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LES FILLES EN CARTE ET LES INSOUMISES

Il me reste à présent peu ae aetaifs à fournir au lecteur qui m'a suivi jusqu'ici. Nous avons vu le foyer de luxure, le cloaque d'impureté dans toute son horreur. Le public honnête connaît maintenant l'idéal du système officiel : cet idéal, c'est le lupanar, la maison de tolérance; là, la police dite des mœurs règne en souveraine maîtresse. Il est indiscutable que la prostitution légale à huis-clos est le dernier degré de l'ignoble.

Mais, à côté des filles à numéro, inscrites pêle-mêle sur un registre que tient la maîtresse de maison, il y a, ai-je dit, les « filles en carte », celles que l'État autorise à exercer leur infâme métier pour leur compte. On les appelle aussi « filles isolées ».

Nous les étudierons brièvement avec les « insoumises », les prostituées qualifiées de « clandestines ». Leur genre d'existence esta peu près le même, avec cette dilférenceque les unes appaniennent à la police et que les autres se dérobent; mais, sauf quelques menues particularités, leur façon de vivre est identique.

En ce qui concerne les pratiques intimes de la débauche, les filles en caries et les insoumises, sinon toutes, du moins quelques-unes, rééditent ce qui s'apprend dans les lupanars. Il n'y a pas lieu, par conséquent, de revenir sur ces turpitudes. Aussi tout ce qui va suivre sera moins développé.

Les fille, en carte sont les prostituées qui, s'obstinant à vouloir une indépendance relative, refusent absolument d'entrer dans les maisons de tolérance et se mettent dans une chambre garnie, si elles sont dépourvues de toutes ressources, ou dans leurs meubles, si elles en ont les moyens. Ou bien ce sont des filles habiles, sur les écarts desquelles la Préfecture ferme complaisamment les yeux, en récompense des services d'espionnage qu'elles rendent à la police : un perlai inombre de filles isolées, choisies parmi les plus intelligentes des diverses classes, sont tout simplement des « mouchardes » officieuses.

Les prostituées de ces deux espèces sont pourvues d'une carte sur laquelle l'administration inscrit le résultat des visites dites sanitaires; au dos, le plus souvent, figurent les obligations qui sont imposées à ces filles. Il va sans dire que les agents des mœurs se montrent plus ou moins rigoureux pour exiger l'observation de ces règlements particuliers, suivant la générosité pécuniaire de la délinquante, ou suivant l'ordre qu'ils ont reçu de ménager telles et telles filles de cette espèce.

Beaucoup de personnes, qui ont entendu parler des obligations imposées aux .filles soumises, s'imaginent que les prostituées qui racolent sur le trottoir ou qui, de leur fenêtre, appellent ostensiblement le passant, sont des femmes delà catégorie des clandestines; les voyant en contravention formelle avec les règlements, ils ne peuvent supposer qu'elles sont sous la dépendance de la Préfecture de police. Ces bonnes gens se trompent. Les règlements n'existent que pour la forme. Les trois quarts des racoleuses publiques sont des filles en carte, et principalement celles qui font le plus de scandale.

Voici deux spécimens (de Paris et d'une ville de province) de ces canes, qui sont le livret d'infamie de cbs marchandes d'amour patentées :

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