‹ La correspondance;Chapitre 54 sur 107 · LETTRE AU TRIBUNAL DE POLICE · texte numérisé non relu

LETTRE AU TRIBUNAL DE POLICE

(28 mai 1790)

C'est encore pour se plaindre des faux numéros de L'Ami du Peuple que .Marat adressa cette lettre au tribunal de police. Le texte en a été publié pour la première fois, en 1828, clans Ylsographie des Hommes célèbres (tome II). L'original faisait partie, à cette époque, de la collection d'autographes Du- -is1.

Paris, ce 28 mai 1790.

S'il est affreux, Messieurs, pour un écrivain honnête, dont le zèle s'exalta quelquefois à la vue des malheurs dont la Patrie était menacée, mais dont le cœur fut toujours pur, de voir sa plume déshonorée et son nom diffamé par une vile tourbe de barbouilleurs faméliques, marchands de scandale et d'atrocités; il n'est pas moins affligeant pour lui d'être obligé de se morfondre en vaines sollicitations pour arrêter cet infâme trafic, ce houleux brigandage. Ami de l'ordre et de la paix, j'ai l'honneur. Messieurs, de vous adresser directement ma plainte, jusqu'ici portée sans

1. C'est donc à tort que Chèvremont, qui d'ailleurs n'a connu qu'un fragment de cette lettre, le présent'; connue inédit Jean- Paul Moi al, t. I- . [.. ^".7 .

succès aux administrateurs de la police. J'attends de votre équité un ordre positif pour arrêter et saisir les auteurs, imprimeurs, publicateurs et colporteurs des faux écrits qui paraissent sous mon nom, de même que la défense expresse de récidiver, et la permission d'afficher cette défense.

J'apprends à l'instant que le commandant du district de Saint-Louis-en-1'Isle vient de faire saisir deux douzaines d'exemplaires de ma feuille. Le colporteur, conduit au Comité, ayant représenté qu'il était en règle, qu'il vendait le vrai Ami du Peuple, portant nom d'auteur et adresse d'imprimeur, on lui a répondu que c'était précisément celui qu'on cherchait, les faux ne méritant aucune attention. Je réclame. Messieurs, la restitution de ces exemplaires; je vous prie d'accompagner l'ordre que vous donnerez à ce sujet d'une injonction au commandant de poste d'être plus circonspect à l'avenir.

Quelle serait donc dorénavant la sauvegarde des citoyens amis des lois, s'il ne leur sert de rien de les respecter, et s'ils portent seuls la peine due aux infracteurs?

Agréez, Messieurs, les sentiments respectueux que j'aurai toujours pour des magistrats intègres.

M a rat, l'ami du peuple.

A MM. du Tribunal de police.

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