XLVII
LETTRE A M QUINQUET DE MONJOUR
(25 janvier 1790)
Deux jours plus tard, Marat adresse une nouvelle lettre à son procureur, dont l'adresse est ainsi libellée : ci Hôtel de la Fautrière, n" 39, rue de l' Ancienne-Comédie. » Ce domicile de M. Quinquet était voisin de celui que Marat occupait dans ce même hôtel de la Fautrière. Mais, à ce moment, pourchasse par les agents de La Fayette, Maral était à la veille de chercher un refuge dans les environs de Paiis. Avant de partir, il écrivit ces lignes à M. Quinquet -.
Je prie M. Quinquet de vouloir bien prendre, avec M. Danton et le district des Cordeliers, des mesures efficaces pour s'opposer à l'enlèvement de mes imprimés, papiers et effets, attendu qu'ils sont étrangers à l'affaire de de Joly et autres. Le corps du délit, s'il existe, n'étant contenu que dans les numéros 24 et 83 dénoncés, et ces numéros étant entre les mains des pailles adverses, de
1. A la suite de ce billet se trouve celte note : « Je soussigné déclare qu« la signature ci-dessus est la signature de M. Marat. —
DOPRAT. il
1. Également publiées par M. l'abbé Pécheur, ibid., pp. 174-175.
réclamer contre la spoliation criminelle que vomiraient faire le Châtelet et la municipalité, etc.
Marat, docteur en médecine.
Paris, ce 25 janvier 1790.
BILLET A M. QUINQUET DE MONJOUR
(25 janvier 1790)
Le même jour, Marat envoie à M. Quinquet le billet suivant ' :
Je vois qu'on a mis une lenteur alarmante à se pourvoir au Parlement contre le Châtelet. Le porteur de ce billet est chargé de prier M. le procureur au Parlement de vouloir bien faire apposer un scellé croisé du Parlement pour arrêter toute démarche violente jusqu'à ce qu'on ait le temps de se mettre en règle et de faire paraître un mémoire.
Marat, docteur en médecine.
Ce 25 janvier 1790.
P. -S. — Je prie monsieur le procureur de vouloir bien informer le porteur de l'état des choses.
Également publié par M. l'abbé Pécheur, ibid., p. 175.
132 l.\ CORRESPONDANCE DE MAIUT
LETTRE A M. QUINQUET DE MONJOUR
(28 janvier 1790)
Le 26 janvier, M. Quinquet de Monjour informait Marat qu'un arrêt du Parlement le recevait appelant, mais que cet arrêt n'interrompait pas l'instruction du Cliàtelet. « Il faut, ajoutait-il, que M. Marat prenne patience; le temps calmera les esprits, et nous agirons avec plus de sûreté. » Il lui fait également observer qu'il n'est pas possible que le Parlement croise les scellés du Châtelet, car cela ne se pratique jamais; mais que, lorsqu'on lèvera les scellés, Marat sera probablement invité à y assister; en conséquence, il le prie de lui envoyer un état des effets qui sont sous scellés et une procuration. A ce moment, Marat avait quitté Paris, et c'est de Passy qu'à la date du 28 janvier 1790, il envoya à M. Quinquet de Monjour les renseignements et les pouvoirs, qui lui étaient nécessaires, par la lettre suivante ' :
De Passy, le 28 janvier 1790.
Moi, soussigné, donne procuration à M. Quinquet de Monjour de me représenter à la levée des scellés apposés dans mon appartement, hôtel de la Fautrière. M"'' Victoire, qui tient mon bureau, et Duprat, mon fondé de procuration, lui donneront un état des effets à leur connaissance.
Quant à moi, je me borne aux articles qui m'intéressent le plus.
Dans l'armoire aux pommes, à l'encoignure, contre la
1. Également publiées par M. l'abbé Pécheur, ibid., pp. 176-177.
cheminée du bureau, doivent se trouver trois rouleaux de papiers étiquetés sous enveloppes particulières.
Le plus petit renferme sept lettres éployées contenant des preuves authentiques de plusieurs malversations du premier ministre des finances.
Le plus gros contient les numéros du journal de L'Ami du Peuple corrigés pour une seconde édition.
Le moyen contient le commencement d'une Histoire de la Révolution avec des fragments pour la suite.
Dans une boîte que renferme le petit cabinet, à l'un des coins du bureau, se trouvent, parmi un grand nombre de lettres sur la médecine, les sciences, etc., toute ma correspondance avec M. de Saint-Laurent au sujet des propositions que m'a faites, en 1785 et 1786 % le roi d'Espagne (par son ministre de Florida-Blanca), de passer dans ses États pour faire fleurir les sciences; plusieurs mémoires précieux sur divers instruments astronomiques de mon invention, entre autres sur un hélioscope dont la propriété est de représenter le soleil d'une grosseur prodigieuse parfaitement terminé et blanc comme neige sans fatiguer l'œil le moins du monde.
Comme le dernier attentat du Châtelet contre ma personne et mes écrits est la suite de ma dénonciation de M. Necker, je ne saurais prêter aux ennemis de l'État d'autres motifs que ceux de m'ôter les moyens de continuer à servir la Patrie en me privant de la liberté, de m'enlever tous les exemplaires de ma dénonciation du ministre, de même que les écrits contenant les preuves authentiques d'une seconde dénonciation, ou plutôt d'un supplément à la première, déjà annoncée dans le public et par moi et par mes amis. C'est à la conservation de ces pièces pré-
1. L'trreur de Marat est évidente; les pourparlers avec la cour d'Espagne sont de l'année 1783. D'ailleurs, Marat lui-même prend-, soin de nous avertir (Lettre à M. Joly, v. supra, p. 111) que « les noms et les dates sont recueil de sa mémoire ».
cieuses que je prie M. Quinquet d'apporter le plus grand soin.
Marat, l'ami du peuple, docteur en médecine.
LETTRE A M QUINQUET DE MONJOUR
(17 férrier 1700)
Un peu plus tard, à la date du 17 février, Marat, toujours ■cach*'' dans les environs de Paris, écrivit à M. Quinquet de Monjour cette dernière lettre1 :
Je n'attachais aucun prix. Monsieur, à l'intervention du Parlement dans ma cause, qu'autant qu'il aurait ordonné la levée des scellés et la reddition des presses. Quant au décret, il m'inquiète très peu, et si la cause doit être remise en dernier ressort au Chàtelet, j'en fais mon aiïaire. Recevez de nouveau, Monsieur, mes remerciements et trouvez bon que, ne voulant point de procès, même avec M. de Pernet2, je révoque de nouveau les pouvoirs que je vous ai donnés.
M a hat, l'ami du peuple.
Près Paris, ce 17 février ÎT'JO 3.