La Corse de 1768 à 1789
Il n'existe encore aucune bibliographie scientifique — c'est-à-dire complète, méthodique, critique — sur la Corse et les choses de Corse. Le Père Lelong a, en 1768, compris la Corse dans sa Bibliographie dont les renseignements sont à cet égard bien incomplets. Un peu plus tard, la très remarquable étude dont l’abbé Rossi a fait précéder ses Osservazioni storiche () passe successivement en revue : 1° les auteurs qui ont parlé de la Corse en général ; 2° ceux qui ont traité une partie de l’histoire corse ; 3° les ouvrages où l’on a été amené indirectement à parler de ja Corse ; 4° les documents imprimés ; 5° les manuscrits. Mais ces renseignements, si complets et si précieux, demeurèrent longtemps inédits et ne purent susciter aucune curiosité. D'autre part, l’exemple donné par Pommereul (Histoire de l’île de Corse, 1779) consacrant les premières pages de son « Discours préliminaire » à signaler les principaux auteurs qui ont avant lui abordé ce sujet, n’a guère été suivi que par Jacobi, — qui termine l'introduction de son Histoire générale de la Corse (1835) par une notice bibliographique
(1) Bulletin de la Soc. des Sc. hist. de la Corse, mars-juillet 1906, p. 5-129.
RTE
(p. L-LxIV) 0, — par Louis Campi — qui analyse, en 1874, dans l'Annuaire du département de la Corse (2), 43 ouvrages d'histoire générale, — par M. Colonna de Cesari-Rocca, — qui a récemment résumé à grands traits l’Evolution de l'historiographie corse (). Quoi qu’il en soit, il serait injuste de méconnaître la valeur pratique des renseignements fournis par le docteur Antoine Mattei, le prince Roland Bonaparte et Charles de Susini, dont les patientes recherches continueront longtemps de rendre aux historiens les plus précieux services. Mettons hors de pair le docteur Antoine Mattei, dont les magnifiques collections, la bibliothèque et les papiers sont conservés à la Bibliothèque municipale de Bastia. De 1877 à 1879, dans une publication mensuelle qui ne fut malheureusement pas continuée, — les Annales de la Corse (1), — il donna une bibl'ographie chronologique des imprimés qui ont trait à la Corse, qui ont été publiés par des Corses ou qui parlent des hommes, des gouvernements et des peuples ayant eu des rapports importants avec la Corse : en tout 2894 numéros, et une pareille liste, encore que répartie sans tables à travers les différents fascicules et d’un maniement difficile, reste fondamentale (5), De même cn pourra relever des erreurs et des omissions dans la liste imposante (126 pages in-4°) qu'a dressée, d’une façon évidemment trop empirique, le prince Roland Bonaparte en 1891 (6), mais la rapidité des recherches est ici compensée par les ressources qu’apportait à l’auteur son incomparable bibliothèque. Quant à Ch. de Susini, il a publié en 1906 (7), suivant un classement chronologique, les extraits
(1) La bibliographie dressée par Jean DE LA Rocca, en 1857, au chapitre 23 (p. 489-492) de La Corse et son avenir (Paris, Plon, in-3°, 500 p.), est une liste de 59 numéros.
(2) Ajaccio, A. F,. Leca, 1874, in-8°, p. 236-263.
(3) Brochure de xxvir pages, Paris, Éolvta. 1916.
(4) Paris, impr. Balitout, puis Clermont-de-l’Oise, A, Daix, 3 vol. in-4°, 192 pages sur 2 colonnes.
(5) Beaucoup d'erreurs de. détail, surtout dans la transcription des titres d'ouvrages anglais,
(6) Une Excursion en Corse, appendice, p. 147-273.
(7) La Corse et les Corses (titre adopté deux ans auparavant par Le Joindre, cf, plus bas p. 127). Opinions et Documents, Paris, Garnier, 1906, in-8°, xx + 626 pages. — M, de Susini annonçait dans ce Vote une Bibliographie générale de la Corse, qu'il n’a jamais publiée,
ANT Sens
les plus caractéristiques des principaux ouvrages publiés sur la Corse : l'index alphabétique contient 155 noms d’auteurs ou indications bibliographiques.
