‹ La correspondance;Chapitre 92 sur 107 · Réimpression du Moniteur, t. XVI, p · texte numérisé non relu

Réimpression du Moniteur, t. XVI, p

-2. No 169 (mardi 16 avril 1793).

constatent les trahisons des meneurs et des suppôts de la faction des hommes d'État. Il est notoire que ce Dumouriez, qui vient de lever l'étendard de la révolte contre la patrie, pour lui donner un maître, et anéantir la liberté, a pour complices, au sein même de la Convention, ces scélérats qu'il appelle la saine majorité de l'Assemblée nationale. Dans sa lettre menaçante, adressée au président, par l'organe du ministre de la guerre, lettre dont on a donné lecture à la tribune, et dont on aurait dû décréter l'insertion au bulletin, aûn que toute la France pût connaître ses infidèles représentants, le traître Dumouriez annonce qu'il va marcher sur Paris, pour appuyer par la force des armes cette faction scélérate, et pour réduire les patriotes de la Montagne, qu'il appelle des anarchistes, et les forcer parla terreur à n'oser soutenir la cause du peuple.

Atterrés de voir l'infâme Dumouriez les déclarer ses protégés et ses complices, à la face de l'univers, ils n'ont plus songé qu'à détourner l'attention publique de dessus leurs propres conspirations, malheureusement trop réelles, pour la fixer sur une conjuration imaginaire des patriotes de la Montagne qui aurait pour but de mettre Louis- Philippe d'Orléans' sur le trône.

Convaincu que cette fable, dont ils font si grand bruit. n'a été inventée que pour donner le change au public Mille dessein criminel de Dumouriez, des meneurs de la Convention et des puissances ennemies, qui est de mettre la couronne sur la tète du tils de Louis Capet, et de constituer régent le ci-devant Monsieur; indigné de la perfidie de ces lâches hypocrites, j'ai cru devoir les forcer dans leur dernier retranchement, et les réduire à la cruelle néces-

1. Si cet homme indigne a un parti clans la Convention, il a été démonlré qu'il ne pouvait t'-tre que parmi les royalistes, qualifiés d'hommes dÉtat : on connaît ses liai-ons avec Petion, Lasource, Silleiy. et le reste des meneurs de la clique. Tout le tort des patriotes est d'avoir souffert que ce jadis prince du sang siégeât à la Montagne. {Note de Murai

site de se déclarer eux-mêmes suppôts du royalisme. C'est le but que je m'étais proposé jeudi dernier, en demandant de décréter que Louis-Philippe d'Orléans serait traduit devant le tribunal révolutionnaire, et que la tète des Capets, émigrés et rebelles, serait mise à prix. Cette pierre de touche a produit son effet. A la vivacité avec laquelle les patriotes de la Montagne se sont prononcés à l'instant même, en demandant qu'on mît aux voix ces propositions, et à la violence avec laquelle les hommes d'État s'y sont opposés, on a vu clairement de quel côté sont les Capets fugitifs, les partisans de Louis-Philippe d'Orléans, les amis de la royauté.

Désespérés de s'être vus réduits de la sorte à se démasquer eux-mêmes, les meneurs et les suppôts de la faction royaliste se sont flattés de faire tomber mes propositions, et d'en imposer à la nation entière, en me poursuivant comme un écrivain incendiaire : en conséquence, ils se sont accrochés à une adresse énergique de la Société des Jacobins, présentée à ma signature comme président, et ils ont demandé un décret d'accusation contre moi, pour avoir signé cet écrit patriotique, qui invite le peuple à prendre enfin les armes pour repousser les armées ennemies et les légions révoltées qui s'avancent contre nous pour nous remettre aux fers.

Au lieu de me justifier, j'ai continué à dévoiler le charlatanisme des meneurs de la faction, et à les rappeler à la même épreuve.

