eussent pas décrié la science à force de nous ennuyer. Ne trouvez-vous pas qu'en général ces métaphysiciens (je parle des plus désintéressés) ont ét«, parmi les hommes qui se mêlent de penser bien ou mal, à peu près comme les Encyclopédistes parmi les Sectaires ? C'est la même obscurité et le même galimatias; la même aptitude à expliquer tout ce qui est inexplicable, la même suffisance, et, pour que le parallèle soit accompli, la même animosité. La plupart de leurs livres ne contiennent que des mots vides de sens; si vous y trouvez des choses, elles seront éparses comme les arbres dans le désert, et toujours offusquées par les mots comme ces tiges isolées le sont pardes monceaux dn sable. Nos plus beaux discours de métaphysique ont fait de la machine humaine un composé si impertinent qu'il m'a semblé plusieurs fois, à moi indigne, que je l'aurais mieux arrangé si j'eusse entré pour quelque chose dans sa création. Je ressemblais à ce roi Alphonse qui, excédé de la multitude de cercles dont les astronomes de son temps entortillaient le système des cieux, leur disait bonnement que si le Créateur avait daigné le consulter, il lui aurait indiqué une méthode fort simple et plus courte. Dieu merci, vous avez remis les choses à leur place: tout a repris la simplicité native; nous voilà tels que nous sommes, des êtres dont les ressorts sont fort simples, mais dont l'Éternel ouvrier ne nous découvrira jamais le secret. Leibnitz a trouvé que c'était une entéléchie, et certainement on ne pouvait rien imaginer de plus clair.

Pourquoi la nature n'a-t-elle doué que le plus petit nombre d'une heureuse organisation? Pourquoi en voit-on si peu comme celte admirable fille dont vous faites l'éloge avec tant de vérité? Je sens tout le prix de la confiance que vous m'accordez à son égard; cet éloge est un plaisir de plus que vous m'avez fait savourer, puisque j'ai vu appeler sous les traits d'Uranie. Je ne sais pas si la nature, quand elle a tout fait pour nous, doit nous trouver ingrats; mais si j'avais fait V ouvrage

48 LA CORRESPONDANCE DE M Ali AT

que vous m'avez prêté, je croirais lui devoir une reconnaissance sans borne.

Je suis, Monsieur, avec les sentiments les plus vrais, votre très humble et très obéissant serviteur,

[Signé] De la Rociiette.

Copie d'une lettre du lord L;/ttleton à M. Marat, dat<'>e de la Rue de la Montagne*, le vendredi 19 novembre 1772 {Traduction).

Monsieur,

En lisant avec attention le manuscrit que vous m'avez fait la grâce de m'envoyer, j'ai beaucoup admire les connaissances et les taltnts de l'auteur. Cet ouvrage contient beaucoup de choses au delà des bornes de ma critique, ignorant comme je le suis en fait d'anatomie et peu versé dans les matières de métaphysique; mais je dois aux marques d'estime que vous avez bien voulu me donner, et à l'honneur que vous m'avez fait en me communiquant votre manuscrit avant l'impression, de vous faire part avec franchise des objections que l'on pourra faire, soit sur la matière, soit sur le style. Je serais bien aise de vous consulter sur quelques passages qui demandent éclaircissement. Si vous pouvez passer par-dessus les raisons qui vous font désirer de garder l'incognito au point de me faire l'honneur d'une visite dimanche prochain, à 1 i heures du matin, soyez sur que votre secret ne sera pas divulgué, Monsieur, par votre très humble et très obéissant serviteur,

(Signé) Lyttleton.

1 Montagne, rue de Londres.

Traduction d'une lettre de M. Collignon à M. Marat, datée de Cambridge, le 1er mai 1773.

Monsieur,

J'ai enfui fini la lecture de votre intéressant ouvrage, dans lequel, à mon avis, vous avez montré beaucoup de génie, et répandu autant de goût sur la matière qui en fait l'objet qu'elle en est probablement susceptible. Si toutes vos observations ne sont pas strictement vraies, elles sont à coup sûr très probables.

J'avoue que la peur de me faire mal entendre, en assujettissant une grande partie du moral à l'influence corporelle, m'a fait traiter ce sujet d'une manière très superficielle dans mes recherches, etc. Mais vous vous êtes exprimé en général d'une manière si sage que vous n'avez, je pense, rien à craindre sur cet article.

S'il m'était permis de désapprouver quelque chose dans votre ouvrage, ce seraient certaines descriptions très vives, particulièrement celle de la page 857 du Ier volume. Je suis, Monsieur, votre très humble et tçès obéissant serviteur,

(Signé) Chas. Collignon.

De la Rue de la Montagne, le 27 décembre 1783.

Monsieur,

Si vous voulez aller voir M. Pouskin, ministre de Russie en notre cour, qui demeure dans la rue Lower-Grosvenor, il vous

fera part de quelque chose qui peut vous être très avantageux, si vmis agréez ses propositions. Je serais extrêmement flatté d'avoir pu vous être utile. Je suis, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

{Signe) Lvttleton.

Lettre de M. Prevût.

Votre réputation, Monsieur, et les différentes guérisons que vous avez opérées, me font désirer avec la plus vive ardeur que vous vouliez bien donner vos soins à la santé de ma femme. Les différents accidents qu'elle a éprouvés de la délicatesse de sa poitrine dont elle souffre continuellement m'ont donné et me donnent encore des inquiétudes sur son état et sur les suites qu'il peut avoir. Je me flatte que vos soins et vos lumières lui rendront la bonue santé dont elle a joui autrefois. M. Hibert vous a prié, de ma part, de vouloir bien la venir voir; j'aurais eu l'honneur d'aller chez vous pour vous en prier en personne, mais M. Hibert m'a observé qu'il serait très douteux que j'eusse le bonheur de vous rencontrer. Je prends donc le parti de vous écrire, Monsieur, pour vous engager à venir voir Mme Prevot demain matin s'il vous est possible. Je vous en serai infiniment obligé. J'ai l'honneur d'être, avec la considération la plus parfaite, votre très humble et très obéissant serviteur,

{Signé) Prevot, trésorier général des ponts et chaussées de France.

Paris, rue Chartes, ce mardi après midi, io novembre.

Lettre de M. le marquis de Gouy, datée de Paris, le L2L aoîd 1781.

J'ai le malheur. Monsieur, de voir périr sous mes yeux mon fils cadet, qui est actuellement dans un état affreux.

A la suite d'une hémoptysie dans laquelle il a perdu, à Lille, il y a deux mois, plus de cent vingt onces de sang, sa poitrine s'esl attaquée, et depuis six semaines environ il crache le pus en abondance.

Il s'est mis, à son arrivée ici, entre les mains de M. Rorie ; ce médecin, jugeant le malade dans un état fort dangereux, a appelé le 12 de ce mois, pour consulter, Mess. Rouvard, Malhouet, Guindant et Sigaud. J'ai assisté à la consultation, et j'ai eu le désespoir de voir mon malheureux enfant condamné unanimement par ces cinq docteurs. Le lait qu'ils prescrivirent, et le régime nouveau qu'ils ordonnèrent au malade, me donna quelques heures d'espérance, mais M. Rorie, qui le suit assidûment, m'ayant assuré hier de la manière la plus positive que le poumon était on ne peut plus profondément ulcéré, et qu'il regardait sa cure comme physiquement impossible, je veux me tourner, Monsieur, vers le médecin des incurables. Mme la marquise de Laubespine était condamnée, il y a quatre ans, lorsque vous eûtes la gloire de la guérir. La santé dont elle jouit encore à présent me lai.-se tout à espérer de v«s lumières, si vous voulez les consacrer à la guérison de mon fils. Je vous envoie un carrosse, je vous supplie de venir le voir, c'est en vous seul qu'un père malheureux met toute son espérance. Je ne vous parle pas de ma reconnaissance et de tous les sentiments d'estime que je vous ai voués.

(Signé) Gouy.

Lettre de M. du Cluzet, intendant de Tours, à M. le marquis de Choiseul, qui l'avait engagé à consulter M. Moral pour une demoiselle dangereusement malade.