Deux tentatives ont pourtant été faites pour donner à la Corse, tout au moins dans un domaine particulier, cette bibliographie qui lui manque. Se bornant aux sciences géographiques et géologiques, botanique et zoologie, médecine et économie sociale, M. J. Mansion a entrepris « un inventaire de tous les articles, brochures et volumes, imprimés et manuscrits, qui ont contribué à faire connaître l’île de Corse, ses régions, ses paysages, son histoire géologique et biologique, les roches qui forment le pays, les végétaux et les animaux qui le peuplent, les activités humaines qui le transforment (1) », Mais l’auteur ne sut pas délimiter son objet, et les renseignements historiques qu’il a relevés sur ses fiches sont de valeur inégale et présentés avec beaucoup d’inexpérience. On le jugerait peut-être avec plus d’indulgenc? si la Société des Sciences historiques et naturelles de la Corse n'avait interrompu l'impression du manuscrit, ce qui est sans doute, suivant les paroles d’un de ses membres, « une erreur et une faute » @), En attendant cette publication, dont l'intérêt ne semble pas douteux (%), M. J. Busquet, ayant consacré sa thèse de doctorat en droit à la vendetta et à ses manifestations où, d’un siècle à l’autre, il semble que l’âme ardente de la Corse soit enclose (4), a pu nous donner de copieuses indications bibliographiques (65) qui se réfèrent à toutes les périodes de l’histoire corse et aux aspects essentiels du droit insulaire, On consultera ces pages avec fruit, mais il en est qui appellent d'importantes réserves : nous en avons signalé ailleurs quelques-unes
() Bibliographie scientifique de la Corse (des origines à 1910), Bastia, Ollagnier, 1912, in-8°, 144 pages (Bulletin de la Soc. des Sc. hist. et nat. de la Corse, 32° année, n°° 343-345). Inachevée.
(2) Bulletin Soc. des Sc. hist, Corse, 1913, 2° fasc., p. 8.
(3) En appendice à sa Géologie de la Corse (1915), M. D. HOLLANDE a donné une copieuse bibliographie (339 numéros). : ;
(4) Le Droit de la vendetta et les Paci corses (Paris, Pedone, 1920, in-8°, 704 pages).
cr Ce au cours d’une longue étude sur le livre de M. Busquet (1).
En l'absence de véritables répertoires, il faut attendre beaucoup des chroniques et des bulletins qui s’attachent à présenter, à des intervalles plus ou moins réguliers, un dépouillement méthodique des ouvrages et des articles concernant la Corse (2), La Revue des Etudes napoléoniennes a publié en mai 1913 (p. 436-461) un premier bulletin consacré à « la Corse napoléonienne », où nous avons essayé de montrer ce que l'historien pouvait tirer des documents nouvellement édités et ce que valaient, au regard de la critique, les derniers ouvrages publiés. Elargissant ce cadre, qui, en principe, comprend seulement la Corse des deux Napoléons (3), les Annales du Midi nous ont demandé: 1° de présenter, en de brèves analyses critiques, les documents, travaux et ouvrages indépendants paraissant dans le Bulletin de la Société des Sciences historiques de la Corse ( ; 2° de rédiger une « chronique de Corse », où puisse apparaître toute l’activité intellectuelle dont la Corse est le théâtre ou l’objet 6).
Ces renseignements d'ordre général étant donnés, attachons-nous maintenant à la période trentenaire qui fait l’objet de notre étude :
1° Les documents cartographiques ;
2° Les sources ;
3° Les travaux modernes,
(A) Revue de la Corse, n° 10 (juillet-août 1921), p. 100.
(2) Cf. les comptes rendus donnés pe le Bull. de la Soc. des Sc. hist. Corse (depuis 1911 et à intervalles fort irréguliers) et par la Repue de la Corse (depuis sa fondation en 1920).
(3) De 1769 à 1870, c’est-à-dire depuis la naissance de Napoléon 1° jusqu'à l'effondrement du Second Empire. Mais, ainsi que nous le faisions remarquer, « ces dates n'ont rien d’absolu et nous n’entendons pas nous renfermer dans un cadre trop rigide ».
(4) Un premier dépouillement (1911 à 1914) a paru en 1918 (30° année, p. 470-475), Un second (1915 à 1918) date de 1922 (34° année, p. 442-444), Le catalogue dressé par M. Amgrost (Bull. de la Soc. des Se. hist, de la Corse, 1914, 59 p.) devra être rectifié et complété.
(6) Notre première Chronique de Corse a paru en 1921 (33e année, p. 220-235), Elle comprend trois grandes parties : 1° L'organisation du travail scientifique ; 2° Régionalisme corse ; 3° Les études corses hors de Corse.
