‹ La correspondance;Chapitre 48 sur 107 · L'Ami du Peuple, n°s lOi et 103 (21 et 22 janvier · texte numérisé non relu

L'Ami du Peuple, n°s lOi et 103 (21 et 22 janvier

dénigré auprès de vous, et qui s'agitent pour vous engager à repousser vous-mêmes les efforts de votre propre défenseur.

La dénonciation de ma feuille1 à votre district par un député à la ville, ne pouvait avoir d'autre but que de vous soulever contre moi. Vous auriez pu pénétrer ses desseins par l'acharnement qu'il a mis à vous indisposer : mais souffrez que je vous demande si ce n'est pas lui qui vous aurait engagé à faire part de votre délibération aux districts des faubourgs Saint-Antoine et Saint-Marcel, dans l'espoir de les soulever contre moi!

Quant aux inculpations qu'il s'est permises, elles sont aussi ridicules que mal fondées. Il vous a dénoncé ma feuille comme contenant des principes faux. Au lieu de se contenter d'une simple allégation, que n'a-t-il attaqué ces principes; il m'aurait fourni l'occasion de les défendre, de vous exposer les raisons qui m'ont convaincu de leur vérité, et sans doute nous aurions fini par être d'accord. 11 prétend que ces principes ne sont propres qu'à détruire l'esprit d'union et de concorde qui doit régner entre les citoyens et ceux qu'ils ont choisis pour veiller à l'administration publique. Cela serait à merveille, si les administrateurs étaient intègres et incorruptibles : mais lorsqu'ils ne songent qu'à se rendre indépendants de leurs concitoyens pour ies opprimer et s'enrichir de leurs dépouilles, cette aveugle confiance serait le dernier des malheurs. Et qui sont donc ces hommes qui prétendent seuls avoir droit de surveiller l'administration publique?Des heureux du siècle, des suppôts de la chicane et du despotisme, des académiciens, des pensionnaires royaux, des voluptueux, des

1. A juger des transes que ma feuille cause aux ennemis de la patrie, par les démarches inconsidérées, la violence des mesures, les coups d'autorité qu'ils se permettent, on peut croire qu'elles sont extrêmes, et que leur rage touche au désespoir : mais si leur cause était juste, et si j'avais réellement tort, que ne me réfutent-ils, au lieu de chercher à m 'étouffer? [Note de M aval

LA CORRESPONDANCE DE MAKAT 12o

lâches, qui, renfermés dans leurs maisons durant les jours de danger, attendaient en tremblant l'issue de tant d'alarmes; tandis que, couverts de poussière, de sueur et de sang, vous souffriez la faim et braviez la mort pour défendre leurs foyers, abattre le despotisme et venger la patrie.

Dès lors parvenus aux honneurs à force de bassesses et d'intrigues, jaloux de commander en maîtres, ils s'élèvent contre les citoyens courageux qui les surveillent, sous prétexte qu'ils sont seuls choisis pour veiller au salut de l'État. Mais que serions-nous devenus, le 14 juillet, si nous nous étions livrés aveuglément à leur foi, si nous les avions laissés maîtres de prononcer sur le sort de Delaunay, de Flesselles, de Foulon, de Berthier? si nous ne leur avions pas arraché l'ordre de marcher contre la Bastille, et de la démolir? Que serions-nous devenus, le 5 octobre, si nous ne les avions pas forcés de donner l'ordre de marcher à Versailles?

Et que deviendrions-nous aujourd'hui, si nous continuions de nous abandonner à eux?

Ils ont leurs raisons pour vous prêcher une aveugle confiance : mais pour sentir combien peu ils la méritent, rappelez-vous qu'il a été impossible jusqu'à présent de faire rendre (sic) à l'ancien comité des subsistances; rappelez-vous qu'il n'a pas été plus facile d'amener la municipalité elle-même à rendre des comptes clairs et lumineux; rappelez-vous que plusieurs de ses membres ont été accusés de malvervations atroces.

Jetez ensuite les yeux sur le luxe scandaleux de ces administrateurs municipaux entretenus aux dépens du peuple, sur le faste du maire et de ses lieutenants, sur la magnificence du palais qu'il habite, sur la Tichesse de ses ameublements, et sur la somptuosité de sa table, où il consume en un repas de quoi nourrir 400 pauvres. Enfin songez, songez que tandis que ces indignes mandataires dissipent dans les plaisirs les richesses de l'État, ils vous

contraignent par corps à payer vos barbares créanciers, et vous livrent sans pitié aux horreurs d'une prison.

Vous m'objectez le ton violent et peu mesuré avec lequel j'attaque les ennemis de la patrie, et vous m'invitez à supprimer le titre de mon journal, attendu qu'il suppose l'assentiment d'une partie du peuple, qui ne peut reconnaître pour son vrai ami que celui qui n'avance que des laits dont il donne la preuve, qui n'attenté qu'avec ménagement à la réputation d'un ministre chéri de la France, et qui conserve dans ses écrits le respect et la décence dûs au public... C'est comme si je vous Taisais procès d'avoir juré au siège de la Bastille, et dans l'expédition contre le> gardes-d,u-corps ; c'est comme si je vous censurais de n'avoir pas reproché poliment à Delaunay sa perfidie, et ne lui avoir pas demandé la permission de le tailler en pièces. Ne vous y trompez pas : nous sommes encore en guerre contre nos ennemis; chaque jour ils nous tendent des pièges et chaque jour je suis appelé à leur livrer combat; vous me faites donc un crime de me battre en désespéré pour votre salut, et de leur opposer les seules armes qu'ils redoutent ! Quant au ministre chéri de la France, il pouvait en imposer encore avant son retour; aujourd'hui le voile est déchiré : demandez-lui un peu qui a payé les troupes qui étaient venues pour vous égorger et réduire votre ville en cendres; demandez-lui qui vous affamait et vous empoisonnait depuis si longtemps; demandez-lui quel avis salutaire il vous a donné des préparatifs de l'évasion de la famille royale à Mette; demandez-lui qui accapare aujourd'hui tout votre numéraire, après avoir accaparé tous vos grains; puis voyez son silence, et jugez sa vertu.

