‹ La Corse de 1768 à 1789Chapitre 42 sur 63 · ANT · texte numérisé non relu

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« sagace » (1), il rend pleine justice à Voltaire. Au reste, il manifeste partout cet esprit « anticlérical » dont il donnera la mesure quand il sera chargé, préfet d’Indre-et- Loire sous le Consulat, d'appliquer le Concordat. Il y a beaucoup à prendre dans ses deux volumes, appuyés sur une documentation très sûre et où ont d’ailleurs abondamment puisé ceux-là mêmes qui les avaient le plus critiqués C2), Le tome I contient : 1° un Discours préliminaire (p. 1-48), où il expose la valeur des historiens qui l’ont précédé, la nature des obstacles à la régénération de la Corse (le port des armes et les moines) et les principales réformes économiques, morales et sociales qu’il convient d’entreprendre ; 2° une Description abrégée de l’isie de Corse (p. 51-102) ; 3° l'Histoire de l’isle de Corse jusqu’à 1753, à pagination spéciale (p. 1-279). Dans le tome IE (347 p.), 128 pages achèvent l'exposé historique jusqu’à l’annexion. Le reste du volume est consacré (comme l'avait fait l’abbé de Germanes) à des études variées : milice corse, clergé, finances, précis des anciennes lois de la Corse, gouvernement civil de la Corse sous le gouvernement de Pascal Paoli, Consulte générale, administration actuelle de la justice en Corse..., quel gouvernement convient le mieux aux Corses ? de Pascal Paoli, conquête de la Corse par les Français (campagnes de 1768 et 1769) (3),

‘ Quelques annéés après le séjour de Pommereul en Corse, l'abbé Gaudin, vicaire général de Nebbio, de l’Académie de Lyon, exprime sur l'avenir de ce pays des idées non moins

() Cauquer, L'Affaire Abbatucci, p, 104. Le général Canonge trouve dans son livre le plus complet des récits parus sur Ponte-Novo.

(2) Cf, G. Courrier (L'Histoire de Pommereul dans la Revue de la Corse, nov.-déc, 1922, p. 161-166; janv.-fév., 1923, p. 8-11 ; marsavril 1923, p. 50-54, et mai-juin 1923, p, 78-83. Hapheile l'opinion qui atiribue à l'abbé RaAyNaz l'ouvrage de POMMEREUL, mais na pas eu l’idée de se reporter au chapitre que RAYNAL a consacré à la Corse dans son Hist, des querres (Bibl. nat., mss 6433, f°* 137-164 ; cf. plus haut, p. 47). D'autre part, il semble croire que l'ouvrage, publié en 1779, n'a été composé qu'à cette date.

(3) Son étude sur la Corse lui valut de collaborer à l'Encyclopédie, dont la seconde édition (Lausanne, Berne, 1778-1780) donna un extrait de son livre, et au Dictionnaire Universel des Sciences, de RoBiNer (1780), qui publia de lui une étude sur Théodore et un très long extrait de son livre sur la Corse,

réconfortantes (1), Il publie en 1787 (Paris, Lefèvre, in-8°, xxx1 + 263 p.) un Voyage en Corse et Vues politiques sur l'amélioration de cette Isle, suivi de quelques pièces relatives à la Corse et de plusieurs anecdotes sur le caractère et les vertus de ses habitants : 1° vues politiques (p. 1-112), 9 chapitres sur la colonisation de l’île, l’assainissement de la plaine orientale, les marchés intérieurs et les voies de communication, les productions, l'établissement d’une Académie, ete ; — 2° voyage au Niolo (p. 113-178), en prose et en vers, dans le goût de La Chapelle et Bachaumont ; — 3° divers morceaux (description de la danse appelée la moresque, anecdotes tirées de Germanes, etc.

Tous ces auteurs donnent une note uniformément favorable : ce ne sont que perspectives séduisantes et tableaux enchanteurs. Voici qui est d’un ton plus àpre.

Napoléon Bonaparte (@) fut pendant toute sa jeunesse animé contre la France de sentiments violemment hostiles et son « patriotisme corse » () se révèle dans toutes ses œuvres de jeunesse (4), On retrouvera ces différentes pièces (6 empruntées au fonds Libri et 1 déjà éditée) dans le recueil de F. Masson et Guido Biagi, Napoléon inconnu, papiers inédits (1786-1793), 2 vol. in-8° (4° éd., 1895), de xxx + 515 et 537 p., où les manuscrits sont encadrés par des notes destinées à les relier, à les expliquer et à les commenter.

— Un fragment sur la Corse (26 avril 1786), écrit à l’occasion ‘du 61° anniversaire de la naissance de Paoli, contre la théorie de la légitimité génoise (1, 141-144) (5).