Danton, qui m'a suivi à la tribune, a parfaitement développé et motivé la nécessité de ces mesures indispensables. Je les avais jetés dans l'abîme : il les y a tenus cloués, le pied sur la gorge. Mais ses propositions contre d'Orléans et les Capets conspirateurs ont été écartées comme les miennes par les hommes d'État, qui ont refusé de les adopter, aimant mieux s'avouer aux yeux de la nation vils suppôts des Bourbons, que de s'exposer à la vengeance des parents du maître qu'ils voudraient nous donner. Ils se

m Là CORRESPONDAIS E QB MAUAT

sont donc uniquement attachés à me poursuivre, et, n'osant pas me décréter d'accusation sans un rapport préalable. ils ont déridé que je serais envoyé en étal d'arrestation à L'Abbaye; Eh quoi! Malus, d'Espagnac, Lamarce. ces infâmes dilapidaleurs du bien des pauvres, ont été simplement détenus chez eux! Sillery lui-même, suspect de trahison, est simplement gardé à vue; et moi, le deleiîseur imperturbable de la patrie, l'apôtre et le martyr de la liberté, je serai incarcéré par nos ennemis comme un malfaiteur, pour me punir d'avoir dévoilé leurs machinations, de les avoir forcés de s'avouer eux mêmes compilées d'un généralissime conspirateur, qui machine pour rétablir la royauté. Non. il n'en sera rien, dussé-je périr cent fois : c'est le cas ou jamais de résister à l'oppression. Comme ils ont blessé tous les principes de la justice et de la liberté, par le décret honteux rendu contre moi: comme ils sont déterminés à consommer la contre-révolution et à rétablir le despotisme; comme rien au monde ne peut les rappeler au devoir; comme ils ont renoncé à toute pudeur: comme je suis leur accusateur primitif; comme ils sont grandement coupables, et comme ils sont résolus de perdre tous les patriotes énergiques, pour n'être pas perdus eux-mêmes ; ils veulent, à quelque prix que ce soit, se débarrasser de moi, ddnt ils redoutent la surveillance sévère. S'ils relisaient à consommer leurs projets criminels à mon é^ard, bientôt ils en viendraient à Robespierre, à Danton, et à tous les députés patriotes qui ont fait preuve d'énergie.

D'accusateur; je ne serais pas seul réduit au rôle d'accusé. Je n'entends point me soustraire à L'examen de mes juges : mais je ne m'exposerai pas sottement aux fureurs de mes ennemis, des traîtres à la patrie. Ainsi, tant que Salle, qui a cherché à soulever, son département pour attenter à la liberté des commissaires de la Convention, et qui n'a cessé d'avilir la Convention elle-même, en la donnant comme complice du parti d'Orléans; tant que Barbaroux, qui a donné l'ordre à un bataillon de Mar-

seillais de s'emparer des avenues de la Convention, pour faire passer l'appel au peuple: tant que Gensonné, qui a entretenu une correspondance criminelle avec le traître Dumouriez; tant que Lasource, qui a fait évader Valence, et prévenir Dumouriez des ordres donnés contre lui; tant que Brissot, Guadet, Buzot, Vergniaud, qui étaient des conciliabules nocturnes des généraux conspirateurs, et qui justifiaient encore Dumouriez il y a quinze jours, au comité de défense générale : tant que ces perfides accusés par la voix publique comme traîtres à la patrie n'auront pas été mis en état d'arrestation à l'Abbaye, je ne me constituerai point prisonnier pour déférer à l'acte arbitraire, en forme du décret rendu contre moi par mes implacables ennemis : attentat qui n'a pour but que de porter le peuple indigné à m'ouvrir les portes de l'Abbaye, et à les ouvrir en même temps aux machinateurs qui y sont détenus, aux généraux traîtres à la patrie, aux assassins d'Orléans, qui ont massacré un député patriote, etc. Avant d'appartenir à la Convention, j'appartiens à la patrie, je me dois au peuple dont je suis le défenseur; je vais donc me mettre à couvert de leurs atteintes, continuer à soutenir la cause de la liberté par mes écrits, démasquer les traîtres qui mènent la Convention, jusqu'à ce que la nation ait ouvert les yeux sur leurs projets criminels, et qu'elle en ait fait justice. Déjà quarante-sept départements ont demandé la destitution des députés qui ont voté l'appel au peuple et la détention du tyran. Un peu de patience encore, ils succomberont sous le poids de l'exécration publique. Je suis loin de vouloir dissoudre la Convention, comme ils ne manqueront pas de m'en accuser; mais je veux la purger des traîtres qui s'efforcent d'anéantir la liberté, et d'entraîner la patrie dans l'abîme.

Marat.

Voici maintenant le texte donné par le Moniteur : A la Convention nationale de France.

