‹ La correspondance;Chapitre 97 sur 107 · Original : collection P. Dériard · texte numérisé non relu

Original : collection P. Dériard

LETTRE AU CITOYEN ANGLADE (15 juin 1793)

Dans le numéro 220 du Publiciste de In République française (18 juin 1793) Marat publie une lettre datée de Paris, 15 juin 1703, et dont le signataire, nommé Angl'ade, raconte à Marat qu'ayant présenté, pour le changer, un billet de 25 sols provenant dt- la section des Lombards, l'employé auquel il s'est adressé lui a demandé combien il voulait perdre sur le change. Marat répondit à son correspondant par la lettre suivante, publiée, dans le même numéro, à la suite de la lettre d'Anglade.

Le citoyen Anglade a tort de n'avoir pas nommé le fripon qui lui a fait la proposition de perdre sur le billet qu'il présentait au bureau. Je l'engage à porter plainte à l'administration de la municipalité.

Marat.

LETTRE AUX JACOBINS

(20 juin 1793)

Marat avait eu déjà, à plusieurs reprises, à se défendre contre les reproches qu'on lui adressait de vouloir une dictature populaire. A la suite de nouvelles attaques, il écrivit à la Société des Jacobins la lettre suivante, dont il fut donné

lecture au début de la séance du vendredi 21 juin, et dont la Société ordonna l'impression. Elle fut en effet imprimée en une brochure in-80-de 4 pages, sans date, et sans autre titre que celui-ci : S- ciétê des Amis de la liberté et de l'égalité, séante aux ci-devant Jacobins Saint-Honoré, à Paris.

Frères et amis,

Des intrigants vous en imposent sans doute; du moins ai-je le droit de le penser, et celui de me plaindre hautement aujourd'hui.

J'ai été dénoncé à votre tribune pour avoir demandé un chef; sur votre invitation, je me suis présenté, tout malade que j'étais, pour m'expliquer à ce sujet; j'aurais dû m'attendre, qu'après avoir permis la publicité de l'inculpation, vous auriez le soin de donner la même publicité à ma réponse; la voici mot à mot ; j'espère de votre amour pour la justice, que vous ferez imprimer cette lettre dans son entier.

Citoyens,

Je suis dénoncé pour avoir demandé un chef; c'est un extrême désagrément pour un zélé défenseur de la patrie d'avoir à s'entretenir des mesures de salut public en la présence d'imbéciles qui n'entendent pas le français, ou de fripons qui ne veulent pas l'entendre. Voici le fait qui a donné lieu à cette dénonciation ridicule.

Le 31 mai, à huit heures du soir, je reçus à la Convention nationale des députés de plusieurs sections de Paris, qui me demandaient ce qu'il fallait faire : quoi ! leur répondis-je, vous avez sonné le tocsin toute la nuit, vous avez été en armes tout le jour, et vous ne savez pas ce que vous venez faire ! je n'ai rien à dire à des insensés ; et je les plantai là. Désolé des efforts du peuple, toujours impuissants, lorsqu'ils ne~sont pas dirigés par un conseil éclairé et ferme, je rentrai dans la salle, et, dans l'amer-

tume de mon cœur, je dis à quelques montagnards : IVon, il n'est pas possible que le peuple se sauve, s'il n'a des chefs ! Eh quoi ! s'écrie un homme d'Etal qui in écoulait ; tu demandes un chef ? Animal, repris-je à Vinstant, un chef dans ma bouche n'est pas un maître, personne n'a plus d'horreur d'un maître que moi; mais, dans la crise actuelle, je veux des chefs qui dirigent les opérations du peuple, afin qu'il ne fasse point de fausses démarches, et que ses efforts ne soient pas impuissants ; car, qu'est-ce que cent mille hommes sous les armes depuis vingt-quatre heures, lorsqu'ils n'ont point de chefs pour les diriger? Citoyens, voilà le fait, appréciez-le; et jugez-imi.

Frères et amis, je suis dans mon lit en proie à une maladie inflammatoire, fruit de mes veilles, auxquelles je me suis livré depuis quatre ans pour défendre la liberté, et surtout des tourments que je me suis donnés depuis neuf mois pour abattre la faction des hommes d'État. Si les preuves invariables que j'ai données jusqu'à ce jour, de mon ardent civisme, ne suffisent pas pour garantir la pureté de mon cœur aux amis de la patrie, j'ai eu tort, sans doute, de mètre fait anathème pour la retirer de l'abîme; les dégoûts que j'éprouve sont à leur comble! Communiquez ma lettre à vos affiliés de La Rochelle, peignez-leur l'aristocrate Mussel, mon dénonciateur, et permettez que je respire un instant. C'est trop d'avoir à combattre à la fois la scélératesse des ennemis de la liberté et l'aveuglement de ses amis.

Je vous salue fraternellement.

Marat, député de la Convention.

Paris, ce 20 juin 1793, l'an 2e de la République une et indivisible.

LETTRE A LA CONVENTION ' (21 juin 1793)

Dans la séance de la Convention du 21 juin 1793, Durand- Maillane, secrétaire, donna lecture de cette lettre, ainsi que de celle de Laussel, qui s'y trouvait jointe. Toutes deux furent renvoyées au Comité de sûreté générale.

Citoyens mes collègues,

Une maladie inflammatoire, suite des tourments que je me suis donnés sans relâche depuis quatre années pour défendre la cause de la liberté, m'afflige depuis cinq mois et me retient aujourd'hui dans mon lit. Dans l'impossibilité où je suis de me rendre à la Convention, je vous prie de vous faire donner lecture de l'incluse2. Elle vous

1. Moniteur Universel, séance du 21 Juin 1793; Archives parlementaires, tome LXV1I, p. 44. L'original de la lettre de Marat se trouve à la Bibliothèque publique de Nantes i Manuscrits, n° 661,

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