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LETTRE AU COMTE DE MAILLEBOIS

(19 juillet 1779)

C'est par Marat lui-même que nous connaissons cette lettre. Il en avait donné une copie dans les documents annexés à sa lettre du 20 novembre 1783, à Roume de Saint-Laurent, qu'on trouvera plus loin. Elle a été publiée avec ces documents, pour la première fois, en 1863-1864, à Londres, dans les Miscellanies of the Pliilobiblon Society (volume VIII).

Du 19 juillet 1779.

Monsieur le Comte,

Dès que vous eûtes connaissance de mes Découvertes sur le feu, vous désirâtes les communiquer à l'Académie; j'ose me flatter que vous voudrez bien aujourd'hui lui en faire agréer l'hommage. C'est une petite offrande que je place par vos mains sur l'autel des sciences.

Je ne vous ai point dit encore que mon mémoire a une suite, et que cette suite offre des objets qui ne sont pas moins propres à piquer la curiosité des physiciens. Je ne

veux pas anticiper sur le jugement public, mais je ne crois pas me compromettre en assurant qu'à l'aide d'un petit appareil d'instruments fort simples, je réussis au mieux à décomposer la lumière sans le secours du prisme et d'aucun milieu diaphane et à surface oblique.

Ma méthode n'a point les inconvénients des réfractions prismatiques, elle ne laisse aucun doute sur le nombre des rayons différemment colorés; ainsi elle sert à perfectionner la doctrine de Newton sur les couleurs, pour ne pas dire à en établir une nouvelle.

Ce n'est pas sans regret qu'en étudiant la nature, on se voit forcé d'abandonner les idées de ce grand homme; mais si j'infirme sa doctrine des couleurs, en revanche je rends indubitable sa doctrine sur la cause des réfractions, et cette cause je la démontre à l'œil même. J'ai examiné avec soin ses différents effets; ils sont visibles dans tous les corps. De ces observations," qui jettent le plus grand jour sur les phénomènes de la dioplrique, je tire des conséquences dont je profiterai un jour pour perfectionner les instruments d'optique et d'astronomie.

Vous concevez, monsieur le comte, que les expériences qui servent de base à ces découvertes sont absolument neuves; s'il a fallu bien des réflexions pour les imaginer, il ne faut que des yeux pour les constater.

C'est de l'observation d'un phénomène très simple que je suis parti; mais si vous saviez combien il m'en a coûté de recherches pour les développer dans toutes les conséquences, et dérober à la nature son secret, vous applaudiriez à la constance de mon zèle.

Ce n'est là qu'une légère esquisse, et déjà peut-être m'auriez-vous soupçonné 'de jactance si vous ignoriez combien je me pique d'exactitude.

Recevez, monsieur le comte, les assurances de dévouement inviolable que je vous ai voué et avec lequel j'ai l'honneur d'être, etc.

Marat.

LA CORRESPONDANCE DE M AU Aï

LETTRE A CONDORGET '

(26 avril 1780)

Je vous prie, Monsieur, de vouloir bien mettre aujourd'hui cette lettre sous les yeux de l'Académie. Je serais au désespoir de me rendre importun, mais j'espère que cette illustre compagnie n'encouragera" ma démarche que comme un témoignage des sentiments respectueux que j'ai pour elle. Le 47 de juin 79, M. le comte de Maillebois lui fit part de mes découvertes sur la lumière, et l'Académie me fit l'honneur de me nommer des commissaires pour vérifier les expériences qui servent de base à ma théorie. Quelques jours après, on commença la vérification, qui tut à peu près finie le 18 août suivant. Je m'étais flatté que le rapport suivrait de près : mais quelques-uns de ces messieurs m'observèrent que l'importance de la chose exigeait qu'il fût remis à la Saint-Martin prochaine.

Dans l'intervalle, je ne cessai de demander la revision des expériences, puisque l'Académie ne devait prononcer que sur les faits. J'obtins plusieurs séances, et la vérification fut enfin terminée le 30 de janvier 4780. On me fit espérer que le rapport ne se ferait pas attendre longtemps, on a même plusieurs fois pris jour pour le faire, et toutefois je le sollicite encore. Je n'ai garde, Monsieur, de me

1. Cette lettre a été publiée dans Le Carnet historique et littéraire, tome IV (juillet-décembre 1S9-0 - P- 195- L'original autographe faisait, à cette époque, partie de la collection de Mme L. de Cernay. Bien que la lettre ne porte point de nom de destinataire, il n'est pas douteux qu'elle ne soit adressée à Coudorcet.

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