‹ La correspondance;Chapitre 41 sur 107 · Collection Morrison {Catalogue, t. IV, p · texte numérisé non relu

Collection Morrison {Catalogue, t. IV, p

hasard à la tentative qui fut faite, dans la nuit du 9 janvier 1790, pour l'arrêter. Le lendemain, 10 janvier, il écrivit à La Fayette une lettre qu'il reproduit dans le numéro 95 de

L'Ami du Peuple (12 janvier 1790), sous ce titre : Lettre de l'Ami du Peuple au marquis de La Fayette, commandant général de la milice nationale parisienne, en date du 10 janvier 1790. »

La m.it dernière, sur les onze heures et demie, quarante à cinquante hommes, tant grenadiers que chasseurs, accompagnés de deux alguazils de robe courte et d'un huissier, ont environné la maison que j'habite, pour m'enlever arbitrairement à main armée, après s'être adressés au corps-degarde attenant pour avoir main-forte. Quand l'Ami du peuple serait l'aîné des cyclopes qui escaladèrent le ciel, la troupe la plus lâche eût été moins nombreuse : comment de braves militaires ne meurent-ils pas de honte d'avoir joué un pareil rôle, à moins qu'ils ne s'attendissent à trouver de la résistance de la part' du corps-de-garde voisin, ce qui serait infailliblement arrivé, si l'officier de garde eût été mieux au fait de ses droits : affront que le vigoureux district des Cordeliers prendra bien sûrement en considération.

Quant à moi, je suis trop jaloux de l'honneur du bataillon de Saint-Etienne-du-Mont, ce jour-là de garde au Châtelet, pour ne pas le venger des soupçons injurieux qu'en ont conçus une foule de bons citoyens. Je désirerais seulement que ces braves militaires n'oubliassent pas qu'étant les soldats de la patrie, ils ne doivent jamais prêter leurs bras pour opprimer ses défenseurs.

Les gardes nationaux sont trop fidèles à leur honneur pour laisser révoquer en doute leur patriotisme, et vous, monsieur, sur qui repose !a confiance de la nation, vous ne pouvez mieux y répondre qu'en leur inculquant ces sentiments généreux.

11 me reste une observation bien sérieuse à vous faire,

et dont personne n'est mieux fait que vous pour sentir tout le poids; c'est que le détachement nombreux chargé de violer mon asile, et de m'arracher de mes foyers, a été envoyé par le Chàtelet. Si ce tribunal peut impunément faire marcher, sans votre attache, les soldats de la patrie pour opprimer les citoyens, et les charger de la vengeance de sa querelle, qui l'empêchera de déployer les forces nationales contre le public? Que deviennent alors vos fonctions de commandant général? Et que pensera la nation, qui vous regarde comme son vengeur? Un pareil abus tendrait à faire passer les forces nationales dans les mains de nos ennemis, à tourner les citoyens contre les citoyens, à allumer la guerre civile, et à écraser la liberté publique par ses propres défenseurs. Je vous requiers, monsieur, de prendre les mesures les plus promptes et les plus efficaces pour réprimer cet abus alarmant, et défendre que dans la suite aucune expédition militaire ne puisse se faire sans votre visa : seul moyen d'empêcher les malheurs terribles qui résulteraient infailliblement de cette usurpation de pouvoir.

Permettez-moi de vous renouveler ici mes craintes au sujet des innovations faites dans l'organisation de la milice nationale parisienne. On a choisi, pour attenter à ma liberté, des grenadiers et des chasseurs, deux corps qui ont affiché des distinctions humiliantes pour les autres soldats, et qu'on ne s'est peut-être efforcé de former que pour diviser les citoyens.

C'est vous, monsieur, qui, sans vous en douter, avez favorisé cette fatale division, par un avertissement publié dans les papiers publics. Je laisse à votre prudence le choix des moyens d'arrêter les progrès du mal à sa naissance, et de justifier aux yeux de la nation la sincérité des sentiments patriotiques dont vous faites profession.

118 LA CORRESPONDANCE DE MAI', Al

LETTRE A L'ASSEMBLÉE NATIONALE Janvier 1790)

Dans le même numéro 95 de L'Ami du Périple, Marat publie, sous le titre de « Requête de l'Ami du Peuple à l'Assemblée

nationale », une autre lettre écrite à l'Assemblée au sujet du même incident, et vraisemblablement à la même date du 10 janvier 17. '0.