Citoyens représentants, il est des faits qu'on ne peut remettre trop souvent sous les yeux du peuple. Or, il est notoire que le traître Dumouriez, qui a levé l'étendard de la révolte contre la nation, et tourne contre elle ses propres forces pour lui donner un nouveau maître et anéantir la liberté, a pour complices, au sein même de la Convention, les meneurs et les suppôts de la faction des hommes d'État, qu'il appelle la saine majorité des membres de l'Assemblée nationale. Effrayés de voir le traître Dumouriez les déclarer ses protégés et ses complices à la face de l'univers, ils n'ont plus songé qu'à détourner l'attention publique de dessus leur propre conspiration, malheureusement trop réelle, pour la fixer sur une conjuration imaginaire, qui aurait pour but de mettre Louis-Philippe d'Orléans sur le trône.

Convaincu que cette fable n'a été inventée que pour donner le change au public sur les desseins criminels de Dumouriez, des meneurs de la Convention et des puissances ennemies qui tendent à mettre la couronne sur la tète du fils de Louis Capet, et de constituer régent le ci-devant Monsieur, j'ai cru devoir forcer dans leurs derniers retranchements les lâches-, les hypocrites partisans du royalisme, en proposant, jeudi dernier, comme véritable pierre de touche du royalisme des membres de la Convention, de décréter que Louis-Philippe d'Orléans serait traduit devant le tribunal révolu'ionnaire, et que la tète des Capet émigrés et rebelles serait mise à prix : mes vues ont été remplies. A la vivacité avec laquelle les patriotesde la Montagne se sont tous prononcés, en demandant qu'on mit à l'instant ces propositions aux voix, et à la violence avec laquelle les hommes d'Etat s'y sont opposés, on a vu clairement de

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quel côté sont les suppôts des Gapet fugitifs, les conspirateurs, les complices de d'Orléans, les amis de la royauté. Désespérés et furieux d'avoir été réduits de la sorte à se démasquer eux-mêmes, les meneurs et les suppôts de la faction royaliste se sont flattés de faire tomber mes propositions, et d'en imposer au peuple, en me poursuivant comme un écrivain incendiaire.

Pour toute réponse, j'ai continué à dévoiler le charlatanisme des meneurs de la faction, et à les rappeler à la même preuve; ils se sont uniquement attachés à ma poursuite; et, n'osant pas prononcer contre moi un décret d'accusation sans rapport préalable, ils ont décrété que je serais mis en état d'arrestation à l'Abbaye. Eh quoi! les dilapidateurs Malus et d'Espagnac ont été simplement détenus chez eux; Sillery lui-même, suspect de connivence avec le traître Dumouriez, est simplement gardé à vue; et moi, le défenseur incorruptible de la liberté, je serai incarcéré par mes féroces ennemis, pour les avoir dénoncés comme machinateurs, et les avoir forcés à s'avouer des traîtres, d'infâmes suppôts de la royauté! Non, il n'en sera rien. Comme ils mènent aujourd'hui le sénat; comme ils ont blessé à mon égard les principes de la justice et de la liberté; comme rien au monde n'a pu les ramener au devoir; comme ils sont déterminés à consommer la contre-révolution et à rétablir le despotisme; comme je suis leur accusateur, et qu'ils sont les vrais coupables; comme ils travaillent à perdre les patriotes énergiques, pour n'être pas perdus eux-mêmes, ils veulent, à quelque prix que ce soit, se débarrasser de moi, dont ils redoutent l'infatigable surveillance. S'ils réussissaient à consommer à mon égard leurs projets criminels, bientôt ils en viendraient à Robespierre, puis à Danton, puis ' tous les députés qui ont montré de l'énergie,, du caractère. D'accusateur, je ne serai pas seul réduit au rôle d'accusé. Je ne veux ni être égorgé par leurs émissaires, ni empoisonné dans une prison.

Ain>i. laul qoe Salle, qui a cherche à soulever son département pour attenter à la liberté des commissaires de la Convention, et qui a cherché à avilir la Convention elle-même, en la déclarant du parti d'Orléans; tant que Barbaroux. qui a donné l'ordre à un bataillon de Marseillais de s'emparer des avenues de la Convention, pour faire p.isser l'appel au peuple; tant que Gensonné, qui a entretenu une correspondance suivie avec le traître Dumouriez; tant que Lasource, parasite de Sillery et auteur de l'élévation de Valence; tant que Brissot, Guadet, Buzot, Vergniaud, etc.. qui ont tenu des conciliabules nocturnes avec Dumouriez, et qui le disculpaient encore, il y a quelques jours, au comité de défense générale, n'auront pas été mis en état d'arrestation, je regarderai comme l'effet d'une conjuration liberticide le décret qui m'a été la liberté, le décret qui n'a pour but que d'ouvrir les portes de l'Abbaye aux généraux traîtres à la patrie, aux rebelles de la ville d'Orléans qui ont fait massacrer les députés patriotes-, et aux macbinateurs détenus, dans l'esprit que le peuple s'y porterait pour me mettre en liberté.

