In-8° de 141 pages. Londres-Paris, chez Jombert
3. Depuis que ces pages ont été écrites, la lettre dont il est ici question a été publiée dans la Revue politique et 'littéraire {Revuebleue) du 26 octobre 1907.
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ment entendre que cette intervention n'avait pas été vaine, que l'offensé avait consenti à « faire le sacrifier de son ressentiment », et que l'affaire se termina de la façon La plus pacifique:
C'est encore à la correspondance de Marat qu'il faut avoir recours pour éclairer un autre point demeuré obscur. Sur la foi de YAlmanach royal, qui ne cesse qu'en 1787 de mentionner Marat comme médecin des gardes-du-corps du comte d'Artois, Chèvremont estime que ce fut en 1786 que Marat se déchargea de ces fonctions1. En réalité, ce fut à une époque bien antérieure. Le 25 mai 1785, il écrit ces lignes : « Si vous prenez la peine de suivre la date delà publication de mes ouvrages . voue verrez que tant que j'ai eu le titre de médecin des gardes d'Artois, j'ai élé livré a la retraite du cabinet', comme j'y ai été livré depuis que j'ai renoncé à ce titre; car il ne se trouve plus dans mes deux derniers ouvrages. » Les deux derniers ouvrages de Marat à cette époque étaient les Notions élémentaires d'optique et les Mémoires sur Véèeetricité médv* cale, publiés tous deux en 1784. Ils ne portent en effet aucune mention qui indique que Marat fît encore partie de la maison du comte d'Artois. L'ouvrage qui précéda immédiatement les Notions élémentaires d'optique a pour titre Recherches physiques sur l'électricité. Il parut en 1782, et le nom de l'auteur y est suivi de cette mention :
i. Jean-Paul Muni, t. I, p. 31.
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« médecin d'Artois ». C'est donc entre les années 1782 et 1784 que Marat quitta cetle charge. Mais un autre document, la lettre adressée au lieutenant de police en mars 1783, nous apprend qu'à cette date il l'occupait encore. La lettre est en effet signée : « Marat, médecin des gardes-du-corps de Mgr le comte d'Artois. » Enfin, une indication .tirée encore de la correspondance de Marat va nous permettre de préciser un peu plus la date à laquelle il abandonna le service du comte d'Artois. En juillet 1783, il écrit une lettre au cours de laquelle il fait remarquer qu' « il a une charge à la cour de France » dont il pourrait être privé si l'on connaissait ses intentions de passer au service de l'Espagne. Cette charge, c'est évidemment celle de médecin des gardes d'Artois. On peut donc, en dernière analyse, conclure que ce fut dans la seconde partie de 1783, ou tout à fait au début de 1784, qu'il se décida à l'abandonner1, soit que ses craintes eussent été justifiées, et que les indiscrétions commises sur les pourparlers engagés avec la cour d'Espagne l'eussent obligé à ce départ, soit que sa confiance dans le succès de ces pourparlers l'eût
l. Il faut remarquer toutefois que le brevet du successeur de Marat à la charge de médecin des gardes du comte d'Artois est du 23 avril 1786 (V. Charles Vatel, Charlotte de Corday et les Girondins, t. Ier, p. cccxxxiii), ce qui laisse supposer que la place demeura vacante pendant deux années. On s'explique parfaitement, dans ces conditions, que le nom de Marat ait continué à figurer dans ÏAlmanach royal jusqu'à la nomination officielle de son successeur.
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naturellement amené à reprendre son indépendance *.
Il ('lait, à ce moment, dans tout l'éclat de sa renommée de médecin et de savant. C'était aussi, comme on vient de le voir, le moment où Roume de Saint-Laurent taisait des démarches auprès de la cour de Madrid pour que la direction de l'Académie des Sciences qui s'y constituait fût confiée à Marat. La correspondance de Marat et de Roume à ce sujet, telle que nous la connaissons, s'échelonne du 2 juin 1783 au 20 novembre de la môme année. Elle es1 d'une grande importance, non seulement parce qu'elle éclaire un des épisodes les plus intéressants de l'existence du Marat avant la Révolution, mais aussi parce qu'elle contient un document capital : la lettre de Marat du 20 novembre 1783. Cette lettre, accompagnée d'une série de pièces justificatives, est une sorte d'autobiographie, au cours de laquelle Marat s'attache à démontrer avec quel art et quel acharnement ses ennemis scientifiques avaient déchaîné contre lui leur jalousie et leur colère. Toutes les machinations de l'Académie y sont étalées avec des preuves irréfutables. Ces machinations, si réelles en 1779 et 1780, s'étaient d'ailleurs si bien continuées jusqu'en 1783, que Marat en demeura la victime, et
1. Nous savons, en effet, par une lettre à Roume de Saint-Laurent, que, dés le mois de juin 118::, Marat était si parfaitement convaincu du succès des démarches faites par Routne, qu'il se préparait à partir pour l'Espagne et consacrait une partie de son temps à étudier la langue espagnole.