LES DOCUMENTS CARTOGRAPHIQUES
Jusqu'au commencement du xvirr* siècle, on s'était fort peu occupé de la Corse en Europe. Quelques cartes aux contours grossiers et aux localisations imprécises ne donnaient de l’île qu’une image incertaine, telle cette carte du xvi° siècle, conservée à la Bibliothèque Nationale (), dont l’auteur inconnu s’est plus attaché à nous parler, dans une brève légende, des Corses — homines fortes ad labores et militiam 2) — qu’à reproduire dans sa complexité le cadre naturel où se développaient des genres de vie très particuliers. En 1658 encore (3), la carte de Nicolas Sanson, géographe très estimé que l’on a pu considérer comme le fondateur de l’école cartographique française, manque de rigueur scientifique, encore qu’elle se distingue par une plus grande richesse dans la nomenclature (4), Mais c’est aussi le moment où, en Hollande, vont se multiplier les productions, d’un caractère à la fois scientifique et artistique, qui feront de la cartographie « une véritable industrie natio-
(1) Dépôt des Cartes et Plans. Reproduite par LE GLAay, en frontispice de son Histoire de [a conquête de la Corse par les Français, la Corse pendant la guerre de la succession d'Autriche (Monaco et Paris, 1912) — et par L. VizLaT, Histoire de Corse (3° éd., Paris, Boivin, 1916, en collab. avec CoLONNA DE CESARI-RoGCA), pl. 1V, p. 56.
(2) La figure allégorique de la Corse, peinte à fresque en 1585, dans une des grandes salles de Raphaël, au Vatican, par ordre du pape Sixte-Quint, porte sur le cartouche supérieur cette inscription : Cyrniorum fortia bello pectora (fresque reproduite par le marquis D’ORNANO, La Corse militaire, Paris, Champion, 1904).
(3) C’est la date que porte l’édition de la Bibliothèque Nat. M. l’abbé LETTERON, au cours d’une-causerie sur l’Etang de Biguglia (Bull. de la Soc. des Sciences hist. de la Corse, 33° année, 2° trim. 1913, p. 48), donne. sans référence, la date de 1656.
(4) Cf. E. BourcGegois et L. ANDRÉ, Les sources de l’histoire de France, XVIIe siècle, t. I (Paris. Picard, 1913), p. 20. n° 15. Cf. aussi D' Roranp, Les cartes anciennes de la Franche-Comté, 2° partie, 2° fase, (Besançon, 1921), ch. x1-xu, p. 44-58,
— re nale » (D), On sait quelles luxueuses publications, attrayantes par la beauté et la finesse de la gravure, sont sorties de l’officine des Blaeu : la carte de Corse, extraite du Grand Atlas, de Jean Blaeu (Amsterdam, 1663, in-fol.) est une jolie pièce, élégante, bien orientée, d’un bel effet ; et c’est d’elle que dérive la carte, légèrement postérieure, de Frédéric deWitt @), Un peu plus tard, Pierre Vander imprime à Leyde, sous ce titre : Insula Corsica, novissime et accuratissime adumbrata atque delineata, une carte remarquable par la netteté de la reproduction et l’exactitude des détails. Bientôt apparaissent (1713) les cartes générales et particulières de la mer Méditerranée, par le sieur Henry Michelot, « pilote réal des galères du Roy » : 37 cartes marines coloriées (475 X 360 M4;) ou « l’isle de Corse » occupe le n° 31 G).
Mais il faut attendre la révolte de 1729 et l’émotion grandissante que la guerre pour l'indépendance va pendant quarante années prolonger à travers l’Europe pour enregistrer, à la faveur de l’universelle curiosité, les progrès décisifs. Quand l'intervention armée de Charles VI éveilla partout, de l’Angleterre à la Sardaigne, les jalousies et les convoitises, et quand la France, dans le « secret » d’une diplomatie singulièrement tenace, commença de poursuivre le grand dessein de l’annexion qu’elle devait réaliser en 1768, alors vraiment commence pour nous l'histoire de la cartographie corse. Au moment où se développe, sous la direction et avec l'appui de l'Académie des sciences (4), l’œuvre étudiée à loisir et méthodiquement conduite des Cassini (5), les ingénieurs militaires, procédant à des levés
(1). D' Rozanp, loc, cit, p. 11.