Avant d'appartenir à la nation, j'appartenais à la patrie : je me dois au peuple dont je suis l'œil; je vais donc me mettre à couvert des attentats des scélérats soudoyés, pour pouvoir continuer à démasquer les traîtres et à déjouer leurs complots, jusqu'à ce que la nation ait connu b'iirs trames perfides et en ait fait justice.

Déjà quarante-sept départements ont demandé l'expulsion des députés qui ont voté l'appel au peuple et la détention du tyran; les autres sont prêts à émettre le même vœu. Un peu de patience encore, et la nation en fera justice. Je ne veux pas que la Convention soit dissoute; je demande qu'elle soit purgée des traîtres qui s'efforcent de perdre la nation en rétablissant le despotisme.

Ma RAT.

LETTRE A LA CONVENTION

(17 avril 1793)

Sous le coup du décret du 12 avril 1703 qui le renvoyait devant le tribunal révolutionnaire, Marat ne paraissait plus à la Convention. Mais, du fond de sa retraite, il écrivit à l'Assemblée, le 17 avril, une lettre dont la Convention refusa d'entendre la lecture, sous prétexte qu'elle ne portait point de signature. Le lendemain, 18 avril, Marat en adressa une copie signée, mais la Convention refusa encore de l'entendre, et décréta qu'il ne serait donné lecture d'aucune pièce de Marat jusqu'à ce qu'il eût obéi au décret prononcé contre lui. Sur la demande de Marat, la Société des Jacobins, dans sa séance du vendredi 19 avril, résolut de faire imprimer et afficher la lettre que la Convention n'avait pas voulu entendre. En même temps, Marat la publiait dans le numéro 171 du Publiciste de la République française (jeudi 18 avril 1793). Mais, là encore, les deux textes sont fort différents.

Voici, tout d'aboi d, celui qui fut publié par la Société des Jacobins (Lettre de Marat aux Jacobins, Paris, imprimerie patriotique et républicaine, 1793, in-8° de 7 pages) :

A la Convention nationale de France.

Fidèles Représentants du Peuple,

La faction des hommes d'État, cette horde criminelle que j'ai eu la bonhomie de ménager comme simplement égarée, et qui est profondément scélérate; cette horde royaliste qui a voté l'appel au peuple et la réclusion de Louis Capet, pour allumer la guerre civile dans l'espoir de sauver le tyran; cette horde traîtresse, que Dumouriez avoue pour

ses complices; cette borde conspiratrice que j'ai forcée à se déclarer du parti des Capet émigrés rebelles, en la pressant tant de fois de mettre leurs tètes à prix, ce qu'elle a constamment refusé; cette borde déhontée qui me punit lâchement aujourd'hui de ce que je l'ai démasquée et couverte d'opprobre aux yeux de la France entière; cette horde, dis-je, vient de me frapper d'un décret d'accusation. Quoiqu'elle se soit engagée, sur votre demande, à présenter dans les 24 heures l'acte énonciatif des chefs d'accusation qu'elle m'oppose, déjà six jours se sont écoulés sans que cet acte ait été produit : se flatterait-elle donc de tirer l'affaire en longueur, pour m'écarter de la sorte de la tribune, d'où je la foudroyais chaque jour? Espôre-t-elle par ses retards m'excéder d'ennui et de dégoût, épuiser ma patience, exaspérer mon indignation, et me [tousser à des démarches indiscrètes? Attendrait-elle les événements pour supprimer le Tribunal révolutionnaire, me laisser sous l'accusation, et faire croire à la nation que je suis coupable? Ou bien se berce-t-elle du fol espoir que je balancerai un instant à me présenter à mes juges? Qu'elle se détrompe : je paraîtrai devant eux, non comme un criminel, mais comme un homme de bien, indignement ealomnié, et toujours prêt à rendre compte de ses actions, toujours prêt à mettre sa conduite en évidence pour confondre ses lâches délateurs. Je somme donc ici mes atroces ennemis qui composent le comité de législation de ; résenter cet acte dans le jour. Je sens trop combien ils sont embarrassés de le rédiger, de manière à ne pas paraître d'imbéciles calomniateurs ou de perfides faussaires Qu'ils s'en tirent comme ils le pourront, mais qu'ils le présentent sans délai, sous peine d'encourir la vengeance du peuple souverain, car je suis déterminé à m'adresser à lui, pour obtenir enfin justice de tant de rats qui cherchent à me tenir en captivité, afin de pouvoir sans obstacle livrer la France aux années ennemies qui marchent contre nous pour rétablir la royauté.