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qu'il ne put obtenir de la cour d'Espagne la place qu'il ambitionnait1.
Les cinq années qui suivent (1784-1788) ne sont représentées, dans la correspondance de Marat, que par des lettres à la fois peu nombreuses et peu importantes. Mais, avec la convocation des États-Généraux, nous entrons dans un monde nouveau. Le savant s'efface, il ne reparaîtra plus. Sa correspondance perd le caractère scientifique et personnel qu'elle a eu jusqu'à ce moment; elle va devenir le reflet des événements politiques, qui vont s'y dérouler, avec leurs péripéties diverses, depuis le 27 juillet 1789 jusqu'au 5' juillet 1793.
Bien qu'elle n'embrasse que quatre années, cette seconde partie de la correspondance de Marat est beaucoup plus riche que la première. C'est que l'auteur a pris soin lui-même de nous conserver les plus importants de ces documents, en les reproduisant dans ses feuilles. L'Ami du Peuple, le Journal de la République française, Le Publiciste de la République française contiennent une multitude de lettres adressées tantôt à un homme politique, tantôt à quelque correspondant particulier, tantôt encore aux Jacobins ou à la Convention. Mais ici surgit une difficulté presque insurmontable. Un certain nombre de lettres ne sont que des lettres ouvertes,
1. Le 15 juillet 1793, Koume de Saint-Laurent, alors détenu à la Conciergerie, écrivait à Danton : « J'avais obtenu pour .Marat la place de directeur d'une Académie des Sciences à Madrid...; cette place lui fut ravie par des manœuvres perfides de ses ennemis. »
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uno sorte de forme littéraire qui permet à l'auteur de parler plus directement, plus personnellement. à celui qu'il veut atteindre. D'autres, placées à la suite d'une lettre de quelque Lecteur, no sont que des
réponses fictives, des commentaires publics qui ne peuvent en aucune manière prendre place dans l'ensemble d'une correspondance.
Des lors, le problème, singulièrement complexe, consiste à pénétrer le véritable caractère de chacune de ces lettres, à distinguer celles qui sont réellement îles lettres de celles qui n'en ont que L'apparence, à faire, en définitive, un choix sans erreur.
On comprend cependant qu'un choix de cette sorte ne puisse guère s'accomplir sans erreur. Les indications qui paraissent le- plus sûres ne le sont point absolument, et ne peuvent suffire à exclure toute critique. Le travail d'élimination doit donc, autant qu'il est possible, trouver ses bases à la fois dans l'analyse môme du document et dans les ciroonstances extérieures qui l'accompagnent. Tout ici a son importance, tout concourt à préciser et à identifier le caractère de cette correspondance si diverse. C'est qu'en effet, ici plus que partout ailleurs, la méfiance est nécessaire. Marat lui-même nous la conseille. Dans l'exemplaire de L'Ami du Peuple qui était resté entre les mains de Simonne Evrard, et qui porte des notes autographes de l'auteur, Marat avoue à plusieurs reprises qu'un certain nombre des lettres qu'il prétend avoir reçues sont des lettres
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simulées1. Ailleurs, il racoute, pour expliquer les similitudes du style, que lui-même les rédige à nouveau 2. De telles habitudes font craindre que, par une sorte de supercherie calculée, et bien qu'aucune de ses propres remarques ne porte sur les réponses qu'il adresse à ses correspondants, il n'ait parfois inséré, à la suite de lettres fictives, des réponses naturellement fictives aussi.