(2) On sait que Frédéric LH Witt, qui, d'abord, travailla comme graveur à Amsterdam et publia quelques cartes pour son compte, fut, après l'incendie de la maison -Blaeu, un des principaux acquéreurs des débris de la catastrophe, -
(3) Au Dépôt des Cartes et Plans du Ministère de la Marine, n° 1029,
(4) LL GarLois, L'Académie des Sciences et les origines de la carte de Cassini (Ann, de Géogr., 15 mai 1909, p. 193-204, et 15 juillet 1909, p. 289-310).
(5) Dans le dépouillement méthodique des cartes de Cassini que possède la Bibliothèque Méjanes, d’Aix-en-Provence (mss 574 R 281) figure p. 233 « la Corse en xiv provinces » (cf. Catalogue des manus-
So de terrains, dessinant les places fortifiées, multipliant les coupes et les plans, ajoutent leurs documents à ceux des cartographes civils pour rectifier et compléter les cartes du passé.
L'isle de Corse, « avec les différents districts, appartenante à la République de Gênes, mais divisée et soulevée depuis plusieurs années », est « donnée au jour par Tobie Conrad Lotter, géographe à Augsbourg » (1), Cette carte se borne à séparer par des couleurs différentes les régions — dont l'opposition est fondamentale dans la géographie, dans l'histoire et dans la vie administrative — de lEn deçà et de l’Au delà, et elle relève, dans une brève légende, que le nombre des hommes en état de porter les armes s’élève à 22.190. D'autre part, c’est probablement à un Allemand, von Wittelieb, qu'est due l'Histoire des Révolutions de l’isle de Corse et de l'élévation de Théodore [* sur le trône de cet Etat, tirée des mémoires tant secrets que publics, dont la première édition date de 1730 : l’édition italienne, publiée à La Haye en 1739, de cet ouvrage généralement exact et bien informé, contient une « Carte particulière de l’Isle de Corse, divisée par ses provinces ou juridictions et fiefs, levée sur les lieux par les ordres de la République de Gênes et corrigée par l’auteur du livre ». Signalons enfin, à cause de sa rareté et de sa valeur, la grande carte (1"20 X 550 %;) manuscrite par laquelle un officier allemand, qui participa à la campagne de 1731, termine une curieuse et très précise relation, encore inédite (2).
Puis c’est, en 1738, l’expédition française, d’abord dirigée par le comte de Boissieux, et bientôt confiée au marquis
crits, par l’abbé d’ALBAxÈS, 1894). Maïs il ne s’agit pas d’un document cartographique : c’est une simple liste, par ordre alphabétique, des noms portés sur la carte de Cassini. D’autre part, le terme de « provinces » est impropre, l’auteur s'étant borné, pour la commodité des renvois, à partager sa carte en 14 carrés.
(1) A la Bibliothèque municipale de Bastia. mt.
(2) Ce manuscrit de 33 feuillets (550 X 310), non numérotés et écrits recto et verso, comporte une série de dessins, croquis et plans : Calvi, Corte, la Bastie, etc. Il appartient à un riche collectionneur des choses de Corse et nous avons pu en faire l’objet d’une étude critique, à paraître dans la Revue de la Corse. :
de Maillebois. Attentif aux soucis de l’actualité, Bernard- Antoine Jaillot, petit-fils du célèbre éditeur-géographe franc-comtois Alexis-Hubert Jaillot 4), géographe ordinaire du Roi, lève sur les lieux, par ordre de la République de Gênes, et met au jour, dès 1738, une Carte particulière de l'Isle de Corse, « divisée par ses dix provinces qu juridictions et ses quatre fiefs », en tout 68 pièves et 116.053 habitants (@), Mais il ne s’agit encore que de compléter ou de rectifier des renseignements empruntés à des cartes antérieures, l’ensemble est extrêmement confus, et le premier travail vraiment original et d'importance décisive est celui auquel le marquis de Maillebois a attaché son nom (#). L'abbé de Germanes (# déclare qu’il n’y a rien à prendre dans les cartes antérieures et il insiste sur la nouveauté et la valeur de la reconnaissance à laquelle fit procéder M. de Maillebois dans un pays « sur lequel les naturels mêmes et les cartes connues de ce tems étaient plutôt dans le cas de lui donner des renseignements faux que des idées exactes » : avec M. de Maillebois apparaît une œuvre « de vérité et de précision ». Le plus grand mérite en revient à M. Bourcet de la Saigne, « ingénieur ordinaire et aide de camp de M. le maréchal de Maillebois » (5) : il lève « sur les lieux » une grande carte manuscrite, d’après laquelle le sieur Robert de Vaugondy (6), « géographe ordinaire du Roy et de S. M. Polonoise, duc de Lorraine et de Bar, de l’Académie royale des Sciences et Belles-Lettres de Nancy », dressera sa Carte nouvelle de l'isle de Corse,
(1) Cf. D' Rozanp, Alexis-Hubert Jaillot, géographe du roi Louis XIV (1632-1712), dans les Mémoires de l'Acad. des Sc. B.-L. et Arts de Besançon, tir. à part, in-8° de 36 p. Besançon, Jacques et Demontrond,
(2) Au Dépôt des Cartes de la Bibl. nat, La partie supérieure a été reproduite par LE GLay, loc. cit., p. 56.
