LXXXVIII
LETTRE A CAMILLE DESMOULINS (19 mai 1792
En avril 1792, Camille Desmoulin:, el Fréron avaient fondé, pour faire suite aux Révolutions de France et de Brabant, un journal qui prit le titre de Tribune des Patriotes. Ce journal n'eut, d'ailleurs, qu'une existence éphémère, et disparut, à la fin de juin1, après la publication de quatre numéros. Marat, qui était alors privé de son journal, écrivit à Carsille Desmoulins la lettre suivante * :
Les ennemis de la patrie m'ayant mis de nouveau sous le glaive de la tyrannie, je vous fais passer deux lettres pour lesquelles je vous demande une place dans les premiers numéros de la Tribune des Patriotes. Comme c'est un point important à la liberté que les journalistes qui trahissent sa cause soient démasqués, je me flatte que vous y attacherez quelque prix. Elles sont signées de moi, pour vous mettre en règle dans tous les cas.
Je vous salue patriotiquement, ainsi que Fréron, votre confrère et le mien.
Marat, l'ami du peuple.
Ce 19 mai 1192.
1. Et non à la fin de mai, comme l'affirment MM. Tourneux [Bibliographie de l'Histoire de Paris pendant la Révolution, t. Il, p. 630) et Jules Claretie (Camille Desmoulins, p. 177). Bien que les numéros ne soient point datés, il ne peut y avoir de doute ace sujet, toute une partie du numéro 4 étant consacrée aux événements du 20 juin 1792.
2. Cette lettre a été publiée pour la première foi-, en 187u, par M. Jules Claretie [Camille Desmoulins, p. 108).
Un mot pour dire au porteur le jour où elles paraîtront. Il est chargé de vous demander trois numéros de ces deux lettres.
LETTRE AUX JACOBINS
(1er novembre 1792)
Nous ignorons le texte précis de cette lettre. Elle fut lue à la Société des Jacobins dans la séance du 2 novembre 1792. Voici en quels termes elle est analysée dans le compte-rendu de celte séance : « Un secrétaire communique deux lettres qui parviennent à la Société : l'une, datée de la veille, et écrile par Marat, annonce que sa maison est entourée par un grand nombre de dragons de la liberté, qui demandent sa tête; il prie la Société de le mettre sous la sauvegarde de la section sur laquelle il habite1. » A la suite de cette lecture, un dragon de la liberté, présent à la séance, prit la parole : « Il y a, dit-il, dans notre corps, quelques individus indignes de porter notre uniforme, qui se sont réunis avec quelques autres, indignes de porter l'uniforme des Marseillais; ce sont ceux qui se sont portés aux excès qui viennent de vous être dénoncés. Soyez certains que notre premier soin, à la caserne, sera de reconnaître et de punir ces lâches, car il n'y a que des lâches qui se portent à des excès2. »
1. Journal des Débats et de la Correspondance de la Société des Jacobins, du 4 novembre 1792.