Je vous dois, Monsieur, la connaissance d'un homme bien lumineux, et qui a le coup d'o-il bien prompt, il a aperçu dans un moment ce que toute la Faculté réunie n'a trouvé qu'après bien des observations. Il est fâcheux pour l'humanité qu'il se livre aussi peu. Plus il est économe de ses connaissances, plus je vous dois, Monsieur, de m'avoir mis à portée d'en profiter. Mon premier moment de liherté sera consacré à vous en témoigner ma reconnaissance, et à vous renouveler les assurances de l'inviolable et respectueux attachement avec lequel j'ai l'honneur d'être, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

(Signé) Du Cluzet.

P. -S. — Pourrais-je, Monsieur, vous demander la demeure de M. Marat?

Lettre de M. Le Roy, de l'Académie des Sciences, à M. le marquis de Laubespine, pour remettre à M. Marat, désigné par le mol de Représentant.

Monsieur le Représentant peut être assuré que c'est par Vcxtréme désir de voir les expériences qu'il fait, que les académiciens qui ont été hier chez lui s'y sont rendus, espérant quel-

ques moments favorables, car M. Le Roy leur avait bien spécifié qu'il n'y aurait pas d'expérience et qu'il ne fallait pas y aller, s'il ne faisait pas un beau soleil. Aussi M. le duc d'Ayou, M. d'Arey et plusieurs autres personnes n'y ont-ils pas été. M. Le Roy a l'honneur de lui proposer le même rendez-vous pour la huitaine, c'est-à-dire toujours pour le mercredi 28, à 10 heures du matin, faisant beau temps. M. le duc d'Ayon, qui ne compte pas pouvoir venir à Paris avant ce jour-là, me charge de le demander à M. le Représentant, et M. Le Roy s'y rendra avec quelques personnes de ses amis, puisqu'il le lui permet.

A ce sujet-là, il a une observation à lui faire au sujet de M. Lavoisier, qu'il ne se soucie pas trop qu'il voie ses expériences; c'est que si on avait l'air de l'en exclure, cela pourrait avoir l'air aussi de le craindre, et il me semble que les expériences que nous a fait voir M. le Représentant ne sont pas dans le cas de craindre personne: il voudra donc bien lui faire réponse pour lui faire savoir, et s'il veut remettre M. Lavoisier à un autre jour que le mercredi que M. Le Roy lui demande, et si le jour du mercredi lui conviendra. Il voudra bien ne pas différer cette réponse plus tard que samedi matin, afin qu'il soit à portée d'en instruire ceux de ses confrères qui désirent voir ses expériences.

Il comptait avoir hier la copie du Rapport, il compte que ce sera pour samedi, il fait toutes sortes de compliments à M. le Représentant.

Jeudi matin.

Lettre de M. Maret, secrétaire de V Académie de Dijon, à M. le comte de Nogent. ■

Monsieur, L'Académie, pour répondre à la confiance de votre ami, a lu le Mémoire que je lui ai présenté de votre part, et a charge

54 LA C0RRESP0NPAW2E DE MARAT

des commissaires de l'examiner et de répéter vos expériences.

Il résulte de cette lecture et de cet examen, Monsieur, que l'auteur du Mémoire, est un physicien ingénieux qui peut rendre de 1res yrands services à la science en interrogeant la nature par des expériences nouvelles.

C'est la confiance dans l'impartialité de l'Académie qui a engagé M. votre ami à lui communiquer ses idées; cette Compagnie espère que le jugement dont je suis chargé n'affaiblira pas cette confiance.

Je suis avec respect, Monsieur le comte, votre très humble et très obéissant serviteur,

(Signé) Maret, secrétaire de V Académie de Dijon.

N° il.

A Berlin, (<■ L9 février 177!).

Je serais honteux, Monsieur, de n'avoir pas répondu plus tôt à votre obligeante lettre du 5 décembre dernier, si cela venait de quelque négligence de ma part. Mais celte lettre ne m'est parvenue que le 21, et l'Académie en liait alors dans les féeries de Noël. A la première assemblée de 1779, j'ai lu votre lettre et remis votre Mémoire, pour l'examen duquel l'Acamie a nommé des commissaires. Us ont fait hier leur rapport, suivant lequel vos recherches sont très estimables, et il y a lieu de croire qu'en les continuant vous procurerez des accroissements aux sciences dont cous faites votre objet. Lecélèbre Stahl a déjà mis sur la voie par rapport à vos idées sur la nature du feu, el l'on a d'ailleurs des preuves connues de la différence entre le feu et l'air. Je suis chargé, Monsieur, de vous remercier de la paît de l'Académie de votre attention pour elle, et de la

confiance que vous lui témoignez. Elle serait charmée de trouver les occasions de vous témoigner sa considération distinguée. C'est avec les mêmes sentiments que j'ai l'honneur d'être, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

{Signé) Formey, Conseiller privé du Roi, secrétaire perpétuel de V Académie.

Déclaration de M. le chevalier de Champ à l'yard d* M. Marat, du 29 novembre 1783. Numéroté 12 dans la suite des pièces fournies par M. Marat à l'appui de sa lettre à M. de Sainte-Laurent, du 20 novembre 1783.

Par devant les conseillers du Roi, notaires à Paris, soussignés;

Fut présent Me Jean Claude de Champ, chevalier, seigneur comte de Champ et de l'Empire, seigneur de la Fraidière-, demeurant à Paris, rue du Cherche-Midi, paroisse St-Sulpice.

Lequel a déclaré qu'étant requis par M. Jean-Paul Marat, docteur en médecine et médecin des gardes du corps de Monseigneur le comte d'Artois, frère du Roi, de lui donner acte du refus qu'il a fait de se rendre à l'invitation d'une des premières Académies de l'Europe, dont ledit Sr comte de Champ lui avait fait la proposition, a dit, attesté et certifié qu'en mil sept cent quatre-vingt un il fut chargé par une des premières Académies de l'Europe de témoigner à M. Marat le désir qu'elle avait de le voir au nombre de ses m'embres, sans cependant la compromettre en la nommant, en cas de refus; que M. Marat, sur cette invitation, avait répondu qu'il était extrêmement sensible aux marques de considération particulière que lui voulait bien donner l'illustre Compagnie au

nom de la [uellc il parlait, qu'il la suppliait de ne pas prendre m m ui\ refus, mais que, pour conserver une

il s'élail promis jusqu'alors de n'appartenir à aucui | . l'émoignage que mon dit Sr comte

de Champ atti tj :a» temenl > onforme à la

Dont acte, fail et pa?sé à l'ai is, en l'élude. L'an mil sept cent ' \ ingl huil uovembi ■ , ié, signés,

Le i ; de Ch kiip, etc., de l'Empire,

BUL .M II BVRE.

DANi I! ACADLMIQ1 I.

Lettre de M. M aval à M. le comte de Maillebois, du 19 juillet 177'.».

On trouvera celte lettre plus haut, p. 3].

de M. le \ i ' V. Murât,

du s ami di 19 juin 1 779.

Je ] eur, Ai adémie l'offrande donl vou

chai. vousrendrai compte demain matin de

ce qui aura été dit à la suite. Vous connaissez mon dévouement.

Autre billet de M. le comte de Maillebois à M. Marat, du dimanche 20 juin 1779.

M. de Maillebois fait bien ses compliments à M. Marat. La lettre et le présent ont été bien reçus de l'Académie; on a nommé les mêmes commissaires, auxquels on a ajouté M. de Lalande ; on n'a point voulu y joindre M. Cousin, à cause des deux géomètres qui se trouvent dans les commissaires.

On a invité les physiciens à aller voir les expériences. Il n'y a eu que M. Brisson qui a élevé quelques doutes sur la découverte *.

Billet de M. le marquis de Condorcel, secrétaire de l'Académie, en date du 14 juillet 1779.

Le 19 juin 1779, M. Marat a présenté son projet de nouvelles expériences. On lui a nommé les mêmes commissaires que pour le premier ouvrage, et on y a joint M. de Lalande auquel on a substitué M. Cousin (sic -.