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Mes chers collègues, quoique sous l'anathème de la horde royaliste, je n'en suis pas moins un fidèle représentant du Peuple, un membre intact de la Convention ; or, en vertu des pouvoirs qui m'ont été délégués pour travailler à une constitution libre et au salut public, je m'oppose formellement à ce qu'aucun article constitutionnel soit décrété avant le retour de nos commissaires patriotes qui ont été envoyés dans les départements. Ma grande raison, c'est que les hommes d'État forment actuellement la majorité de la Convention, et que ce n'est pas à ces complices de Dumouriez, à ces suppôts des Capets rebelles, à ces royalistes gangrenés, à ces traîtres, à ces conspirateurs, à ces contrerévolutionnaires, à donner une constitution à la France libre, aux amis de la Patrie.

C'est par cette raison pareillement que je regarde les décrets d'arrestation et d'accusation lancés contre moi comme des actes de tyrannie. C'est par cette raison encore que je regarde tous les décrets de la Convention, qui n'ont pas été proposés par le parti patriotique, depuis le départ de nos commissaires, comme des actes nuls et de nul effet, à moins qu'ils ne tendent évidemment au bien public : car dans la crise alarmante où nous nous trouvons, le salut du peuple est ma loi suprême.

Et qu'on ne dise pas que je cherche à prêcher la désobéissance aux lois et à dissoudre la Convention ; puisqu'il est évident que je ne veux que réprimer des actes arbitraires et désastreux, que purger le sénat des machinateurs qui le souillent ; car des traîtres et des machinateurs ne peuvent jamais représenter le peuple, ni statuer sur ses droits et ses intérêts.

Que la faction maudite des hommes d'État soit anéantie : la Convention, composée des seuls membres patriotes, n'en sera pas moins la Convention nationale ; les choses n'en iront que mieux ; ils assureront la liberté et sauveront la patrie, en attendant que les traîtres soient remplacés.

Déjà ils commencent à être démasqués dans les dépar-

tements : que les journalistes aristocrates et royalistes des loges de la salle soient expulsés ; que Clavière ae dispose plus de l'inspection des postes, qu'il soit lui-même destitué : bientôt l'opinion sera éclairée dans tous les points de la République, et bientôt les hommes d'État seront partout en horreur.

Mes chers collègues, aujourd'hui l'acte d'accusation, et demain l'insertion de ma lettre au Bulletin : voilà les deux objets que je remets à votre sollicitude patriotique.

Paris, ce 18 avril 1793 '.

Marat, député à la Convention.

Voici maintenant le texte publié par Marat dans Le Publiciste du 18 avril. Tout semblerait indiquer que. si !■■ texte précédant est celui de la seconde lettre de Maral à la Convention (t8 avril), le texte suivant est celui de la première, en date du 17, qui ne portait point de signature.

Lettre de Marat, Vami du peuple, à la Convention

nationale de France.

Fidèles représentants du peuple,

La faction des hommes d'Etat, cette horde criminelle que j'ai eu la faiblesse de ménager comme égarée, el qui est profondément scélérate ; celte horde (pie le traître Dumouriez avoue pour ses complices; celte horde que j'ai forcée à

1. Le texte imprimé par la Société des Jacobins porte la date du 15 avril. L'erreur est évidente. Marat dit lui-même que ce ti est que 1 ls mril qu'il envoya à la Convention une cop e signée de sa lettre; et. d'aulre part, il sulfit de se reporter à ces mots : <• ... déjà six jouis se sont écoulés... » pour replacer cette lettre à sa véritable date.

