‹ La correspondance;Chapitre 33 sur 107 · Analyse extraite d'un catalogue d'autographes · texte numérisé non relu

Analyse extraite d'un catalogue d'autographes

Lorsque le public est révolté des éloges que les journalistes ne cessent de prostituer à de misérables productions, pensez-vous que des productions originales, des découvertes importantes, présentées d'un ton défavorable, soient fort courues? C'est la manière impitoyable dont vous avez mutilé l'extrait qui vous a été remis, c'est le soin affecté que vous avez pris d'en retrancher tous mes titres à la bienveillance des lecteurs que je vous reproche, et c'est la partialité que vous avez montrée contre moi seul dont je vous fais un crime. Cessez d'objecter qu'à l'Aréopage la vérité devait être présentée toute nue, que les louanges ne font rien au public, qu'il ne juge d'un livre que sur le livre même. Vous êtes peu persuadé de ces belles maximes, puisque vous les démentez vous-même à chaque page <le vos feuilles. Je ne vous renverrai pas aux éloges outrés que vous faites de la Cométographie du P. Pingre, des Essais de Kinvan, des Mémoires de Priestley, et de mille autres ouvrages médiocres, mais je vous renvoie (cahier d'août 1787; aux éloges ridicules que vous donnez d'un bouquin que vous n'avez pas même pris la peine de lire. Je parle de V Électricité des météores de l'illustre Bertholon.

En vain, Monsieur, la timidité veut-elle se parer à mes yeux des couleurs de la philosophie ; soyons francs, et convenez que vous avez craint de me rendre justice parce que j'ai de puissants adversaires. De mon côté, je suis prêt à vous plaindre de n'être pas dans des circonstances assez heureuses pour ne consulter que l'amour de la vérité.

J'ai l'honneur d'être avec considération, monsieur, votre très humble serviteur.

Marat.

A Monsieur de la Métherie. n° 10, rue Sainl-A'icaise.

LETTRE A

( Décembre 1788 )

Cette lettre a été communiquée par M. Pilotelle à La Chronique médicale, qui l'a publiée dans son numéro du 1er janvier 1904 (p. 27-28). Elle ne porte ni date ni nom de destinataire. Mais on peut, .-ans crainte d'erreur, la placer à la date de décembre 1788. Marat y fait allusion, en effet, à une déclaration relative à M. Bréguet; or, cette déclaration, qui a été plusieurs fois mentionnée dans des catalogues d'autographes4, est datée de Paris, 27 décembre 1788. C'est donc à peu près à la même époque qu'il faut placer celte lettre.

Monsieur,

En constituant M. Bréguet pour mon exécuteur testamentaire, je lui ai remis mon testament olographe, je lui ai confié mon Elioscope et un verre à plusieurs lames, propre à rendre l'image solaire dans toute sa blancheur, en le chargeant de les remettre de ma part à MM. de l'Académie Roy. des Sciences. J'étais trop convaincu de l'intégrité de M. Bréguet pour avoir craint, à l'article de la mort, de lui confier ce que j'avais de plus cher au monde; mais depuis que ma maladie a cessé d'être alarmante, je n'ai pu me défendre d'un peu d'inquiétude.

Connaissant ses liaisons avec quelques académiciens et

1. Voici, par exemple, une de ces mentions : « Déclaration autoe lignée relative à sou testament et à M. Bréguet, son exécuteur testamentaire, auquel il avait remis des instruments d'optique et des manuscrits qu'il lui retire, soupçonnant sa légèreté. Paris, 27 décembre 1~83, 2 pages in-4°. »

surtout avec M. de Bellancourt (chargé par le roi d'Espagne de faire une collection d'instruments précieux), l'homme du monde qui sait le mieux s'approprier le fruit du travail des autres, je tremble que M. Bréguet n'ait quelque distraction et ne commette quelque légèreté involontaire. En conséquence, pour n'être pas frustré du prix de mes découvertes, au cas qu'elles viennent à être publiées en Espagne, en France ou ailleurs par quelque plagiaire, avant que je les ai publiées moi-même, j'ai redemandé le paquet des papiers que j'avais remis à M. Bréguet, je l'ai ouvert, j'y ai inclus cette déclaration afin qu'elle serve à me conserver mes droits; j'ai recacheté le paquet; autour du cachet je ferai mettre le seing de M. Bréguet et je le déposerai chez un notaire.

Le Dr Marat.

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