1. Telle était l'idée avantageuse que l'Académie avait de la bonne foi et des talents de M. Marat. {Note de Marat)

2. Il y a évidemment ici une erreur du copiste. (Noie de Marat'

Billet de M. Sage, de V Académie, à M. Marat,

du 8 octobre 177'.».

ge a l'honneur de saluer M. Marat ; il a reçu ses lettres à son retour de la campagne où il est encore obligé de se rendre, ce qui l'empêchera de se trouver au rendez-vous. MM. Le Roy et Cousin, étant plus versés que lui dans l'optique, sont les juges nés de cette partie; Sage ayant toute confiance en eux s'y rapportera '.

Note de M. Marat sur les lettres suivantes.

Il y avait déjà longtemps que la vérification des expériences de M. Marat, sur la lumière, était terminée, et le rapport ne s'en

faisant point, il prit le parti de le solliciter.

Lettre de M. Le lia;/, de V Académie, à M. Mural. du 7 janvier 1780.

Je vous ai marqué, Monsieur, que je m'occupais de votre rapport, et que je le ferais très incessamment, mais que j'en ai eu un à faire très important pour la marine, et après lequel

t. M. .Marat reçut un pareil billet de désistement de la part de M. de Maillebois et de M. Montigny. [Note de Marat).

on attend; ce qui m'a empêché de terminer le vôtre. C'est précisément le rapport de la marine qui a été iuterrompu à la troisième phrase et non celui de vos expériences. Soyez tranquille, je vous prie. Ce rapport pour la marine sera fini aujourd'hui, ainsi le vôtre sera pour la semaine prochaine sans délai ni remise, au moins de ma pari. Au reste, je ne conçois pas comment on vous a donné l'alarme sur ce rapport de mercredi, puisqu'il y était question d'un ventilateur, et non des couleurs de la lumière.

Je vous souhaite bien le bonjour.

(Signé) Le Roy.

Autre billet de M. Le Roy à M. Moral, du 17 janvier 1780.

Le rapport de M. Marat n'est pas encore fait, mais il peut être assuré que M. Le Roy s'en occupe, et que c'est véritablement par la multitude d'occupations forcées que cette affaire n'est pas encore terminée. Il le prie, au reste, de croire que ce rapport n'est pas loin, et que M. Le Roy tâchera de le faire la semaine prochaine. Mais M. Marat doit sentir lui-même que le rapport n'est pas un rapport ordinaire et qu'il demande beaucoup d'attention. Il est prié de recevoir mille et mille compliments.

Autre billet de M. Le Roy à M. Marat, du 28 janvier 1780.

Malgré tout le désir que j'ai certainement de faire ce que vous désirez, Monsieur, il m'est impossible de faire votre rapport demain : je suis obligé d'aller voir e s prisons du Chàte-

Jet pour un autre rapport dont je suis chargé, et, comme j'ai eu l'honneur de vous le marquer ce matin, et comme j'ai celui de vous le répéter, votre rapport n'est pas comme un autre, et demande par là la plus grands attention ; mais je vous l'ai promis pour la semaine prochaine, et je vous tiendrai parole.

Autre billet de M. Le Roy à M. Marat, du 13 février 1780.

Votre rapport sera fait cette semaine, Monsieur, au moins je le compte fort, car il y aura mercredi prochain quinze jours que je suis en querelle pour celui du renouvellement de l'air dans les vaisseaux, et il faut que je répond-- encore à une réponse qu'on m'a faite à ce rapport, mais vous pouvez être sur et certain que je suis aussi impatient que vous, Monsieur, que le vôtre soit fini. Il y a un tel esprit de chicane dans i Académie que cela m'oblige à mettre encore plus d'attention à ce qu'on y lit; mais au nom de Dieu, soyez tranquille et croyez que je suis désolé de ce retard. Recevez mille et mille compliments.

Autre lettre de M. Le Roy à M. Marat, du mercredi 23 février 1780.

De grâce, Monsieur, ne m'en voulez pas, si votre rapport n'est pas encore fini, la matière est très délirate, comme vous savez, et demande par conséquent à être soigneusement examinée; et comme vous êtes trop bon physicien pour l'ignorer,il y ;i beaucoup d'expéiiences qui ne sont pas tellement simples

qu'il n'y ait uniquement à prononcer que sur le fait; de plus, j'ai été fort occupé pour un rapport sur un objet concernant la marine, pour lequel le ministre pressait; mais, Monsieur, votre rapport est fait, et je m'occuperai uniquement de vous à l'avenir. Je me flatte que vous ne doutez pas de tous les regrets que j'ai de ne vous avoir pas encore expédié, par tous les sentiments distingués d'estime et d'attachement que je vous ai voués, et avec lesquels j'ai l'honneur d'être, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

{Signé) Le Roy.

Lettre de M. Cousin, de ï Académie des sciences, à M. Marat, écrite et datée de V Académie, le 13 avril 1780.

Monsieur,

Les affaires de M. Le Roy l'ayant empêché de venir à l'Académie mercredi, et de s'occuper de toute autre chose, il se trouve forcé de remettre à samedi prochain le rapport de vos expériences. Mais nous ne pouvons pas vous promettre de finir le même jour1, cela dépendra du degré d'attention que l'Académie voudra bien nous accorder.

J'ai l'honneur d'être très parfaitement, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

(Signé) Cousin.

1. 11 est donc démontré que le rapport était fort long,, puisqu'il ne pouvait être terminé en une séance de l'Académie. Le rapport des Commissaires n'est donc pas le petit chilien de papier que le secrétaire de l'Académie envoya à M. Marat, et qui est à la tête de son ouvrage sur la lumière. [Note de Marat)

LA CORRESPONDANCE DE MAliAT

Billet de M. Cousin à M. Marat,

du 15 avril. 1780.

J'ai l'honneur de saluer Monsieur Marat, et de le prier de remettre an porteur l'exemplaire de l'Optique de Newton que je lui ai prêté. Monsieur Le Roy avait demandé samedi à faire son rapport, on n'a pas eu assez de temps, j'espère que ce sera pour mercredi prochain.

{Signé) Cousin.

Billet de M. Mural à M. le marquis de Condorcet, du jeudi 27 avril 1780, et réponse de celui-ci au bas du dit

billet.

M. Marat prie M. le marquis de Condorcet de vouloir bien lui faire part de la résolution de l'Académie relativement au rapport de ses expériences. Il a l'honneur de lui faire ses compliments. Réponse au bas du billet. Ce jeudi matin, 27 avril 1780.

Réponse de M. de Condorcet.

Les commissaires ont promis le rapport pour samedi.

Autre du même au même, en date du dimanche 30 avril 1780.

M. Marat prie M. le marquis de Condorcet de vouloir bien l'informer si le rapport de ses expériences est terminé ou même commencé. Réponse au bas du billet.

Réponse de M. de Condorcet.

M. Le Roy a fait le rapport et l'a apporté à la séance, mais d'autres objets ont empêché de le lire à la séance, et il est remis à mercredi.

Autre du même au même, en date du jeudi i mai 1780.

M. Marat prie Monsieur le marquis de Condorcet de vouloir bien lui marquer si le rapport de ses expériences est fait. Répanse au bus du billet.

Réponse de M. de Condorcet.

Le rapport a été commencé hier, mais l'Académie na pas eu le temps d'en entendre la lecture en entier1.

1. Cette réponse ne laisse pas le moindre cloute sur la vérité de la remarque faite à la lettre de M. Cousin portant le numéro 23, {Note de Marat)

rs"° 28.

Autre du même au même, du dimanche 7 mai 1780.

M. Marat prie Monsieur le marquis de Condorcet de vouloir bien lui marquer si son rapport a été repris dans la séance d'hier, et s'il est terminé. Réponse au bas du billet.

Réponse de M. de Condorcet.

Le rapport n'a pas été fait hier. M. Le Roy. qui en est chargé, n'a point assisté à la séance.

Billet de M. Le Roy à M. Marat, du 9 mai 1780.