En réalité, il est bien rare que l'étude attentive des textes n'amène point quelque précision. Parfois un mot suffit pour déterminer exactement le caractère d'une lettre. Quand, par exemple, il termine sa réponse en disant : «Voilà, mon cher concitoyen, le seul commentaire que je me permet-
1. M. Tourneux {Bibliographie de V Histoire de Paris pendant la Révolution, t. II, p. 644) cite ce témoignage de Hatin, qui a pu consulter cet exemplaire de L'Ami du Peuple : « On sait que la feuille de Marat est rempli de lettres adressées à L'Ami du peuple. Marat confesse à diverses reprises, ce qu'on n'était pas sans soupçonner, que beaucoup de ces lettres sont simulées. Ainsi, au n° 181, au bas de la lettre à l'auteur ayant pour objet un horrible attentat des noirs et demi-noirs (des ministériels, dit une note; contre la liberté de la presse et les écrivains patriotes, on lit ce renvoi : « Cette lettre est de l'auteur; il y a seulement fait entrer des félicitations et des consolations que lui avaient adressées de bons citoyens » Une autre est imaginée par lui « pour amener ses prédictions ».
2. « Qu'on ne soit pas surpris de retrouver le même style dans la plupart des lettres que je publie; le peu d'étendue de ma feuille m'oblige de les rédiger pour n'en prendre que la substance. Au demeurant, je prends sur mon compte quelques épitbètes de celle-ci que j'ai retouchées p'our les adapter au sujet. » (L'Ami du Peuple, n° 246).
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trai sur votre l«l tre ' » ; quanti, s'adressant au rédacteur des Révolutions de Paris, il dit : « Je prie mes lecteurs de croire que je ne fais point cette observalion pour en tirer vanité », ou bien : « J'ai fait voir, M. le Rédacteur, que vous êtes un plagiaire 2 » ; quand, s'adressant à Guadet, il dit, dans le cours de sa lettre : « Ce qui précède n'est que pour le lecteur, voici qui n'est que pour vous 3 » ; quand il dit encore, dans une réponse à un correspondant : « En attendant, je dois prouver aux lecteurs sensés que mes craintes ne sont que trop fondées* »; quand, écrivant à la Convention et obligé de fractionner son adresse, il écrit, au début de la seconde partie : « Je reprends avec vous le fil de mes observations6»; il dissipe lui-même tous les doutes, et la forme épistolaire n'est ici qu'un artifice. D'autres fois, le titre donné à la lettre est par lui-même assez significatif; et quand Marat intitule Dénonciation de M. de La Fayette la lettre qu'il lui adresse dans le n° 147 de V Ami du Peuple (28 juin 1790), il en indique assez clairement le véritable caractère. D'autres fois encore, il s'adresse, au cours de ses réponses, à d'autre- personnages que ^<>n correspondant, ce qui n'est explicable que si la lettre n'est pas une lettre personnelle. Des formules comme celles-ci : « Je
1. L'Ami du Peuple, n° 24S (9 octobre 1790). ■2. Ibid., n<" 659-661 28-31 mai 1792 .
/ D 61 ; i juin 1792 .
I. Journal de la République française, n° 53 24 novembre 1792). 5. Ibid., n» 138 2 mars 1793).
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m'empresse d'inviter le cher patriote S. Huruge à tirer ses concitoyens de peine sur son longsilence '... J'invite tous les bons citoyens à se présenter en nombre suffisant pour être e'coutés *... Je félicite votre bataillon de cette expédition honorable, et j'invite celui de la Sorbonne à l'imiter3... Je somme ici le maire de faire consigner4... Nous invitons les sections du Théâtre-Français et de Saint- Jacques5... Citoyens, voilà un échantillon des horreurs6... J'invite tous les bons citoyens de Chantilly à surveiller leur curé7... Dans l'impuissance de me rendre à mon poste, je somme Thuriot, Saint-Just, Laignelot, de prendre les moyens les plus propres à anéantir enfin les suppôts de la chicane 8... » écartenttoute équivoque, et révèlent, sans doute possible, que les réponses qui les contiennent ne sont point des lettres privées. Pour une autre lettre, publiée dans le n° 555 de VAmi du Peuple (20 septembre 1791) et intitulée Lettre de VAmi du Peuple, à Mne F..., aucun indice ne permettrait de se prononcer, si Marat, là encore, ne venait à notre aide. Dans un placard qui a pour titre Marat, l'ami du peuple, à ses concitoyens les électeurs, et qui