L'Ami du Peuple, n° 302 (lundi 6 décembre
peuvent se bercer de vos promesses ; mais à nous, citoyens clairvoyants et trop souvent trompés pour être crédules, il faut des effels : c'est là que nous vous attendons.
L'Ami du peuple vous rappelle le choix infâme des 1.500 commissaires royaux nommés par le sieur Champion, votre devancier ; la réforme de ces indignes suppôts du despotisme doit être votre premier coup de balai dans le temple de Thémis ; et vous ne sauriez vous en dispenser, sans vous perdre de réputation.
C'est trop peu qu'un ministre delà justice soit impartial, s'il n'a les mains pures. Vous-même avez consacré cette maxime le jour où vous parûtes à la commune, pour prendre congé de vos camarades, en annonçant que la vrille de voire élévation au ministère, vous avez signé la lettre aux administrateurs provisoires pour les inviter à rendre leur compte. Je m'honore, ajoutâtes-vous, d'être le premier à donner C exemple de l> responsabilité, je iw rr poserai sur un de mes collègues du soin de vous présenter ceux qui '/-'' concernent, et f 'espère que mon administration provisoire sera pour vous un garant assuré de celle a laquelle je suis api elé. Permettez-moi une petite explication : en qualité de lieutenant de maire, au département de la police, vous avez été chargé de toutes les dépenses relatives à la sûreté de la capitale, ou plutôt à la surveillance de la tranquillité publique; et comme, à la honte du nouveau régime, l'administration municipale a suivi les infâmes pratiques de l'ancien, c'est vous, monsieur, qui aviez la direction et la solde de tous les espions entretenus dan> la capitale aux dépens du trésor national ; vous nous devez donc le tableau des différentes fonctions dont vous les chargiez, et du traitement que vous leur accordiez. Je ne sais si vos prôneurs les plus chauds oseraient ici garantir vôtre exactitude à remplir vos engagements; mais, moi qui n'aime point à me faire illusion, je dis que vous vous en donnerez bien de garde : non dans la crainte de divulguer les secrets du gouvernement, le gouvernement ne devant plus en avo;" chez
une nation libre, mais parce que vous rougiriez d'afficher les turpitudes du maire et du général, qui n'entretiennent aujourd'hui des espions que pour épier et noter les citoyens courageux qui voudraient s'opposer à leur projet criminel de rétablir le despolfsme ; et ma raison est que si vous étiez vraiment patriote comme on le prétend, vous ne vous seriez pas cbargé d'une pareille besogne. Mandataires infidèles, auriez-vous dit au sieur Bailly et aux administrateurs municipaux, rayez de vos tablettes ces dépenses odieuses, il ne faut point d'espions dans un peuple libre ; que les dépositaires de l'autorité fassent leur devoir, et ils n'auront rien à craindre de la médisance; qu'ils fassent le bien, et ils pourront se moquer de la calomnie.
Voilà, monsieur, un nouveau défilé par où l'Ami du peuple vous appelle à passer ; soyez sûr de sa constance, il vous tiendra éternellement l'épée dans les reins jusqu'à ce que vous l'ayez franchi, ou il vous tympanisera comme un fourbe.
Ce n'est pas tout. Ayant à rendre compte de votre administration provisoire, comment avez-vous eu l'impudeur de prendre l'écharpe de substitut du nouveau conseil municipal? N'était-ce pas demander à être traité avec ménagement par vos collègues? N'était-ce pas vouloir être contrôleur de votre propre compte? Cette astuce n'aurait pas surpris dans un Yauvilliers : mais dans Duport-du-Tertre? Que diront les malveillants ; surtout lorsqu'ils auront remarqué qu'à l'exemple du maire vous avez refusé de prêter le serment de désintéressement, exigé des administrateurs par la municipalité; surtout lorsqu'ils relèveront les déférences que d'humbles municipaux doivent nécessairement avoir pour un garde des sceaux, qui ne dédaigne pas de les appeler ses chers confrères? Pensez-vous-qu'après cela ils soient d'humeur à serrer le bouton à leur illustre camarade? Le garde des sceaux fera donc passer aveuglément l'éponge sur toutes les dilapidations d-j lieutenant de
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maire, docile faiseur des sieurs Bai I ly et Motier'. Ils iront plus loin, ils soutiendront que Duport-dii-Tertre, en acceptant l'écharpe et les sceaux, a violé les règlements de la commune et le décret de responsabilité: parce qu'il ne pouvait être nommé à aucune place qu'il u'eûl préalablement rendu ses comptes: devoir que l'assemblée aurait dû depuis longtemps consacrer par un décret formel'. Quoi qu'il en soit, je vous somme, monsieur, de mettre promptem«nt sous les yeux de la nation le tableau lidele de TO8 comptes, de le répandre à bas prix par la voie de l'impression, et de provoquer vous-même la censure publique; refuser de le taire serait non seulement vous avouer coupable, mais reconnaître que vous êtes an- dessous de votre nouvelle place; mais publier tout haut que dans le poste élevé où vous ont porté le maire et le général, vous êtes encore et vous serez toujours leur bas-valet.
Quelque sévère que puisse paraître l'Ami du peuple dans sa conduite envers vous, comme envers tout autre fonctionnaire public, il n'en changera point : non qu'il se plaise à flétrir le nom de ses concitoyens par de tristes présages, et l'humiliant tableau de la dégradation de la génération actuelle; mais parce qu'il est intimement convaincu que les vices des agents du peuple sont moins à redouter que son aveugle confiance2.
1. Le 5 octobre, tandis que le général était en chemin pour Versailles, un de ses laquais lui a volé dans un secret. are de son appartement, à la maison-de-ville, cent mille livres en billets de caisse qu'il avait reçus la veille: ce vol n'est pas aux dépens du générai, il faut donc qu'il soit couvert, comme bien d'autres: or. le complaisant du Tertre aura fait tout ce qu'il fallait pour cela. [Xote de Marat
2. B en que la lettre de Marat semble se terminer ici. le texte imprimé dans U Ami du Peuple se continue en ces termes : « Puisqu'il n'est rien d'aussi difficile aujourd'hui que de trouver des hommes vertueux i r les placer au timon des affaires, prenons les
moins corrompus , mais faisons-leur bien sentir que nous saurons apprécier leur conduite, et que nous avons toujours les yeux