.Messieurs,

Jean-Paul Marat, docteur en médecine, citoyen du district des Cordeliers, el auteur d'un écril patriotique, intitulé L'Ami du Peuple, a l'honneur de tous représenter qu'au milieu de la nuit du 9 de ce mois, le Chàtelet de Paris, aveuglé par le désir d'une basse vengeance, se faisant juge dans sa propre cause, et abusant d'une manière criminelle des fonctions d'un saint ministère pour étouffer des vérités qu'il redoute et opprimer le citoyen courageux qui le surveille, s'est porté contre lui au plus lâche des attentats, en chargeant une nombreuse soldatesque de l'arracher à ses foyers, et de l'enlever à main armée partout où il serait. Cet indigne attentat contre un citoyen irréprochable, qui s'est dévoué pour le salut du peuple, et qui depuis cinq mois poursuit sans relâche les ennemis de la patrie, a été commis à l'ombre d'un décret inique, que la pudeur ou la conscience de la parité plaignante avaient condamné à l'oubli, et que la haine du Chàtelet a fait revivre au mépris de toutes les lois, le requérant s'étant présenté au greffe pour le faire lever.

L'exposant, messieurs, ne voyant plus dans les membres

de ce tribunal injuste que des ennemis1 acharnés à le perdre, les récuse pour juges, proteste contre tout acte d'autorité émané d'eux, les dénonce devant vous comme de coupables prévaricateurs, et se met sous votre sauvegarde. Pères de la patrie, vengeurs des lois et protecteurs des opprimés, vous justifierez ces titres glorieux par voire zèle à faire triompher la justice, et vous ne souffrirez point que l'Ami du peuple soit martyr de la liberté.

LETTRE A M. QUINQUET DE MONJOUR

(Janvier 1790)

En même temps que les deux lettres précédentes, Marat écrivit celle-ci, qui est très vraisemblablement adressée à M. Quinquet de Monjour, procureur au Parlement, car elle fut retrouvée dans un des dossiers de son étude. Elle a trait à la même affaire et contient les mêmes protestations. Elle ne porte ni date ni signature. Elle a été publiée dans le Bulletin de la Société archéologique, historique et scientifique de Soissons, tome XIII (1882), p. 170, au cours d'un travail de M. l'abbé Pécheur intitulé : Un.procès de presse de Marat.

L'attentat du Chàtelet contre ma liberté est atroce, n'étant fondé que sur un décret d'ajournement personnel, qui était anéanti par ma comparution au greffe. La procédure du Chàtelet est indigne; la plainte de de Joly ne porte que sur

l. S'ils avaient quelque pudeur, ils se seraient empressés de se récuser eux-mêmes dès l'instant où j'ai attaqué leur manière insidieuse d'instruire la procédure des crimes de lèse-nation. [Note de

le numéro C2A de mon journal ; le corps du délit, s'il existe, est donc contenu dans ce numéro seul; pourquoi donc avoir fait poser le scellé sur tous mes papiers et imprimés étrangers à cette affaire, sur mon imprimerie el sur tous mes effets ? Ce coup d'autorité inouï jusqu'à ce jour pourrait bien avoir pour prétexte l'affaire de de Joly, mais il n'avait [jour cause réelle que la franchise avec laquelle j'ai démasqué les agents prévaricateurs. C'est donc une indigne vengeance personnelle et un nouveau motif de récusation contre le Chàlelet, où je ne compte que des ennemis.

LETTRE A L'ASSEMBLÉE NATIONALE l

■laurier 1790)

A Messieurs de l'Assemblée nationale.

Vous vous êtes, Messieurs, montrés jaloux de vos décrets, et à bon titre lorsqu'ils sont équitables : tel est celui qui défend l'accumulation de différents pouvoirs sur la même tête. La juste sévérité que vous avez déployée contre les parlementaires bretons est un sûr garant de celle que vous déploierez contre un audacieux délinquant. Or, messieurs, je vous dénonce le sieur Boucher d'Argis, pour avoir cumulé sur sa tête les places de conseiller au Cbâtelet, de rapporteur, de député à la ville, de commandant de bataillon de la garde nationale : fonctions incompatibles qui devraient être divisées entre trois individus, elles sont dans ses mains autant de moyens d'oppression. Sous son costume de robin.

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