‹ La correspondance;Chapitre 71 sur 107 · LETTRE AU CITOYEN BERRUIER · texte numérisé non relu

LETTRE AU CITOYEN BERRUIER

(Février 1791)

A propos d'un article que Marat avait consacré, dans le numéro 2bb de VAmi du Peuple, à la garde citoyenne de Dieppe, un « ancien régisseur des écuries des quatre maisonsdes princes », nommé Berruier, écrit à Marat une lettre datée

194 LA <:<)liliF.SlM>M)ANCK DE MAHAT

de Versailles, l-'i février 1701. Il communique à Marat les renseignements que son frère lui a adressés il*1 Dieppe, lui raconte des traits de civisme de l;i iiarde ril^vcune île cette ville, où I'' peuple s'esl emparé du château et de la citadelle, et s'est fail livrer 5.000 fusils. Enfin il dil à M .rat que L'Ami du Peuple., qu'il l'ait passer à Dieppe, y est accueilli avec enlliousiasme, et que la lecture s'en fait dans tous les corpsde-garde. Maral insère celte lettre dans son numéro 378 ; lundi 21 février 1791), et la fait suivre de sa réponse.

Je commence par vous observer, mon cher compatriote, qu'il est impossible que la garde citoyenne de Dieppe se soit crue inculpée par la dénonciation dont vous vous plaignez, puisqu'il y est dit : « Dans le moment, on vient de donner ordre à dix hommes par compagnie de la garde citoyenne, à cent hommes du régiment qui est ici en garnison, de se tenir prêts à marcher au premier signal. - Or, à supposer qu'ils aient été commandés pour appuyer l'expédition des ennemis de la patrie, l'inculpation ne peut tomber que sur les chefs de la municipalité ou sur le commandant de la place. Jamais je n'ai douté du patriotisme des gardes citoyens de Dieppe; la sagesse et le courage qu'ils ont montrés dans leur expédition démontrent plus que tous les discours du monde combien ils sont dignes d'admiration. Puissent-ils trouver des imitateurs dans toutes les gardes nationales du royaume! Au surplus, si c'était pour repousser l'inculpation qu'ils se seraient signalés de la sorte, je serais ravi de leur en avoir fourni un motif. Maintenant, je voiks remercie de tout mon cœur de l'agréable nouvelle que vous venez de me communiquer. Les conspirateurs de la cour et du club, monarchique la tiennent secrète : Dieu sait combien elle les afflige; mais elle est faite pour réjouir tous les bons Français, et je me hâte de la publier, en invitant les écrivains patriotes à la propager.

En faisant passer mes feuilles à mes braves compatriotes

de Dieppe, n'oubliez pas de leur dire combien j'applaudis à leur triomphe. Recommandez-leur de ne rendre ni canons, ni boulets, pas même un grain de poudre. Le roi et l'Assemblée nationale n'ont aucun droit de les empêcher de s'armer par leurs mains pour leur propre défense, lorsque les agents royaux se moquent d'eux, refusent de leur délivrer des armes. Recommandez-leur surtout de fournir tous les citoyens de la ville en état de marcher au moins d'une centaine de cartouches chacun, et, après ce partage, s'il leur reste de la poudre et des balles, d'en faire part à leurs frères des villes et villages voisins. Enfin, recommandez-leur de conserver précieusement ces munitions pour le besoin, s'ils sont jamais appelés à en faire usage contre les ennemis de la patrie. Ajoutez, je vous prie, que, sensible à la confiance qu'ils ont en moi, je vais leur passer par vos mains une' collection complète de L'Ami du Peuple, qui appartiendra à la garde citoyenne de Dieppe, et dont la lecture ne sera même permise aux officiers qu'autant qu'ils seront patriotes, car, pour n'être jamais la dupe des ennemis de la liberté, il faut éternellement se défier des chefs. C'est dans cet écrit que tous les amis de la vérité doivent la chercher, l'auteur ne l'ayant jamais dissimulée et l'ayant toujours si bien rencontrée qu'il a prédit la plupart des événements longtemps à l'avance.

1. Il serait à propos de la faire relier eu volumes de 30 numéros, qui seraient déposés dans les divers corps-de-garde, pour que chaque volume y circulât à son tour. (Note de Maral)

196 LA ColiRESl'ONDANCE DE MARAT

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