M. Le Roy fait toutes sortes de compliments à M. Marat et le prie de lui renvoyer l'Optique de Newton en français que je lui ai prêtée l'été dernier, et la même Optique en anglais qu'il croit lui avoir aussi prêtée, il voudrait bien y vérifier quelque chose. M. Le Boy désirerait aussi que M. Marat lui envoyât les expériences signées qu'il a vues avec M. Cousin pour former autorité.

Extrait des Registres de V Académie Royale, des Sciences, du 10 mai 1780.

M. Marat, médecin des Gardes du corps de Mgr le comte d'Artois, ayant prié l'Académie de lui nommer des commis-

saires pour voir des expériences sur la lumière, la Compagnie nous en a chargés, M. le comte de Maillebois, M. Sage, M. Cousin, et moi.

Ces expériences, qui sont en très grand nombre, roulent sur différents phénomènes de la lumière, et particulièrement sur ceux qui appartiennent à son inflexion lorsqu'elle passe le long des corps, ainsi que sur ceux qui, selon l'auteur, établissent que la décomposition des couleurs qu'on observe dans cette inflexion est la cause de celle qu'on observe dans le prisme, ou que celles-ci ne sont point l'effet de la réfraction, mais l'effet unique de l'inflexion avant d'y entrer; en sorte que, selon M. Marat, la décomposition de la lumière dans son inflexion et celle que l'on observe dans son passage par différents milieux sont la suite d'un même effet.

Mais comme ces expériences sont en très grand nombre, ainsi que nous l'avons dit, que nous n'avons pu par là les vérifier toutes (malgré toute l'attention que nous y avons apportée) avec l'exactitude nécessaire, que d'ailleurs elles ne nous paraissent pas prouver ce que l'auteur imagine qu'elles établissent, et qu'elles sont contraires en général à ce qu'il y a de plus connu dans l'optique, nous croyons qu'il serait inutile d'entrer dans le détail pour les faire connaître, ne les regardant pas comme de nature, par les raisons que nous venons d'exposer, à ce que l'Académie puisse y donner sa sanction on son attache.

Fait dans l'Académie des Sciences, le 10 mai 1780.

Le Roy, Cousin, Sage.

Je certifie le présent extrait conforme à l'original et au jugement de l'Académie.

Ce 10 mai 1780.

[Signé) Le marquis de Coxdorcet.

Observations de M. Marat sur le Rapport qui précède.

Quelque peu disposée que fût, l'Académie à me rendre justice, mes commissaires en particulier ne pouvaient se dispenser de rendre compte de mes expériences capitales, ce qui exigeait un travail assez long et assez délicat. On verra par les lettres sous les nos 19, 20 et 22 combien celui d'entre eux qui l'avait entrepris se trouvait embarrassé, car il s'agissait d'en dire assez pour que l'Académie fût instruite et trop peu pour que je fusse content.

Quoi qu'il en soit, cette Académie fut près de cinq mois à rédiger le rapport. 11 paraît par la lettre sous le n° 23 que le rapport devait être fort long, puisqu'un de mes commissaires ne pensait pas qu'on put le terminer dans une séance ; et il est prouvé par la réponse que le secrétaire de celte Compagnie fit au billet de M. Marat, sous le n° 27, qu'une séance entière n'a effectivement pas suffi pour en faire la lecture. L'acte académique contenu en deux pbrases qui m'a été envoyé le 10 mai 1780, et <|u*' j'ai mis à la tête de mon ouvrage, n'est donc pas le rapport de mes commissaires. 11 est donc démontré que le rapport a été supprimé par la cabale, et que l'Académie m'a fait un déni de justice.

Voici maintenant quelques détails que je tiens de bonne paît. In seigneur de beaucoup d'esprit, à qui je n'avais pas laissé ignorer celte transaction académique, ayant un jour à dîner l'académicien qui avait été chargé de mon rapport, entreprit d'en arracher l'aveu de la vérité. Comment est-il possible, dit-il à M. Le Roy, qu'un académicien tel que vous se soit oublié jusqu'à faire un rapport aussi ridicule que celui qui esta la tête des découvertes de M. Marat? Si vous ne vouliez pas rendre justice à fauteur, encore ne fallait-il pus < rire

à vos dépens par un galimatias en style barbare, qu'un maître d'école 'jurait honte d'avouer. — Que voulez-vous, répondit M. Le Roy. ce n'est pas ma faute ; j'avais fait un rapport de

quarante-cinq pages in-4°, où je m'étais piqué de faire connaître le travail de M. Marat; mais à chaque énoncé que je faisais d'une expérience contraire au système de Newton, les géomètres me donnaient un démenti, et nous soutenaient en face, à mon confrère et à moi, que nous n'avions pas vu le fait que nous attestions; nous avions beau insister, ils nous répondaient : « Cela est impossible, nous avons fait nos calculs. » A force de crier, ils nous ont forcés au silence. Enfin l'Académie, subjuguée par le parti le plus fort, m'a tenu l'épèe dans les reins pour brocher à la hâte le rapport dont vous me faites des reproches.

Lettre de M. le comte de Tressent, lieutenant général des armées du Roy, et depuis de l'Académie française, à M. Marat, datée de Franconville1, le 24 juillet 1780.

Ce matin, Monsieur, j'ai envoyé chez MM. Cellot et Jombert (libraires), pour avoir vos deux ouvrages sur la lumière et sur le feu, ne sachant à la fin que je pourrais m'adresser (sic)> et très affligé que deux personnes que j'avais chargées de me les trouver ne me les eussent pas encore envoyés ; jugez, Monsieur, combien il m'est cher de les recevoir de votre main; j'en ai oui faire l'éloge, mais je sais combien il est rare de trouver des lecteurs éclairés parmi même les gens de beaucoup d'esprit. Peu sont initiés dans les recherches profondes et dans le grand ait des expériences, et vous trouverez plus difficilement que personne des pairs pour vous entendre, et pour apprécier votre beau travail.

L'abbé de Tressan, Monsieur, m'a fait espérer que vous

1. Franconville, village à trois lieues de Paris, près Saint-Denis. (Note de Marat)

me feriez l'honneur de me venir voir dans mon ermitage, que ma belle et charmante cousine, Mad. la marquise de Conillac, vous amènerait avec elle ; mais, Monsieur, ce n'est point en présence des Grâces qu'on peut discuter les leçons d'Urauie, c'est dans la solitude des cabinets que deux amis peuvent se communiquer leurs idées, et je vous conjure, Monsieur, de m'accorder au moins deux jours, que vous me ferez passer délicieusement. Je ne vais pas quitter d'un instant vos deux ouvrages, et j'espère en avoir saisi les principes, les propositions et la théorie, lorsque j'aurai l'honneur de vous voir ; je sais déjà, par l'abbé de Tressan, que vous joignez à la profondeur de la science tous les dons qui la font aimer, et rien ne m'est plus honorable et plus cher que de voir que vous espérez du moins trouver des oreilles pour vous écouter; vous trouverez d • plus l'homme du monde qui désire le plus avoir l'honneur de faire connaissance avec vous, et vous recevoir dans son ermitage. J'ai l'honneur d'être, avec la plus haute estime, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

(Signe) Tressan, L. G.

Billet des Rédacteurs du Journal de Paris, à M. le comte de Gouy, du 14 novembre 1778.

Les auteurs du Journal de Paris s'empresseraient de faire usage de l'annonce sur le feu élémentaire qui vient de leur être envoyée, si l'auteur des découvertes précieuses qu'elle contient voulait se nommer ou au moins donner quelques indications qui pussent mettre les auteurs du journal à l'abri des reproches qu'ils pourraient essuyer du public en imprimant une note trop vague sur un sujet si important.

Extrait du journal anglais intitulé Monlhly Review, du mois d'octobre 1782. Traduit en français. Numéroté 33 dans la suite des pièces fournies par M. Marat 0 J7. de Saint-Laurent.