(3) Cf. P, Gnaztani. Maillebois et l'insurrection corse, 1739-1742, thèse de l'Ecole des Chartes (Mâcon, Protat, 1909, in-8°, 130 p.).
(4) Histoire des Révolutions de Corse, t: II (1771), p, 40-41.
(5) Voir aux Archives de la Guerre (mss. n° 1093) un Mémoire de 18 pages « relatif à une carte de l'ile de Corse dressée par M. Bourcet de la Saigne.…, avec une courte dissertation sur la navigation le long de ses côtes et celles de Gênes ».
(6) Gilles-Robert de Vaugondy (1688-1766), petit-fils du célèbre
Rrag ephe Nicolas Sanson, eut pour successeur son fils Didier (1723-
AA TRE d'abord en 1756 (4), puis en 1768, à la veille de l'occupation définitive (2), et encore en 1769 (3).
Car nous avons ici la carte qui servira à la conquête (), et Robert de Vaugondy lui doit le meilleur de sa réputation (6), Est-ce à celte carte que Dumouriez fait allusion lorsqu'il parle dans ses Mémoires (6) de | « excellente »carte de Corse qu’il acheta, en partant de Livourne, en 1764? La chose est vraisemblable, d'autant plus que Dumouriez nous signale l’étude particulière qu’il a faite de la campagne du maréchal de Maillebois en 1739. En tout cas, à mesure que nous approchons de 1768-1769, nous voyons les cartes de Corse se multiplier, témoignage de l'intérêt grandissant qui s'attache aux choses de l’île. On voit paraître en foule des mémoires sur les fortifications, des descriptions historiques et géographiques, des considérations administratives et économiques, des itinéraires de voyage, des tableaux statistiques et dénombrements de la population. L'abbé d’Expilly fait en 1756 le voyage de Calvi à Bastia, par Corte, en prenant la longitude et la latitude des principales villes (9. La cartographie traduit ces progrès scientifiques, elle semble surtout au service des ambitions politiques.
La Corse figure dans une carte générale des îles italiennes dressée en 1762 par Zannoni et éditée à Nuremberg :
(1) Paris, Robert, in-fol. colorié (435 X 575). Collection du prince Roland Bonaparte.
(2) A Paris. chez l’auteur, quai de l’Horloge du Palais, avec privilège (coll. L. Villat). Cette carte de 1768 comporte encore une légende « des camps et attaques en 1739 ».
(3) À Lausanne, chez François Grasset (coll. Ant. Mattei, à la Bibliothèque municipale de Bastia).
(4) Le Journal des opérations de l’armée du Roi en Corse, commencé le 20 juin 1768, au moment de l’embarquement de la division commandée par M. de Grandmaison, maréchal de camp (manuscrit ae 136 pages, aux Archives de la Guerre, mss 248), est accompagné d’une carte gravée de l’île de Corse par Robert DE VAUGONDY. :
(5) Les instructions confidentielles données par le comte de Saint- Germain, secrétaire d'Etat ayant le Département de la Guerre, aux supérieurs des Ecoles royales militaires prescrivent l’usage du petit atlas portatif de Robert de Vaugondy, Cf. CHUuQUET, la Jeunesse de Napoléon, t. I (Brienne, 1897), p. 89.
(6) Ed: Barrière (F. Didot, 1862), p. 43.
