‹ La Corse et la Sardigne [electronic resource]Chapitre 101 sur 102 · PRODUITS. — COMMERCE · texte numérisé non relu

PRODUITS. — COMMERCE

trouvent en pUr grande abondance. L'huile en est très-bonne, mais sert surtout à la consommation du pays; on l'exporte peu jusqu'à présent.

Les côtes de la Sardaigne sont très-poissonneuses. On prend des sardines, des ancho s, mais surtout du thon. La pêche de ce dernier poisson est très-productive. Les thons viennent de l'Atlantique et passent le détroit de Gibraltar en grand nombre au mois d'avril. Ils suivent les côtes de l'Espagne et de la France, descendent le long de la côte occidentale de la Corse, et arrivés au détroit de Bonifacio se divisent en deux troupes. L'une traverse le détroit, l'autre descend la côte occidentale de la Sardaigne. De nombreuses stations de pêche l'attendent à Saline, à Flumentargiu, à Porto-Paglia, à Porto-Scus, et surtout aux îles de San-Pietro et de San Antiocho.

Cette pêche se fait sur une grande échelle, plutôt par des continentaux que par les Sardes eux-mêmes. Les frais sont très-grands, mais les profits sont considérables. Il faut une centaine de mille francs au moins pour établir une « tonnara » , et les frais de la saison ne montent pas à moins ; mais aussi les gains sont souvent de plus de 100,000 fr. Les thons sont de très-gros poissons qui pèsent de 50 à 150 kilogrammes, et sont très -puissants, de sorte qu'il faut des filets très-forts pour les contenir.

Ces filets sont arrangés de manière à former de grandes chambres ou parcs. Les poissons y entrent en troupe d'eux-mêmes, en suivant leur route le long de la côte. Quand ils sont entrés, on ferme l'ouverture, et les pêcheurs, dans leurs barques, les assom-

ment, les luent, à coups de harpon, rougissant la mer de leur sang. La chair est salée et exportée dans toute la Méditerranée. Les frais annuels de la pôche comprennent le loyer de la tonnara, les gages des pêcheurs et des marins, le sel pour la salaison, les barriques, et la réparation des filets. Ce sont presque toujours des compagnies continentales qui organisent et exploitent ces pêcheries. La scène est très-animée et intéressante, aussi cela vaut-il presque la peine d'aller en Sardaigne pour assister à la pêche des thons, dans la première semaine du mois de mai.

On pèche du bon corail, en abondance, sur les côtes occidentales et sud de la Sardaigne; et surtout dans les environs d'Alghero, entre les mois de mars et d'octobre. Cette branche d'industrie nationale est aussi abandonnée par les Sardes aux continentaux, et surtout aux Génois et aux Napolitains. Ces derniers envoyent tous les ans deux à trois cents barques qui payent un droit de douane minime, et quelques droits d'ancrage.

Chaque felucca ou barque obtient, d'habitude, pour à peu près 7,000 francs de corail à raison de 1 fr. SO le kilog. On le travaille à Gênes, à Naples, à Livourne, à Marseille, pour en faire des colliers, des bracelets, des pendants d'oreilles et d'autres ornements.

On trouve aussi sur les côtes, dans les baies peu profondes, telles que celles de Porto Conte et de Liscia, un coquillage de Pinna nobilis, qui contient des perles de qualité inférieure. Cette coquille est attachée au rocher par un chevelu soyeux, lebissus

CONCLUSIOiNS ANALOGIQUES. '-^'j' des anciens, qui a plus de valeur que les perles, tes filaments sont d'un brun luisant, de 20 centimètres de long, et se tissent facilement pour gants et bas, et autres vêtements.

Ce voyage très-intéressant dans la Sardaigne, confirma les conclusions auxquelles j'étais déjà arrivé en étudiant la végétation d'autres îles et d'autres régions du bassin méditerranéen. Dans toute la Méditerranée, même dans les îles et sur les côtes de l'Afrique, les vents du Nord, en biver, ne perdent pas leur caractère spécial dans les régions qui ne sont pas protégées par des montagnes se dirigeant de l'ouest k l'est. Us restent froids, moins froids que sur le continent, car le contact avec les eaux tièdes de la Méditerranée élève leur température, mais assez froids pour imprimer à la végétation les caractères de l'hiver. Ainsi, cinq jours après mon départ de Cagiiari, le 8 mars, je trouvai à Tunis, à dix kilomètres de la mer, près du Bardo ou palais d'été du Bey de Tunis, un grand verger de noyers sans une feuille! Quand, toutefois, la protection est donnée par des montagnes dirigées ouest et est, comme à Milis, en Sardaigne, où sont les vergers d'orangers, ou même par de grands murs de 8 à 10 mètres de haut, comme dans les jardins de Malte, la chaleur du soleil est si grande qu'elle modifie puissamment la végétation même en hiver, et la rend presque tropicale.

C'est à la protection que donnent à la partie la plus abritée de la rivière de Gênes (de Nice à Saint-Remo) les montagnes élevées des Alpes maritimes qu'est dû le climat exceptionnellement doux

2o2 LA SARDAIGNE.

de l'hiver dans cette région. C'est grâce à celte protection que nous voyons des forêts de citronniers couvrir les flancs de la niontagne à Menton, sans aucune protection, pas même un mur, ce qui ne se ' voit pas même en Sicile.

L'étude climatologique de la Sardaigne prouve, encore une fois, qu'une protection parfaite contre les vents du Nord dans la Méditerranée équivaut à plusieurs degrés de latitude, et qu'en descendant même jusqu'à la côte de l'Afrique on n'arrive pas à un climat d'hiver plus doux que celui des régions les plus abritées du golfe de Gênes, sur le littoral nord de la grande mer intérieure.

L'étude des belles cartes panoramiques, que m'a faites M. Erhard pour cet ou rage, rendra facile l'intelligence de ces données.

■ Celle du golfe de Gênes est le n bel idéal » de la protection contre les vents du Nord. Les Alpes maritimes, descendant au sud-est et au sud-ouest, protègent plus complètement contre le Nord que dans aucune autre région le littoral nord de la Méditerranée.

Page 1