Page 293, section IX : Découvertes de M. Marat, docteur en médecine, sur la Lumière, etc- — Nous avons mentionné précédemment les découvertes de cet ingénieux et laborieux physicien, sur le feu. La première édition de l'ouvrage qui nous occupe aujourd'hui a été épuisée presque aussitôt que publiée. On ne doit point en être surpris, puisqu'il a excité une curiosité particulière, annonçant une nouvelle révolution en optique, et l'entreprise de faire perdre à notre immortel Newton une de ses plus brillantes acquisitions dans cette partie des sciences. Les cartésiens les plus hardis et les mieux armés ont été souvent repoussés avec perte et confusion dans leurs attaques ; une contestation de plus de 30 ans a confirmé Newton dans la possession de ses découvertes, avec l'applaudissement unanime des Académies et des Sociétés savantes de l'Europe, tandis que M. Marat se présente avec une nouvelle légion d'expériences et d'observations pour renouveler le combat sous un nouvel étendard.

La réfraction et la féflection étaient les seules altérations qui fussent connues dans la direction des rayons de la lumière, lorsque le chevalier Isaac Newton répétant les expériences du D1' Hook et du jésuite Grimaldi observa que les rayons venant du soleil, dans leur passage à- une certaine distance des corps, éprouvaient un changement de direction, différent de la réflection et de la réfraction, auquel il donna le nom d'inflexion. Ce changement de direction, ou cette déviation, suivant lui, n'a lieu qu'à une très petite distance

l :20 de pouce) du corps auprès duquel passaienl les rayons de la lumière, et il l'attribuait à un pouvoir répulsif, par lequel les rayons s'éloignaient du corps, sans qu'il y eût eu de contacl entre eux.

M. Marat est d'opinion que cette inflexion n'a jamais été exactement observée ni expliquée par ceux qui l'onl précédé; et, pour mieux réussir, il entreprend de prouver par une multitude de faits que tous les corps sont environnés par un atmosphère lumineux plus étendu que leur diamètre, et que les layons qui forment les différentes couches de cet atmosphère, après s'être ployés vers le corps, convergent et se réunissent tous en différents foyers. Nous renvoyons le lecteur à l'ouvrage même, pour y voir les expériences citées à l'appui de cette hypothèse. Elles présentent une nouvelle loi d'optique, qui doit produire des effets importants dans la nature, et plus particulièrement dans le système planétaire. Au moyen de cette loi on peut déduire une explication naturelle du crépuscule, des apparences optiques des éclipses, et de plusieurs autres phénomènes, qui n'ont point encore été expliqués d'une manière satisfaisante, ce que noire auteur se propose de faire dans un ouvrage, duquel celui-ci n'est que l'extrait.

.Notre auteur entreprend de démontrer qu'un rayon de lumière ne passe jamais en droite 1 iirne par la sphère d'attraction d'un corps, et qu'il n'y passe jamais sans être décomposé. Sa démonstration est fondée sur des expériences faites d'après sa méthode d'observer dans la chambre obscure. Si ces expériences prouvent (comme elles semblent réellement le faire) que la lumière est toujours décomposée à la circonférence des corps, le prisme perdrait une grande partie de sa réputation, car, suivant cette hypothèse, la lumière doil être nécessairement décomposée au bord du trou fait an volet de la fenêtre pour introduire le faisceau de rayons destiné à l'expérience prismatique.

H. Marat est surpris que le chevalier Isaac Newton n'ait pas fait attention à cette circonstance dans sa théorie, après avoir

répété l'expérience de Grimaldi. Il va encore plus loin, et prouve que la lumière n est pas décomposée en passant au travers du prisme. Il prouve cette proposition en nous offrant un faisceau de rayons solaires, avec lequel il est impossible de produire le spectre, tel considérable que puisse être le nombre des prismes au travers desquels on le fait passer. Pour cet effet il fait passer les rayons au travers d'une lentille, et reçoit leur foyer sur un prisme; le résultat de cette opération n'offre jamais qu'un champ de lumière pure, dont les bords seulement sont circonscrits par des croissants colorés. Pliénomène que notre au»eur croit incompatible avec le système de Newton.

Le chevalier Newton avait pris le plus grand soin, dans son traité d'optique, d'établir, sur des fondements solides, la théorie de la différente réfrangibilité des rayons hétérogènes; et les expériences et les observations qui y avaient été employées semblaient y répondre parfaitement. Mais notre auteur porte même à celte théorie un coup audacieux. Il analyse les expériences de notre grand philosophe, et prononce qu'elles sont illusoires. Il prétend prouver par des faits simples et décisifs que les rayons hétérogènes sont tous également réfrangibles. Nil mortalibus arduum est.

Si les rayons décomposés au bord du trou du volet de la fenêtre sont différemment réfractés par le prisme, notre auteur n'attribue cet effet qu'à leur déviation à l'approche du trou. Il observe à cette occasion que la déviabilité des rayons a toujours été confondue mal à propos avec leur réfrangibilité; comme aussi, qu'il paraît par une multitude d'expériences faites (de différentes manières et toujours suivies par les mêmes résultats) que le jaune est le plus déviable, et que le bleu est le moins déviable de tous les rayons, ce qui est entièrement différent de la théorie de Newton sur la réfraction.

S'il est vrai, dit notre auteur, que la lumière ne soit pas décomposée par le prisme dans les expériences de Newton, et qu'elle ne soit jamais décomposée par la réfraction dans les verres d'une bonne espèce et d'un beau poli, il s'ensuit évidemment que l'aberration de réfrangibilité, qui a donné tant

de travail à plusieurs géomètres modernes, n'est qu'une illu- . ; et c'est ce qu'il entreprend de prouver indubitablement dans une autre partie de cet ouvrage. Si la preuve était admise, il faudrait expliquer par de nouveaux principes la théorie des télescopes achromatiques.

Après avoir traité de l'invariabilité de la déviation des rayons hétérogènes et des couleurs primitives, telles qu'on les voit sur les surfaces différemment coloriées (sous lequel article nous avons trouvé différentes observations curieuses , M. Marat conclut son livre par la considération de la couleur di s corps. Il observe, dans cette partie, que la blancheur des métaux n'approche pas autant de la lumière pure que celle du papier, du linge, des terres calcaires, etc., parce que l'image des métaux blancs a toujours une teinte bleuâtre; que le noir n'est pas simplement produit par la privation de la lumière, parce que les corps noirs sont vus par réflection, et principalement parce que les rayons bleus concourent à former celte couleur; et qu'il n'y a point de corps transparent qui soit d'une teinte pure, parce que tous rétléchissent et transmettent les différents rayons hétérogènes. Il déduit de cette dernière observation l'inutilité d'employer ies objectifs colorés pour remédier à la prétendue aberration de réfranjnbilité, comme aussi l'insuffisance des méthodes employées pour dépurer les rayons hétérogènes en les taisant passer au travers des verres.

Nous avons seulement touché à la hâte quelques-uns des articles de cet ouvrage, ce qui néanmoins suffira, suivant nous, pour faire prêter l'oreille aux physiciens curieux, et pour alarmer l'orthodoxie du synode newtonien, qui est ici sommé de défendre son credo, ou de le réformer. L'adversaire est hardi même jusqu'à la témérité; mais ses expériences sont spécieuses et séduisantes, et ses observations sont fines et ingénieuses. Il est vrai que le nombre de ceux qui font des expériences pour en imposer s'est beaucoup accru, et qu'ils ont été quelquefois surpris malgré leur déguisement. Il est également vrai que les expériences commencent à perdre un peu de leur crédit, pour être souvent accumulées sans intel-

ligence et sans choix, et sans cet art important de les savoir analyser, qui peut seul empêcher que les faits ne soient également les sources de la vérité ou de l'erreur. Mais nous croyons que les expériences de M. Marat ont un titre particulier à être jugées avec justice.

Lettre de M. Pâté, professeur de physique de Châlom-sur- Marne, à M. Marat, datée de l'hôtel de Juigné, rue de Thorigny au Marais, à Paris, le 25 février 1780.

