La corruption
Les Unions de la Paix sociale , ébauchées dès juin 1871, furent le produit d’un élan spontané du patriotisme. Elles réunissent sur le terrain de V observation les hommes pratiques et dévoués que préoccupe le mal social de notre époque. Elles comptent plus sur l’initiative des individus que sur l’influence des gouvernants. Elles ne s’occupent pas des affaires politiques et laissent à leurs membres la plus complète indépendance. Mais chacun comprendra qu’il est du devoir et de l’intérêt de tous de chercher, par l’observation des modèles, les éléments essentiels du bien dans la vie privée; ce sont là, en effet, les plus fermes et les plus solides garanties de la prospérité publique. Les Unions s’appliquent ainsi à substituer la description des faits à l’affirmation des idées préconçues, et à mettre en lumière les conditions indispensables à la stabilité des familles, à la paix des ateliers, à la prospérité morale et matérielle du pays.
Pour faire partie des Unions de la Paix sociale , il faut être présenté par un membre des Unions, ou s’adresser au secrétaire général.
Les membres des Unions reçoivent tous les quinze jours la revue : La Réforme sociale. Ils sont convoqués, chaque hiver, à des réunions locales d’études sociales, et, au mois de mai, à un Congrès général, à Paris.
La cotisation annuelle est de 15 francs.
Secrétariat : rue de Seine, 54, Paris.
Quand une république est corrompue, on ne peut remédier à aucun des maux qui naissent qu’en ôtant la corruption et en rappelant les principes.
Montesquieu.
Esprit des lois, VIII, 12.
« Il arrive très souvent qu’on ordonne aux grands magistrats et aux principaux ministres de danser sur la corde, pour montrer leur habileté et pour faire connaître à l’empereur qu’ils n’ont pas perdu leur talent. Flimnap, le grand trésorier de l’Empire, passe pour avoir l’adresse de faire une cabriole sur la corde au moins un pouce plus haut qu’aucun autre seigneur de l’Empire : je l’ai vu plusieurs fois faire le saut périlleux... Ces divertissements causent souvent des accidents funestes, dont la plupart sont enregistrés dans les archives impériales. J’ai vu moi-même deux ou trois prétendants s’estropier; mais le péril est beaucoup plus grand quand les ministres eux-mêmes reçoivent l’ordre de signaler leur adresse, car, en faisant des efforts extraordinaires pour se surpasser eux-mêmes et pour l’emporter sur les autres, ils font presque toujours des chutes dangereuses. On m’assura qu'un an avant mon arrivée, Flimnap se serait infailliblement cassé la tête en tombant, si l’un des coussins du roi, qui se trouvait par hasard à terre, ne l’eût préservé. »
N'allez pas chercher là d’irrévérencieuses allusions : ceci n’est extrait ni de l’enquête d’un juge d’instruction, ni des colonnes d’une feuille à scandale ; ce n est qu une boutade humoristique de celui que Voltaire appelait e Rabelais de l’Angleterre. La verve satirique de bwitt, dans les Voyages de Gulliver dont le succès fut prodigieux dans tous les rangs de la société anglaise, rai e Lsi, à propos de la cour de LiUiput la servie des ministres et du Parlement, la chute de W alpole en 1/ et le replâtrage qui, grâce à la duchesse de Kendal,
l’avait maintenu au pouvoir.
Dès le siècle précédent, en effet, le scepticisme s est largement propagé en Angleterre en raison des violences et des excès commis au nom de la religion par divers partis. Ses progrès ont été servis par le ta en des lettrés comme par les mauvaises mœurs de la cour. Cette double influence fut plus forte que jamais sous les règnes des deux premiers Georges, quand se répandaient les écrits de Hobbes et Locke, alors que Bolingbroke en importait les idées dans les salons parisiens. La corruption politique se développait d ailleurs avec le régime parlementaire, et elle abaissait étrangement les classes dirigeantes sous le ministère Walpole. Les marchandages éhontés se poursuivaient ouvertement sans soulever de réprobation indignée. Des mœurs honteuses ou une vénalité notoire n’empêchaient pas d exei cer de grandes charges et, chose plus douloureuse, ceux qu’un passé correct semblait devoir garantir s avilissaient jusqu’à partager la responsabilité du pouvoir avec des gens tarés. De la vie publique la contagion envahit peu à peu la vie privée : descendant du haut bas de la société, elle revêt un caractère de grossièreté
répugnante jusque-là sans exemple.
Les Anglais, dit Montesquieu, ne son! plus digne.
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retour aux principes du bien dans la vie privée des classes dirigeantes s’est ainsi effectué individuellement, en quelque sorte, sous 1 impulsion d écrivains éminents. Même aux mauvaises époques, les saines coutumes de la tradition nationale étaient rappelées dans des livres que leur vogue mettait entre toutes les mains. Ecoutez encore Swift et son langage plein d allusions transparentes : « Dans le choix qu on fait des sujets pour 1 emplir les emplois, on a plus d’égard à la probité qu au grand génie. Gomme le gouvernement est nécessaire au genre humain, on croît que la Providence n eut jamais dessein de faire de l’administration des affaires publiques une mission difficile et mystérieuse qui ne pût être i emplie que par un petit nombre d’esprits rares et sublimes tel qu’il en naît au plus deux ou trois dans un siècle ; mais on juge que la vérité, la justice, la tempérance el les autres vertus sont à la portée de tout le monde, el que la pratiq.ue.de ces vertus, accompagnée d’un peu d’expérience et de bonne intention, rend tout homme de bon sens propre au service de son pays. On est persuadé que le défaut des vertus morales est foin de pouvoir être suppléé par les talents supérieurs de 1 esprit ceux-ci rendraient les personnes qui les possèderaien et n’auraient ni bonnes mœurs ni bonne foi, plus dangereuses dans les emplois que ne pourrait lêtie ui ministre ignorant et borné, mais intègre. On pense qu< les erreurs d’un honnête homme ne peuvent être auss funestes au bien public que les pratiques ténébieuseï d’un ministre dont les inclinations seraient corrompues dont les vues seraient criminelles, et qui trouverait dan son esprit de quoi faire le mal impunément . »
Bien d’autres ont continué et agrandi celte propa gande par le livre que le satirique avait commencée