(1) L. VizaT, Etude critique sur le Voyage en Corse de l'abbé Gaudin (à paraître dans la Revue de la Corse). j

(2) G. Davois, Les Bonaparte littérateurs, essai bibliographique, Paris, 1909, in-8°, 71 p.

(3) Le mot est de M. A. CHUQUET, la Jeunesse de Napoléon, t. IT, La Révolution, p. 33-62 (parues d’abord dans Cosmopolis (IX, 768-779 et X, 146-160), sous le titre : Le patriotisme corse du lieutenant Nap. Bonaparte. / ; c ; ;

(4) Quelques-unes sont résumées dans le Napoléon raconté par luiméme (2 vol., 1912, Mercure de France). Cf. Jules d’Aurrac, Napoléon raconté par lui-même (Paris, Chéron, 1921, in-8°, x1v-497 p.). :

(5) Cest le plus ancien fragment que l’on rencontre dans les papiers de Napoléon.

__ Note du 27 nov. (1787), I, 184. (« Aujourd’hui, membres d'une puissante monarchie, nous ne ressentons de son gouvernement que les vices de sa constitution. »)

— Lettre (à du Teil, 1789 ?), sur l’exploitation des bois de Corse (que leur qualité « excellente » recommande aux officiers attachés à la direction de Provence) (1, 279-280).

— Nouvelle corse (II, 75-83).

—— Lettre à Giubega, greffier en chef des Etats de Corse (I, 84-86). C’est là que se trouve le fameux passage de la Corse courbée « sous le triple joug du militaire, du robin, du financier »,

— 3 lettres sur la Corse à l’abbé Raynal (II, 127-179) (1),

A ces pièces s’ajoutent :

— Lettre à Matteo Buttafoco (23 janv. an II), éditée à Dole, chez Joly. Violente diatribe contre son compatriote, qu'il accuse, dans la langue emphatique de l’époque, d’avoir porté les armes contre sa patrie et de l’avoir livrée aux Français (2).

— Las Cases, Mémorial de Sainte-Hélène. Cf, édition de 1823, t. III, p. 405-410 (3),

— Bonaparte (Joseph), roi d’Espagne, Mémoires. (éd. ‘du Casse, 10 vol. in-8°, Paris, 1853-1854). De brèves indications sur son enfance corse et sur sa famille,

— Bonaparte (Lucien), prince ide Canino, Mémoire (1775-1840), éd. par Th. lung, d’après les papiers déposés aux Arch, étr. et d’autres documents inédits (Paris, Charpentier, 3 vol. in-8°, 1882-1883. Note les souvenirs amers laissés par la conquête et signale quelques « exploits » des « agents de la tyrannie ».

— De R*"(comte de Roman), Souvenirs d'un officier royaliste. (Paris, Egron, 1824-1829). A séjourné quatre ans dans l'ile (1787- 1790) au début de sa carrière militaire (lieutenant d'artillerie), « à un âge où rien n'arrête l'élan de la curiosité ». Nous a laissé des observations curieuses : 1° sur les mœurs des Corses et sur ses voyages à travers l’île (liv. IT, au t. I, p. 73-157) ; 2° sur la «fermentation » dont il a été le témoin, au retour d’un voyage en

(4) C’est la forme sous laquelle nous connaissons cette Histoire de Corse, que Napoléon présenta en 1791 au libraire Daclin, de Besançon. Cf. D' Lepoux, Le lieutenant Bonaparte à Besançon en 1791 (Besançon, Jacquin, 1901, in-8°, 12 p.), extrait des Mémoires de l’Acad, de Besançon, 1900, p. 272-288,

(2) Cf. J, Feuvrier, Napoléon Bonaparte à Dole (Correspondance archéol. et hist., 1911, tir. à part, Champion, in-8°, 14 p.) ; — J. Farut PRISE de Bonaparte (Franche-Comté Monts-Jura, mai 1921, p. -169).

(3) Cf. D' ANroNMaRGu’, Les derniers moments de Napoléon (Paris, 1825, 2 vol. in-8°), T, I, p, 129-134.

Italie : les Etats-Généraux (liv, VI, au t. I, p. 13), l'affaire du rég" du Maine (1, VII, ibid., p. 39-72), l'assimilation (VIIL, ibid., 73-74), et le retour à la tranquillité (ibid., 98-99), Très prolixe. Connaît l’abbé Gaudin, dont il cite un fragment (1. I, t. L, p- 86). Royaliste exalté, parle de Napoléon Bonaparte (à qui il donne à diner au moment de son congé de semestre de 1788 et dont il blâme le rôle dans l'insurrection bastiaise de 1789) sur un ton uniformément acerbe et haineux.

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