se déclarer du parti des Capets émigrés et rebelles, en refusant de mettre leurs tètes à prix ; cette horde infâme qui me poursuit aujourd'hui pour me punir de l'avoir couverte d'opprobre aux yeux de la France indignée, m'a frappé d'un décret d'accusation. Dimanche matin, quoiqu'elle se soit engagée, sur votre demande, à présenter dèi le lendemain l'acte énonciatif des chefs d'accusation qu'elle m'oppose, déjà quatre jours se sont écoulés sans que cet acte vous ait été présenté." Se flatterait-elle donc que je balance un instant de paraître devant le tribunal révolutionnaire pour ménager à mes ennemis le prétexte de me faire croire coupable? Qu'elle se détrompe : je paraîtrai non comme un coupable, mais comme un homme probe, calomnié, toujours prêt à rendre compte de ses actions, et à mettre sa conduite en évidence, pour confondre ses lâches délateurs. Je somme donc ici mes atroces ennemis qui composent le comité de législation, de présenter cet acte dans le jour. Je sens trop bien combien ils sont embarrassés de le rédiger, de manière à ne pas paraître de perfides calomniateurs, ou d'imbéciles faussaires. Qu'ils s'en tirent comme ils le pourront ; mais qu'ils accouchent, sous peine de devenir des objets de l'exécration publique, et d'encourir la vengeance du peuple souverain, car je suis déterminé à m'adresser à lui, pour obtenir enfin justice de tant de scélérats qui cherchent à m'-égorger, afin de pouvoir sans obstacle livrer la France aux armées ennemies qui marchent contre nous pour rétablir la royauté, et anéantir la liberté.

Quoique sous l'anathème de la horde royaliste, je n'en suis pas moins un fidèle Représentant du peuple, un membre intact de la Convention; en vertu des pouvoirs qui m'ont été conférés par la nation, de travailler à la constitution et au salut public, je m'oppose formellement à ce qu'aucune discussion soit ouverte sur aucun objet constitutionnel, avant l'arrivée de nos commissaires patriotes qui ont été envoyés dans les départements. Ma grande raison,

c'est que les hommes d'État forment actuellement la majorité de la Convention, e* que ce n'est pas à ces complices de Dnmoiiriez, à ces suppôts des Capets rebelles, à ces royalistes gangrenés, à ces traîtres, à ces conspirateurs, à ces contre-révolutionnaires, qu'il appartient de donner une Constitution à la France libre, aux amis de la patrie.

C'est par cette raison pareillement que je regarde le décret d'accusation lancé contre moi comme un acte de tyrannie, c'est par cette raison encore que je regarde tous les décrets de la Convention, qui n'ont pas été proposés par le parti patriotique, depuis le départ de nos commissaires, comme des actes nuls et de nul effet, à moins qu'ils ne tendent évidemment au bien public.

Et qu'on ne dise pas que je cherche à prêcher la désobéissance aux lois, et à dissoudre la Convention ; je réponds que je ne veux que réprimer des actes désastreux, et purger le sénat des machinateurs qui le souillent ; car des traîtres et des conspirateurs ne peuvent jamais représenter le peuple, ni statuer sur ses droits et ses intérêts.

Que la faction maudite des hommes d'État soit anéantie : la Convention, composée des seuls membres patriotes, n'en sera pas moins la Convention nationale : les choses n'en iront que mieux; ils assureront la liberté, et sauveront la patrie, en attendant que les traîtres soient remplacés.

Déjà ils commencent à être démasqués dans les départements : que les journalistes royaux des loges soient chassés, et que Clavière ne dispose plus des portes; l'opinion publique sera bientôt éclairée dans tous les points de la République, et bientôt ils seront partout en horreur.

Mes chers collègues, je demande l'insertion de ma lettre au bulletin.

LETTRE AUX JACOBINS

(19 avril 1793)

En envoyant à la Société des Jacobins une copie de sa lettre à la Convention, Marat raccompagnait de cette autre lettre, adressée aux Jacobins, et dont la Société ordonna également l'impression et l'affichage.

Frères et amis,

Mes collègues de la Montagne dorment : que font les Jacobins? Attendent-ils que les six millions qui viennent d'être remis par les hommes d'État au conseil exécutif, pour soudoyer des espions et pervertir l'esprit public, aient produit leur effet, avant de demander à grands cris l'acte d'accusation contre l'Ami du Peuple? Apôtre et martyr de la liberté depuis près de quatre ans, je suis encore à trouver quelqu'un qui me tende la main, lorsque je suis renversé sur la brèche en combattant pour le salut du peuple. Mais non , mon espoir ne sera pas trompé. Je me flatte que mes frères les Jacobins vont prendre des mesures efficaces : je leur demande de faire afficher l'incluse; ils en sentiront l'indispensable nécessité. Je leur en éviterais la peine, si je pouvais me montrer.

Salut à mes Frères.

Marat, député à la Convention nationale, et membre de la Société.

De mon souterrain, ce 19 avril 1793.

2b8 LA COKKESPONDANCE DE MARAT

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