Monsieur, Pardonnez mon indiscrétion, mais vos précieuses découvertes ayant été le. principal motif de mon voyage « Paris, je voudrais ne pas partir sans avoir l'honneur de vous revoir, et d'avoir un entretien avec vous. Un officier des Gardes-du-Corps du Roy, instruit dans toutes les parties de la physique, et qui m'a accompagné ici, désirerait obtenir la même faveur; si vous avez la bonté de nous l'accorder, je vous prie de vouloir bien m'indiquer le jour et le moment où il nous sera permis de nous rendre chez vous. J'ai l'honneur d'être av^c respect, Monsieur, voire très humble et très obéissant serviteur,

(Signé) Pâté, professeur de physique de Châlons-sur-Marne.

Lettre du même au même, du 3 juin- 1781.

Monsieur, X ai toujours le projet de faire connaître aux écoles de Rein s et de Châlons vos précieuses découvertes. M. de Tavernery a d'jà

annoncé mon projet, et je reçois de toutes parts les lettres les plus pressantes pour partir. Mais je voudrais être plus au fait de la matière, et pour cela j'aurais besoin d'avoir avec vous, Monsieur, quelques conférences ; je vous prie de me les accorder, et de m'indiquer les moments qui vous seront les plus commodes. Je craindrais d'être importun si je ne connaissais tout le plaisir que vous avez à éclairer les autres. J'ai l'honneur d'être, Bloifsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

(Signé) Pâté, etc.

Extrait du supplément à la feuille de Rouen, envoyé à M. le baron de Feldenfeld par le secrétaire de l'Académie des Sciences de Rouen, à la suite duquel est la réponse qu'il fit à M. le baron de Feldenfeld sur la lettre que celui-ci lui avait écrite pour savoir quel mémoire avait été couronné par l'Académie sur cette qu> stion : Jîtsqn'à quel point on peut compter sur V électricité dans le traitement des maladies. Le tout en date du 18 septembre 1783.

Ensuite l'Académie fit annoncer qu'elle avait donné le prix ordinaire des sciences au Mémoire portant pour épigraphe :

Est modus in rébus, sunt rerti déni que fines, Quos ultra citr'aque neq.it consistere rectum.

Quoiqu'il n'ait, pas plus que ses concurrents, offert de solution quant au magnétisme, il remplit les conditions exigées à L'ég rd «les effets de V électricité ; il désigne très précisément les maladies dans lesquelles ou peut en espérer des secours, et i files où l'on l'invoquerait vainement, ou même avec danii' i ■

Mais l'uuverture du billet cacheté n'a présenté que la répé-

tition de l'épigraphe avec la lettre initiale M , accompagnée

de six points, tt la date de Paris, le ... 1783.

En donnant le -prix à ce Mémoire, qui le mérite à tant de titres, l'Académie a regretté que l'auteur n'ait pas mis plus d'aménité dans les termes, en réfutant l'opinion d'un homme estimable, adopté par neuf compagnies savantes, qui presque toutes ont couronné ses efforts. Au surplus, la médaille restera aux mains de M. le trésorier jusqu'à ce qu'on ait satisfait aux formalités requises pour se faire connaître.

Lettre de M. d'Ambournay , secrétaire de V Académie de Rouen, à M. le baron de Feldenfeld, ci-dessus datée et mentionnée.

Monsieur,

Je ne puis répondre plus positivement à la lettre anonyme dont vous m'avez honoré le 7 de ce mois, qu'en vous envoyant l'extrait ci-joint de la séance publique de l'Académie de Rouen, tenue le 6 août dernier.

J'ai l'honneur d'être, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

(Signé) L.-A. d'Ambournay, Secrétaire perpétuel.

Lettre du même au même, datée de Rouen, Je 29 septembre 1783.

Monsieur,

J"ai communiqué hier à l'Académie extraordinairement assemblée la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 22 de ce mois.

D'après les renseignements que cette lettre contient, on ne peut douter que l'auteur du Mémoire sur l'électricité médicale ne vous soit parfaitement connu ; mais il païaît nécessaire qu'il le soit aussi de la Compagnie à Vestime de laquelle ses talents lui donnent tant de droits, sauf à ce qu'elle se prive de la satisfaction de le nommer publiquement, tant qu'il désirera garder l'anonyme. Mais le régime du corps, et l'intérêt même de l'auteur, exigent que son nom soit consigné dans nos registres. D'ailleurs, \e mystère qui peut lui convenir actuellement cessera d'être d'accord avec son projet1 de faire imprimer cet ouvrage à la suite d'un autre auquel il va de sa gloire de mettre son nom. La réticence serait donc en pure perte et désobligeante pour l'Académie. Quant au renvoi que vous me demandez du Mémoire de votre ami, permettez-moi de vous observer, Monsieur, que même tous ceux qui ont concouru appartiennent à l'Académie, et à plus forte raison celui qu'elle a couronné. Tout ce qu'elle peut, sans blesser ses droits, est d'en faire tirer une copie aux frais de l'auteur et de la lui envoyer. Il est encore de règle d'avoir son agrément pour rendre publique cette copie, et c'est de quoi nous nous occuperons en temps. Le plus pressé est de pourvoir la délivrance de la médaille4.

Il est de règle stricte dans toutes les Académies de l'Europe, que le prix ne soit délivré qu'à l'auteur en personne, ou à quelqu'un fondé de sa procuration spéciale. Dès que M. votre ami aura rempli l'une ou l'autre de ces conditions, il sera satisfait à cet égard.

Je suis mortifié, Monsieur, que la rigueur de mon ministère ne me permette pas de condescendre à vos désirs, mais vous

1. M. le baron de Feldenfeld avait demandé le renvoi du Mémoire, et avait donné pour raison que l'auteur désirait le faire imprimer à la suite d'un autre ouvrage. iXoie de Marat

2. M. le baron de Feldenfeld avait aussi demandé que la médaille restât entre les mains du trésorier jusqu'à ce que l'auteur se fit connaître. Soie de Marat,

savez que les formes sont les conservatrices des corps, et je vous rends exactement les sentiments de l'Académie.

Je suis avec respect, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

[Signé) L.-A. d'Ambournay, Secrétaire perpétuel de V Académie pour les Sciences.

Copie d'une lettre de M. le baron de Feldenfeld, à M. d'Ambournay, secrétaire perpétuel de T Académie de Rouen, en date de Paris, le 3 octobre 1783.

Dès que j'ai eu reçu votre lettre du 29 septembre dernier, Monsieur, je l'ai remise à l'auteur du Mémoire couronné par l'Académie, au sujet de l'électricité médicale. Cet auteur est le célèbre M. Marat, si avantageusement connu de l'Europe savante par ses belles découvertes en physique ; vous recevrez par ce même courrier une lettre de lui avec sa procuration, ainsi que vous l'avez demandé. Je ne doute pas que celte connaissance n'ajoute au plaisir qu'a eu l'Académie en couronnant le travail d'un homme qui ne pouvait que mériter d'être distingué par un corps qui sait si bien apprécier les talents.

J'ai l'honneur d'être, Monsieur, avec les sentiments de la plus parfaite estime, etc.

Lettre de M. drAmbournay à M. Marat, datée de Rouen, le i5 octobre 1783.

Monsieur, Avec la lettre dont vous m'avez honoré le 3 de ce mois,, j'ai reçu votre procuration en blanc pour retirer de M. le

trésorier de l'Académie de Rouen la médaille d'or décernée à votre savant Mémoire sur V électricité médicale. Je suis trop jaloux de votre confiance pour transmettre le gage à qui que ce soit, et j'ogirai en conséquence de vos pouvoirs. J'arrive de la campagne, et dès demain je préviendrai M. le trésorier. Mais en attendant j'ai fait commencer la copie que vous désirez.

J'ai reçu en même temps le beau cadeau que vous destinez à la Bibliothèque de l'Académie. Il est aussi précieux parle fond qu'élégant par sa forme ; mais je ne le pourrai présenter de votre part à la Compagnie, ni vous en adresser ses remerciements, qu'à sa rentrée, fixée au mercredi 13 novembre prochain. La présente n'est donc, Monsieur, que pour vous en accuser la réception et saisir une occasion de plus de vous assurer des sentiments de la haute estime avec laquelle j'ai l'honneur d'être, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

{Signé) L.-A. d'Ahbourhat, Secrétaire perpétuel.

Autre du même au même, datée de Rouen, le 20 octobre 1783.