Vous m'invitez à quitter le titre d'Ami du Peuple : c'est tout au plus ce que pourraient faire nos plus cruels ennemie Comment une demande aussi indiscrète a-t-elle pu vous échapper? En le prenant, ce beau titre, je n'ai consulté que mon cœur : mais j'ai travaillé à le mériter par mon

zèle, par mon dévouement à la patrie, et je crois avoir fait mes preuves. Consultez la voix publique, voyez la foule d'infortunés, d'opprimés, de persécutés, qui chaque jour réclament mon appui contre leurs oppresseurs, et demandezleur si je suis l'ami du peuple.. Au demeurant, ce sont les bienfaits seuls qui font le bienfaiteur, et non le consentement de l'obligé : en seriez-vous moins les libérateurs de la France pour avoir concouru aux victoires du 14 juillet et du 6 octobre, quoique votre patrie vint à oublier vos services? Et l'homme intrépide, généreux, qui se précipite dans l'eau pour en retirer son semblable, est-il moins son sauveur quoique l'ingrat refuse de l'avouer? Non, non, mes concitoyens, les maximes que l'on essaie de vous inspirer ne sont point dans votre cœur : honnête et sensible, il repoussera avec indignation le projet des méchants qui voudraient vous soulever contre votre défenseur. Lisez L'Ami du Peuple du 13 de ca mois, vous y verrez qu'il n'a pas attendu à aujourd'hui à vous rendre justice. Lisez L'Ami du Peuple chaque jour, et vous verrez qu'il ne songe qu'à écraser vos tyrans, et à vous rendre heureux.

XLYI

BILLET A M. QUINQUET DE MONJOUR

(23 janvier 1790)

Conformément à sa promesse, du 23 octobre 1789, Marat publiait, le 18 janvier 1790, un violent pamphlet contre Necker, sous ce titre : Dénonciation faite au tribunal du public par M. Marat, l'Ami du Peuple, contre M. Necker, premier Ministre des Finances. Quatre jours après, le 22 janvier, une véritable expédition militaire était dirigée contre Marat. « Le commandant général, raconte Marat lui-même dans son

Appel ii la Nation*, eut ordre d'appuyer le Chàlelet avec des forces suffisantes; douze mille hommes furenl commandés;

trois mille, tant fantassins que cavaliers, entremêlés à cinq mille espions, investirent le territoire du district; l'infanterie occupait les principales rues de l'arrondissement, depuis le carrefour de Bussy jusqu'au Théâtre-Français; la cavalerie occupait la place de la Comédie; un gros de cavalerie placé au bas du Pont-Neuf, et un corps-de-garde soldé, posté devant le péristyle du Louvre, étaient prêts en cas de besoin, tandis que six mille hommes, postés à l'entrée des faubourgs Saint-Antoine et Saint-Marcel, devaient empêcher les habitants d'accourir.- » Echappé à grand'peine à ce nouveau danger, Marat en était réduit à se cacher, et à quitter Paris. Mais auparavant, il adressa à M. Quinquet de Mon jour le billet suivant, pour lui donner pouvoir de le représenter et de défendre ses intérêts dans ses démêlés avec le Cliàtelet'-.

Moi, soussigné, donne pouvoir à M..., procureur..., d'occuper pour moi dans l'affaire concernant de Joly, de manière à faire tomber le décret, obtenir mainlevée des scellés apposés sur mes papiers et imprimés orangers à l'affaire et conclure à des dommages et intérêts.

Paris, ce 23 janvier 1790.

Marat, docteur en médecine et l'ami du peuple.

2. Ce billet est publié par M. l'abbé Pécheur, dans l'étude citée plus haut Bulletin de la Société archéologique, historique et scientifique de Soissons, t. XIII, année 1882, p. 173 .

BILLET A M. QUINQUET DE MONJOUR

(23 janvier 1790 ;

Cet autre billet, écrit le même jour que le précédent, et sous la même forme de procuration, n'est en définitive que le développement du premier, qu'il était sans doute destiné à remplacer ou à compléter '.

Je soussigné donne pouvoir à M..., procureur au Parlement, d'interjeter appel de tous les décrets, d'assigner pour être ouï, d'ajournellement personnel, même de prise de corps, qui auraient pu être décernés contre moi à la requête du sieur de Joly et de tous autres; demander l'apport des charges et informations au greffe du Parlement; requérir des défenses contre l'exécution desdits décrets, la nullité des plaintes et procédures sur lesquels ils sont intervenus, la décharge de l'accusation avec impression et affiche de l'arrêt à intervenir; comme aussi de se rendre appelant de l'apposition des scellés faite sur mes effets, papiers et presses, ainsi que de toutes ordonnances en vertu desquelles lesdils scellés ont été apposés, requérir la nullité du tout, restitution de mes effets et papiers, et conclure avec dommages et intérêts, faire et dire à raison de ce par

1. Ce second billet est également publié par M. l'abbé Pécheur {Bulletin de la Société' archéologique de Soissons, t. XIII, p. 114).

ledit sieur procureur tout ce qu'il avisera bon être et promettant de l'avouer.

A Pari-, ce 23 janvier 17H0.

Marat, docteur en médecine1.

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