‹ La corruptionChapitre 7 sur 8 · Deutéronome , XI · texte numérisé non relu

Deutéronome , XI

novateurs modérés et de rendre suspects les hommes dévoués au renversement des faux dogmes 1 . »

Quoi ! dira-t-on, mais c’est là un programme vieux de vingt ans! C’est qu’en effet la tâche usera le labeur de plus d’une génération. Comment s’en étonner! La diffusion de l’erreur, quoique favorisée par les mauvais penchants de la nature humaine, a été lente dans sa marche, et c’est la lenteur même de cette invasion qui en a longtemps fait nier les effets mortels. C’est hier seulement qu’elle a atteint la grande masse urbaine ; c'est aujourd’hui qu’elle pénètre dans la grande masse rurale. L’histoire n’offre aucun exemple d’un peuple qui aurait volontairement renoncé aux bienfaits de la religion et à la stabilité de ses institutions nationales ; mais elle nous apprend que les peuples ont toujours perdu ces biens quand ceux qui en avaient la garde ont oublié leurs devoirs et cédé à la corruption des idées et des mœurs, et qu’ils les ont recouvrés après que les exemples du bien avaient été remis en honneur. Il y faut toutefois le concours du temps, afin que le souvenir des maux passés puisse être effacé par une tradition renaissante de vertus privées et de dévouement public.

D’ailleurs, qu’on veuille bien le remarquer, . cette action, ce prosélytisme ne dépendent en aucune sorte d’une entente générale dont il faudrait attendre le signal : tout au contraire, chacun les peut et les doit commencer sans réclamer lè concours des autres. Toute réforme morale, en effet, quand elle ne se borne pas à une vaine apparence, doit être d’abord la règle de la conduite privée et des actes quotidiens; et ce n’est pas à partir de demain, c’est dès aujourd’hui qu’il faut s’y conformer. N’est-ce pas ainsi, par les plus petites causes, partout et sans cesse agissantes, que s’accomplissent

1. F. Le Play, Le Principe et les moyens , du salut , p. 27 (1873).

les grands phénomènes de la nature ? C’est grain à grain pendant de longs siècles qu’au fond des océans se forment lentement les masses qui seront un jour des continents et des montagnes. Il n’y a donc lieu ni de s’effrayer de l’éloignement du but à atteindre, ni de différer à se mettre en marche, puisque l’action peut être immédiate et doit être individuelle avant de devenir générale et puissante.

C’est ainsi que la mémorable réforme morale que nous avons rappelée en commençant ces pages, quoiqu'elle ait trouvé dans les fortes assises de la société anglaise des appuis qui font défaut chez nous, a mis près d’un siècle à s’accomplir, à passer des écrits des penseurs dans les mœurs de la nation entière.

Honneur à nos contemporains qui, au devant des égarés, ont éclairé la route par la lumière de la vérité ! Honneur au plus illustre d’entre eux, à celui qui, substituant l’histoire au pamphlet, a jeté sur nos modernes origines une décisive clarté, en dressant pièce à pièce l’inventaire de l’héritage légué par la Révolution à la France contemporaine. « Les deux hommes, nous disait un jour le grand évêque d’Angers, les deux hommes qui, de notre temps, ont le mieux servi la cause du vrai sont Le Play et M. Taine. » Nous sommes heureux d’unir ici ces deux noms dans un commun hommage.

Honneur aussi à tous ceux qui savent parler à la jeunesse et répondre à ses généreux instincts. Déjà un souffle de printemps a passé, la semence a germé silencieuse, le grain commence à lever, et plus tard, si Dieu le veut, mûrira l’abondante moisson. Les jeunes générations, ou du moins leur élite, échappent aux entraves du matérialisme : dans leurs aspirations encore confuses, ce qui les trouble, c’est le besoin de « l’au-delà », le besoin « d’avoir une âme » ; ce qui les attire et les retiendra, c’est le sentiment du devoir et du dévouement.

Puisse la jeunesse, soucieuse d’activité féconde, entrer nombreuse et vaillante dans ce « parti des Unions »

3 réUnh’ danS Un mê,ïle amour désintéressé dele tous ceux qui veulent arrêter enfin l’erreur et la corruption qui nous dégradent, et ramener la patrie

Dieu etslTi ^ ^ grandeUr et de la liberté> en servant

A. DELAIRE,

Ancien élève de 1 École Polytechnique, Secrétaire général des Unions de la Paix sociale.

POSTSCR1PTUM DE LA 3° ÉDITION (• Janvier 1895.)

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