(D Cf. le Journal de l’abbé D’ExriLzy, Calvi, 6 déc. 1756, 20 pages (Archives du Ministère de la Guerre, mss n° 1098).
cas FO ae
Regni di Sicilia e Sardegna, colle ad jacenti isole di Corsica, Elba, Malta, etc. (au 1/1.800.000°). La Bibliothèque municipale de Bastia possède une intéressante pièce d’inspiration paoliste, datée de 1764 : la Corsica, dedicata all Eccell. loro signori generale e presidente del supremo magistrato corso, Peu de noms : le Niolo se détache seul dans un encadrement particulier comme étant peut-être la partie inconnue et redoutable, le réduit inaccessible de la résistance nationale. Quant aux Génois, ils font d’abord publier par Santini, à Venise, la carte exécutée précédemment par Jaillot (sans date) (4), puis ils chargent le capitaine du génie Dominique Policardi de graver une carte nouvelle : la carta dell’isola di Corsica, publiée en 1769, à 1 ligne pour 178 toises environ, est dédiée à Joseph Boyer de Fonscolombe, envoyé extraordinaire de la Sérénissime République (2). C’est un grand in-folio et l’état joint, sous forme de légende, porte à 34.735 le nombre des hommes de 17 à 60 ans, c’està-dire en état de porter les armes (les moines et les prêtres n'étant vraisemblablement pas compris dans ce chiffre). Ce qui vient d'Angleterre est ici particulièrement instructif, en raison des efforts par où cette puissance tente de mettre à profit les intrigues sardes et autrichiennes pour s'implanter dans l’île, en attendant de réserver à Paoli un accueil triomphal. Jacques Boswell, écuyer d’'Edimbourg, le célèbre ami et biographe du docteur Samuel Johnson, fait, en 1765, un voyage en Corse dont il publie la relation à Glasgow en 1764, illustrated with a new and accurate map of Corsico. Cette « nouvelle carte, très exacte, de l’isle de Corse » se retrouve dans les différentes traductions par où s’atteste, dès 1769, le succès de l'ouvrage en Hollande, en France et en Italie. Une carte spéciale est due à Thomas Jefferys, géographe du roi d'Angleterre : The island and Kingdom of Corsica, by Thomas Jefferys, geographer to the King, 1769. To Pascal Paoli, General of the Corsicans,
(1) Renseignement communiqué par M. GrRazranti, archiviste de la Corse.
(2) A la Bibliothèque municipale de Bastia.
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this map is most respectfully inscribed by Thomas Jefferys. Mais ce n’est qu'une copie de l'italien et, dominant les indications en anglais, le titre même de la carte — « Isle de Corse » — prouve à'‘lui seul combien la forme française, traduction progressive d’un état de fait, tendait à être exclusivement adoptée.
C’est en France, en effet, — et tout naturellement — en ces années où la Corse est à l’ordre du jour, qu’il convient d’en chercher les représentations les plus nombreuses et les plus typiques. Citons pour mémoire, parce que dressée à une trop petite échelle et contenant trop peu d’indications, la carte de Brion, qui se borne à signaler la division bipartite en « pièves en deçà des Monts » et « pièves au delà des Monts ». Elle date de 1766, « à Paris, chez Desnos, ingénieur pour les Globes et Sphères, rue Saint-Jacques, au Globe », et contient « les Isles de Sardaigne et de Corse, divisées par provinces, tant civiles qu’ecclésiastiques, suivant les connaissances les plus récentes, par le sieur Brion, ingénieur-géographe du roi » (1), De la même époque, sans doute — l'île, est-il dit dans la légende, est située « au midi de :a République de Gênes, à qui elle appartient » — date la « Carte particulière de l'Isle de Corse, divisée en ses provinces avec ses différens (sic) pièves, dressée d’après les meilleurs auteurs et assujettie aux observations astronomiques de MM. de l’Académie des Sciences, par le sieur Pruvost, I[ngénieur] G{éographe], a Paris, chez Daumont, rue Saint-Martin » @). k
Mais les événemerts se précipitent et les libraires de 1768 sont assaillis de demandes relatives à l’île qu’un traité vient de céder à la France et où les troupes françaises se heurtent
(1) Cf. la « Nouvelle carte de France, divisée en ses 40 gouvernements généraux, y compris celui de l’isle de Corse, avec les principales routes du royaume, par M. BrioN, ingénieur-géographe du Roy. A Paris, chez Esnauts et Rapilly, rue Saint-Jacques, à la Ville de Coutances, 1779 ». À cette date, on croit encore à l’existence d’un lac, situé entre Vico et Corte, d’où s’écouleraient, vers des directions opposées, le Tavignano et le Liamone. ;
(2) A la Bibliothèque municipale de Bastia.