Je n'ai reçu que le 29 du mois passé votre lettre du 24, y joint le précieux présent d'un exemplaire de vos œuvres physiques ; j'aurais dû plus tôt vous en exprimer ma reconnaissance sincère, mais les préparatifs de notre rentrée, jointe à quelques affaires de mon état, ne m'ont pas permi> de remplir ce devoir; j'espérais d'ailleurs que le retard n'excéderait pas quii ze jours, mais la fatalité des circonstances en a ordonné autrement : la copie de votre mémoire n'était point

finie, la collation a exigé du temps, et la médaille ordonnée dès le 15 octobre n'est point encore arrivée, parce qu'on grave un nouveau coin pour l'effigie de Louis XVI. Enfin, l'avis que vous me donnez de votre prochain départ pour Londres l me détermine àvous envoyer le mandat ci-joint de M. Dechamps, notre professeur de dessin, sur M. Russe], caissier à la Monnaie des médailles au Louvre, pour qu'il vous délivre celleci, aussitôt qu'elle sera frappée. Il vous plaira en donner quittance au bas du mandat audit sieur Russel, qui le renverra ainsi à M. Dechamps. Ne différez pas, s'il vous plaît, à l'en informer, de peur que dans l'intervalle, il n'adresse cette médaille au mandataire qui la lui avait demandée de la part de la Compagnie.

Vous trouverez aussi la copie de votre mémoire, où j'ai tâché de réparer les inattentions du copiste. Je souhaite qu'elle vous suffise. Il ne sera point question s. v. p. des frais, VAcadémie ayant expressément arrêté qu'elle saisissait cette occasion de vous exprimer sa sensibilité au beau préstnt dont vous avez enrichi sa bibliothèque ; cette dérogation à ses statuts est consacrée dans ses registres, comme un monument honorable qu'elle met à votre générosité ; et elle me charge de vous en informer positivement. Permettez-moi d'y joindre les actes de ma gratitude particulière, et de vous renouveler l'assurance de la haute estime avec laquelle j'ai l'honneur d'être, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

[Signé) L.-A. d'Ambournay, Secrétaire perpétuel peur les Sciences.

1. Je me disposais à faire une petite excursion à Londres pour mes affaires particulières, lorsque j'ai reçu votre lettre, où vous m'annoncez les menées de mes adversaires. (Noté de Ma>al

Billcl de M. de La Blancherie à M. harat.

M. de La Blancherie fait bien ses compliments à M. Marat, et le prie de vouloir bien se ressouvenir de l'espérance qu'il lui a donne'e de rendre l'Assemblée témoin de ses expériences sur la lumière ; M. de La Blancherie attend l'effet de sa demande de la complaisance de M. Marat, et l'assure à cette occasion qu'il sera à ses ordres.

Ce 19 juin 17n2.

[Ici se termine le dossier des pièces jointes par Marat à sa lettre; les pièces suivantes y ont été ajoutées par Cuèvremont, et nous les reproduisons à notre tour, parce qu'elles complètent très heureusement cet ensemble de témoignages scientifiques."

Lettre de M. Pilaire dp Rozier à Marat.

Je profite avec bien du plaisir de l'offre que vous me faites de commander les boules et tiges dont j'ai besoin pour les expériences sur le feu.

1. Cette dernière pièce ne se trouve pas dans le dossier publié par Miscellanies of the Philobiblon Society, mus elle ?e trouve dans celui qu'a publié Chèvremont.

J'ai déjà quelques prosélytes, mais je suis cerlain d'en augmenter le nombre lorsqu'à l'aide de l'expérience je pourrai les convaincre de la beauté des phénomènes et de la vérité de la théorie. Le premier..., au nom de Madame, vient d'acheter différents objets pour pouvoir répéter les expériences dans son cabinet, qui est très intéressant.

Accablé d'occupations, il m'a été impossible, Monsieur, de répondre à l'honneur de votre dernière aussi lot que je l'aurais désiré ; je sens combien je vous ai d'obligation pour toutes les peines que vous avez bien voulu prendre, je vous prie de croire que je saisirai avec bien de l'empressement toutes les occasions qui pourront vous convaincre de la vivacité et de la sincérité de ma reconnaissance, et du plaisir que j'aurais à pouvoir me dire

Votre très humble serviteur,

PlLATRE DU ROZIER.

Lettre de Franklin à Mariai.

(Traduction Monsieur,

Je suis extrêmement fâché de ne pouvoir être présent à vos curieuses expériences de samedi, et que des affaires indispensables exigent mon absence chez vous demain; je serai libre le reste de la semaine, si quelque autre jour peut vous être plus convenable, alors j'en profiterai avec plaisir, étant très sensible à l'honneur que vous me faites par votre obligeante invitation.

Je suis avec grande estime, Monsieur, votre très obéissant et très humble serviteur,

B. Franklin.

Passy, le mardi 29 mars 1779.

Billet de Franklin à Munit.

(Traduction) Monsieur,

Je ferai tous mes efforts pour être auprès de vous à dix heures du malin, mardi prochain, car j'ai un grand désir de voir vos expériences. J'espère que rien ne m'en empêchera, et que le temps sera favorable.

Avec uno grande considération, j'ai l'honneur d'être, Monsieur, votre très obéissant et très humble serviteur.

R. Franklin.

Passy, le 2">.

« Le Courrier de V Europe ».

Vendredi 15 mars 1782.

M. Marat, à qui la Physique a déjà de si nombreuses et de si grandes obligations, vient de faire changer de face à l'électricité, comme il a fait changer de face à l'optique.

Au moyen de deux principes incontestables, méconnus jusqu'à lui, mais qui jouent un très grand rôle dans cette science, il est parvenu à rendre raison, d'une manière aussi solide que lumineuse, de mille phénomènes très obscurs, pour ne pas dire inexplicables, et de mille autres phénomènes dont on n'avait pas la moindre idée.

De cette dernière classe, il en a tiré quelques-uns qu'il a

proposés aux physiciens sous la forme de problèmes à résoudre, et qu'on s'est contenté de regarder comme une plaisanterie. En voici l'énoncé en style ordinaire, lel qu'il a paru dans plusieurs de nos papiers publics.

a Faire, au moyen de V Électricité, que deux corps se repoussent, de manière, non seulement que leur répulsion augmente lorsqu'une personne sur le plancher touchera un conducteur auquel ils sont suspendus, et qu'elle subsiste encore malgré qu'on les ait maniés eux-mêmes pendant plusieurs secondes, mais aussi de manière, qu'en leur présentant le doigt, ils le suivent, et qu'en leur présentant un doigt de part et d'autre ils s'attirent avec force. »

En donnant ce problème à résoudre aux physiciens, M. Marat demandait qu'ils indiquassent les principes dont dépend sa solution.

Je me bornerai maintenant à vous exposer le fait, tel que je l'ai vu chez l'auteur.

<■<■ A deux ou trois pieds d'une machine électrique, isolez sur des cordes de soie un cylindre métallique à bouts arrondis; suspendez-y, par des bouts de fil de lin de huit à dix pouces, deux boulettes de liège de deux à trois lignes de diamètre. Mettez en jeu la machine; si elle -travaille avec énergie, vous verrez au bout de quelques tours les boulettes se repousser d'elles-mêmes. Peu après, présentez le doigt aux boulettes, elles s'y porteront; alors touchez au cylindre, elles se repousseront davantage, ensuite maniez légèrement les boulettes, elles resteront écartées. Touchez au cylindre, elles repousseront un peu plus; présentez-leur le doigt, elles le fuiront, présentez-leur un doigt de part et d'autre, elles s'attireront avec force. »

Voilà, Monsieur, des phénomènes, non seulement très nouveaux, mais diamétralement opposés à tous ceux qu'on avait observés jusqu'à présent. Il en est peu d'aussi propres à piquer la curiosité. Combien de machines vont être en jeu pour les vérifier. Mais laissons vos têtes bretonnes s'exercer à en découvrir les causes, et permettez que je me réserve le

8i LA CORRESPONDANCE DE BIÀRÀT

plaisir de vous faire part de la sublime théorie de l'auteur.

