‹ La corruption fin-de-siècleChapitre 16 sur 39 · LES MÈRES INFAMES · texte numérisé non relu

LES MÈRES INFAMES

I existe malheureusement un assez grand nombre de ces mères criminelles qui trafiquent des charmes de leurs filles et leur servent d'entremetteuses. La femme qui exploite les autres femmes respecte en général sa propre fille, avonsnous dit; mais, par contre, de nombreuses prostituées, lorsque leurs filles ont atteint l'âge de puberté, s'en font les proxénètes. Elles leur enseignent tous les secrets du vice, les manières diverses de plaire aux hommes, les petits procédés cachés à employer pour obliger les vieux paillards à avoir « de la fidélité. » Souvent, dans ce proxénétisme odieux, la mère est la compagne de débauche de sa fille, en attendant qu'elle en devienne la servante.

Oui, voilà où nous en sommes, tant la corruption est grande en cette fin de siècle. Le dévergondage des mœurs est tel, qu'on se croirait retombé en plein paganisme. En voulez-vous la preuve? Elle me sera facile à donner. Je n'ai qu'à ouvrir les Dialogues des Courtisanes, de Lucien de Samosate, l'inimitable auteur grec qui vivait au u' siècle et dont les spirituelles satires nous ont fait connaître à fond la décadence païenne, à l'époque des Àntonins (*). Lucien, dans ses dialogues, nous montre les mères proxénètes de son temps.

(*) Les œuvres complètes de Lucien de Samosate, traduction française par M. Eugène Talbot. professeur au lycée Louis- le- Grand, sont éditées par la librairie Hachette; 2 vol. in-12.

Eh bien, le libertinage contemporain est devenu à un tel point semblable à la dépravation des adorateurs de Jupiter et de Vénus, qu'il suffit de reproduire une ou deux des scènes de Lucien de Samosate, pour avoir un tableau des mœurs de nos jours. Ces descriptions satiriques, s'appliquant au paganisme, semblent avoir été écrites par un auteur moderne, tant elles s'appliquent aussi exactement à notre décadence morale, tant elles sont redevenues aujourd'hui de la plus vivante actualité.

Cela est lamentable à constater, mais c'est ainsi. Qu'on en juge par ces deux extraits :

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