‹ La Corse de 1768 à 1789Chapitre 27 sur 63 · COLLECTIONS CORSES · texte numérisé non relu

COLLECTIONS CORSES

Dès 1877, le docteur Ant. Mattei ) essayait de dresser la liste des collections d’origine corse alors constituées ou en voie de constitution dans l’île ou en dehors de l'ile. « Deux collectionneurs d’Ajaccio, MM. Louis Campi (4 et Lanzi jeune, commencent, le premier surtout, à réunir de nombreux et intéressants documents. Quelques familles en possèdent aussi d’isolées, telles sont celles de Peraldi, Arman, Baciocchi, Bertora, Cerati, Cunéo, Guérin, Marchi, Pozzo di Borgo, Rocca (Jean de la), Susini, Nicoli., A Bastia…., la plus importante (collection privée) est celle de la famille Gregori... ; le commissaire de marine, M. Cervoni, a aussi une collection qui mérite d’être signalée, et l’avoué, M. Vincentelli, commence à réunir de nombreux documents. Une

(1) Arch. des Missions, 3° série, II (1875), 147-281, Bull. du Comité hist. et philol., 1889, 4-57, 202-205 ; tbid., 1891, 52-68 (Les évêques de la Corte

(2) N° 1332, Cf. RexauDeT, Les Sources de l'histoire de France aux Archives d'Etat de Florence, des guerres d'Italie à la Révolution (1494- 1789). Thèse compl., Paris, Champion, 1916.

(3) Annales de la Corse, 1877, p. 10.

(4) M. Campi a laissé en mourant sa très importante collection à la Bibliothèque municipale d'Ajaccio,

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collection assez nombreuse, qui avait été faite par le commandant Laurent, paraît avoir été incendiée, Plusieurs familles de Bastia possèdent isolément des documents importants : telles sont les familles Arena, Arrighi, Carbuccia, Cristofini, Farinole, Galeazzini, Luri, Massei, Milanta, Viale. L'ancien bibliothécaire, M. Philippe de Caraffa, l'homme qui a le plus étudié l’histoire de la Corse, mais qui n’a pas laissé de travaux d'ensemble, a légué ses manuscrits à M. Guelfucci, qui possédait déjà les documents de son homonyme et sans doute parent, lequel avait été le secrétaire de P. Paoli. Il faut espérer que ces documents, loin d’être perdus, seront bientôt utilisés pour l’histoire de la Corse. — Dans le restant de l’île, on trouve aussi des documents réunis chez quelques familles. Ainsi, dans ma maison de Cagnano, où il y a eu sept notaires depuis le xvi° siècle, nous conservons des registres très curieux que j'analyserai plus tard. À l'Ile Rousse, M. Jean Piccioni avait commencé une collection, La famille Quenza, à Porto- Vecchio, et M. Grassi (Alexandre), à Cervione, possèdent aussi quelques documents... (1), — Paris offre aussi quelques collections particulières. Aïnsi, en dehors de la mienne, il en est fait une par les frères Alfonsi. L'avocat Patorni, Antonetti, sous-gouverneur de la Banque, et l'abbé Luiggi avaient réuni aussi plusieurs documents sur la Corse ; mais, comme ces trois compatriotes sont morts, je ne sais pas ce que sont devenus leurs documents. L'abbé Galletti, qui a écrit une histoire illustrée de la Corse, ne peut pas habiter Paris sans profiter des occasions qui se présentent à lui pour ramasser les documents qui lui tombent sous la main. M. Graziani, chef de cabinet au Ministère de l’Instruction publique, commence aussi à collectionner » @).

(1) Il faut ajouter la famille Morati de Gentile, à Saint-Florent.

(2) Une note manuscrite du D' MaTTet (sur l’exemplaire des Annales de la Corse de la Bibliothèque de Bastia) signale, à la date du 29 juillet 1878, sa conversation avec M. Antoine-Marie Pietri, de Sartène, ancien consul général de France au Caire, qui, en sa qualité de neveu et héritier de l’ancien préfet de Golo, possède de nombreux documents

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Il est bien difficile de savoir ce que sont devenues les collections particulières signalées par le D' Ant. Mattei et quelles sont celles qui se sont constituées en Corse depuis cette époque. En 1891, dans les Archives de l'Histoire de France (p. 510), MM. Langlois et Stein rappellent les noms des familles Pozzo di Borgo, de Morati de Saint-Florent, Peraldi, Cuneo d’Ornano, et ils y ajoutent les familles Tartaroli, Abbatucci et Recco (1), Une pareille liste peut être difficilement tenue à jour, en raison du hasard des successions ou des trouvailles. Signalons surtout une centaine de lettres de Paoli, écrites d'Angleterre et faisant partie de la collection Malaspina : nous les avons dépouillées chez M. A. Ambrosi, qui doit en assurer la publication prochaine (2),