« Le Courrier de VEurope ».

Vendredi 3 mai 1782.

Paris, ce 14 avril.

Monsieur,

S'il ne faut mettre au nombre des auteurs originaux que ceux qui, comptant pour rien les recherches des autres, vont eux-mêmes puiser à la source et saveni répandre des flots de lumière sur les sujets les plus obscurs, M. Mar.it mérite assurément un rang distingué; mais parmi les auteurs qui ont cultivé l'électricité, cette belle branche de la Physique, s'il faut distinguer ceux qui se sont appliqués à en faire une science exacte, et à lui donner le degré de certitude et d'utilité dont elle est susceptible, M. Marat lient sans doute le premier rang.

Jusqu'à lui, l'électricité était dans un chaos affreux, ou, pour mieux dire, à peine ébauchée; elle n avait ni ensemble, ni principes, ni lois, toutes ses parties n'étaient pas mêmes connues. Ouvrez les livres publiés sur cette matière, qu'y trouvez-vous? beaucoup de conjectures, peu de faits, ou plutôt une multitude de faits isolés, d'expériences rentrant les unes dans les autres, d'observations pli'-e.- à des hypothèses particulières, d'opinions hasardées, fausses ou triviales; voilà ce qu'ils offrent presque tous; sous ce point de vue l'étude de l'électricité était aussi peu utile que dégoûtante.

Après tant d'essais uniformes, il est agréable «ans doute de voir paraître une théorie complète aussi solide que lumineuse.

Telle est la théorie renfermée dans le livre des Recherches physiques sur l'Électricité (vol. in-8° de 460 pages, se vend à Paris chez Nyon l'aîné, rue du Jardinet).

A part les grandes découvertes qui en sont la base, les principes lumineux qui y sont développés, les nouvelles lois qui y sont établies, les conséquences importantes qui en découlent, cet ouvrage est fait avec tant de méthode, son plan offre de si grandes masses, la liaison des parties en est si intime, l'ordre des matières en est si naturel, le style en est si clair, qu'il doit être regardé comme un livre classique précieux, et à la portée du général des lecteurs.

Parmi le nombre d'articles piquants qu'il renferme, et que les bornes de nos feuilles ne nous permettent pas de faire connaître en détail, nous en indiquerons trois absolument neufs.

Le premier traite de la différence des corps qui peuvent ou ne peuvent pas transmettre la commotion. Le second ramène toutes les répulsions électriques apparentes au principe de l'attraction, et démontre la puissante influence du milieu ambiant sur les corps les moins électnsés. Le troisième fait connaître la place que le fluide électrique, considéré comme agent général, occupe parmi les grands ressorts de la nature.

Les lecteurs en état d'apprécier le travail de l'auteur y verront avec surprise de quelle manière, en remaniant les sujets les plus rebattus, il sail toujours s'ouvrir des routes nouvelles et triompher des difficultés.

Ne terminons pas cette notice sans observer, au sujet de la théorie des météores fulminants, que M. Marat a ramené à leur juste valeur les moyens de se garantir des atteintes de la foudre. Et observons en passant que les Recherches physiques sur V Électricité peuvent être présentées comme un chefd'œuvre de typographie à ceux qui aiment les belles éditions.

Je suis, etc.

« Journal de Paris ».

Lundi 2b octobre 1779.

Messieurs,

Les découvertes de M. Marat sur le feu élémentaire sont certainement de nature à faire époque dans l'histoire des sciences. Le spectacle qu'offrent ses expériences est d'ailleurs si neuf et si frappant, qu'il est bien étrange qu'on n'en ait encore rendu compte que dans le Journal de Paris. Je n'ai garde de regarder toutes nos feuilles hebdomadaires comme un monument de la futilité du siècle ; mais par quelle bizarrerie les choses importantes n'y peuvent-elles trouver place, tandis qu'elles sont remplies de tant de puérilités ? Je ne dirai rien ici de la nouvelle doctrine de M. Marat ; je n'ai pas la ridicule prétention de m'ériger en juge; mais, permettez, Messieurs, que je dépose dans vos feuilles quelques observations sur l'utilité de la méthode d'observer dans la chambre obscure, dont cet habile physicien est l'inventeur.

Avant lui, l'usage du microscope solaire était très borné; comme par la manière ordinaire de se servir de cet instrument l'objet est placé au foyer, on ne pouvait examiner que de très petits objets; encore fallait-il qu'ils fussent diaphanes.; mais parla manière de s'en servir de M. Marat, le microscope solaire est devenu l'instrument de physique le plus utile et le plus précieux, également propre à examiner les corps d'une grande et d'une petite étendue, opaques ou transparents, il sert à rendre visibles leurs émanations les plus subtiles ; aussi, cette nouvelle' méthode d'observer dans la chambre obscure est-elle faite pour ouvrir un vaste champ aux recherches des physiciens; ainsi qu'en a jugé l'Académie des

Sciences, la Chimie surtout peut en tirer le plus grand parti. On sait comment l'auteur s'en est servi à rendre visible le fluide igné, la matière électrique, l'air même ; au précieux avantage de faire apercevoir des objets qu'on n'apercevait point sans elle, elle joint l'avantage plus précieux encore d'offrir ces différents objets sur le même" tableau, et d'en faciliter la comparaison sous différents aspects.

L'Optique peut aussi tirer de cette méthode les plus grands avantages, en la faisant servir à perfectionner l'art. On sait de quelle importance est le choix des verres dans les instruments de dioptrique; pour en découvrir les défauts, on commence par les regarder obliquement contre une faible lumière; puis on les pose sur une table, et on reçoit à certaine distance l'image d'une bougie réfléchie par leurs surfaces. Cette méthode peut bien être propre à découvrir les défauts les plus apparents, mais combien ne peuvent devenir sensibles que par la méthode de M. Marat, comme j'en ai fait l'expérience ; car elle ne sert pas seulement à découvrir les plus petites filandres, et la qualité gélatineuse du verre, mais à juger même de la finesse du grain. Pour cela, il ne s'agit que de présenter le morceau dont on a fait choix dans le cône de lumière, à sept ou huit pieds de la toile ; et d'un coup d'œil, on voit les parties qui doivent être mises en œuvre. Un microscope solaire, armé d'un simple objectif, peut être facilement adapté au volet d'une chambre dont l'exposition n'est pas au nord, et cet instrument est trop peu dispendieux pour que tout opticien, jaloux de sa réputation, ne l'emploie pas à cet usage.

J'ai l'honneur d'être, etc., votre, etc.

FlLASSIER.

LETTRE A

(1783 ou 1784)

M. .lean de Bonnefon a publié cette lettre dans Le Journal du 30 août 1907, en l'accompagnant des commentaires suivants : « La marquise Roccagiovinp, née princesse Bonaparte, avait, à Rome, une curieuse lettre autographe de Marat... Cette lettre n'est pas datée, elle ne porte pas de suscription; le baut de la feuille est déchiré. Mais elle est certainement adressée au juge d'armes, et doit avoir été écrite vers 1788, ann>'je où se fit la révision de la noblesse. » La date indiquée par M. Jean de Bonnefon est évidemment inexacte. Le texte de la lettre montre clairement, en effet, qu'au moment où elle fut écrite, Marat se trouvait encore au service du comte d'Artois. Or Marat quitta sa charge de médecin des gardes d'Artois bien avant 1788, et très vraisemblablement à la tin de 1783 ou au commencement dé 1784 '. C'est donc au plus tard à cette époque, et peut-être même à une époque antérieure, qu'il écrivit cette lettre.

Avez-vous reçu ma lettre? si vous l'avez reçue, j'espère que vous ne refuserez pas mes armoiries, voyant comment est assurée la noblesse de ma famille, aux Espagnea tant qu'en France. Le poste où je suis maintenant et qui ne peut que grandir par la confiance que me fait Monseigneur, met cette affaire dans l'intérêt de la Société.- Il est honorable pour l'État que l'origine d'un serviteur des princes soit établie par des pièces certaines, comme je ne me suis pas fait faute d'en fournir.

J.-P. Mara, dit Marat.

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