D'autre part, beaucoup de pièces inédites n’ont pas la valeur documentaire qu’on serait en droit de leur supposer. Ainsi en est-il des Mémoires de Massesi, le chancelier de Paoli, qui fut, sous la domination française, membre du Conseil Supérieur. Le registre manuscrit (qui est actuellement entre les mains de l’abbé Lazarini, d'Ersa, héritier de Massesi) se présente comme la suite d’un « registre de famille » tenu par André, frère de Joseph-Marie. Il renferme surtout des renseignements sur les affaires privées. Aucune indication sur la brouille de Massesi avec Paoli, pas la moindre allusion à Ponte-Novo ; quelques mots sur la mort de son fils Mathieu, emprisonné à Corte pour intelligence avec les Français et mort au château de cette ville ; de longs détails

inédits sur Théodore, sur les couvents de Corse, deux volumes de lettres de P, Paoli, des manuscrits concernant différents personnages de la fin du xvui* siècle ; un plus grand nombre de documents existait encore chez lui ; mais, ayant été donnés en communication à l’historien GREGORI, ils n'ont pas été rendus.

(A) Cf, L. Viccar, La Corse napoléonienne (Bulletin hist.) dans la Revue des Etudes napoléontennes, mai 1913, p. 417,

(2) Cette publication comprendra également des pièces relatives à Paoli, telles que les curieuses Observations écrites en 1773 à Me de l'Hôpital par le R, P, BETTINELLI, jésuite (coll. Savelli) : Paoli déclare qu’ «il n'a jamais été le maître en Corse », ayant toujours eu « des jaloux de sa gloire et de son autorité » et qu’ « il n’a jamais passé un jour heureux en Corse »,

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sur la nomination de Joseph-Marie Massesi au « Conseil Supérieur du roi pour les affaires de Corse » (),

Nous avons pu, de notre côté, constituer une collection assez importante, dont les premiers éléments — et les plus précieux — nous ont été fournis par les pièces que notre beau-père, M. Christophe Ambrosi, ancien percepteur en Corse, possédait, sans en soupçonner toute la valeur, dans ses papiers de famille @). Il s’agit, selon toute vraisemblance, de papiers ayant appartenu à la famille Bonaparte, puisqu'ils proviennent, à n’en pas douter, de ce Braccini qui fut intime avec les Bonaparte et dont une descendante entra par son mariage dans la famille Ambrosi. Que sont devenus les papiers que Braccini avait mis à l'abri lorsque la maison Bonaparte fut, en 1793, saccagée par les Paolistes ? 6), Grâce aux démarches de M. Biagi et à l’obligeance de M. Orenga, M. Frédéric Masson réussissait, en 1894, à en retrouver quelques rares pièces chez le neveu et l'héritier de Braccini, M. Sylvestre Frasseto (#). Dossier assez maigre : évidemment « Braccini avait, peu de temps peut-être avant sa mort, disposé des lettres autographes et des documents les plus précieux » (5), Ce sont quelques-uns de ces documents et quelques-unes de ces lettres qui sont aujourd’hui entre nos mains. Il n’est pas sûr que ce soit les plus précieux, surtout en ce qui concerne Napoléon et sa famille (6), mais leur intérêt est considérable pour l’his-

(1) Renseignements communiqués par M. Paul ArniGni.

(2) Ajoutons que, pendant longtemps, il ignora jusqu’à leur existence même. Il fallut les hasards d’un déménagement — de Saint-Florent à Cervione — dans l’hiver de 1917-1918 pour retrouver, et probablement sauver d’une perte certaine, ces liasses jaunies, parfois moisies ou déchiquetées par les rats.

(3) T. Nasica (Mémoires sur l'enfance et la jeunesse de Napoléon, p. 71, 76...) a eu communication de quelques-uns de ces papiers.

(4) Ce sont probablement ceux que BLANQUI signalait en 1838,

(5) F. Masson et G. BraGr, Napoléon inconnu, papiers inédits (1786- 1793, 2 vol. in-8°, Paris, Ollendorff, t. 1 (1895). Introd., p, xVn-xvin.

(6) Dans la caisse examinée et vérifiée en 1894 sur la prière de M. Frédéric Masson. M. Sylvestre FRASSETO aurait depuis lors retrouvé et inventorié de nouveaux documents authentiques en 1902 d’abord, puis en avril 1921 (d’après une lettre de M. MarcaGar à M. Ch. CHASSÉ, reproduite par ce dernier dans la Revue de la Semaine du 30 déc. 1921, p. 522, Où est né Napoléon ?).

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