‹ La Corse et la Sardigne [electronic resource]Chapitre 31 sur 102 · BASTIA. — CAP CORSE · texte numérisé non relu

BASTIA. — CAP CORSE

vement commercial assez considérable ; un grand nombre de navires entrent dans son port, et ses habitants montrent plus d'activité, plus d'esprit d'entreprise que ceux d'aucune autre partie de File. Ce faiû s'explique par la proximité de l'Italie, avec laquelle Bastia a toujours entretenu des relations très-suivies, et aussi par le fait qu'elle est le port des plaines fertiles de la partie orientale de la Corse. Ajaccio a peu de commerce, et n'est le port naturel que de deux ou trois des profondes vallées qui sillonnent la côte occidentale, vallées comprises entre les éperons granitiques qui, partant des hautes montagnes, vont se plonger dans la mer. Bastia restera donc toujours le principal port commercial, et Ajaccio, bien qu'elle soit le centre du gouvernement , la capitale en quelque sorte, devra toujours occuper un rang secondaire.

Il y a une route qui longe le cap Corse, au bord de la mer. Cette route [est très-belle, tout à fait ravissante. D'un côté la bleue Méditerranée, de l'autre la montagne dont les pentes douces sont couvertes d'oliviers. De temps en temps, à quelques kilomètres de]distance l'un de l'autre, s'ouvrent de jolis ravins d'une fertilité merveilleuse, et au sommet de ces ravins, trois ou quatre cents mètres au-dessus de la mer, on voit toujours des villages pittoresques, formés de blanches maisons accolées à la montagne, et groupées autour de leur petite église. Chacun deces petits villages a sa marine, petitportou jetée sur la plage. Ils sont ainsi perchés sur lamontagne, à une certaine élévation au-dessus de la mer,

par motif de salubrité, pour échapper à la malaria, qui règne plus ou moins, sur la plage en automne. A huit ou dix kilomètres de Bastia, sur cette route, on trouve une des plus intéressantes cavernes qui existent, celle de Brando, formée, comme le sont presque toutes les grandes cavernes, dans une roche calcaire. Elle est très-étendue, et renferme des stalactites bizarres, curieuses, de toutes formes et dimensions. La visite à la caverne de Brando est une excursion charmante pour les touristes.

Les pentes montagneuses du cap Corse, et ses ravins, ont une grande réputation locale pour leurs vins. Mes amis à Bastia m'en firent goûter d'excellents. Pendant longtemps l'oïdium sévit avec tant de violence que l'on fit peu de vin, tant dans cette région que dans tout le nord de la Corse. Mais depuis quelques années on a planté partout des vignes nouvelles pour remplacer celles détruites par la maladie, on a accepté le soufre comme remède, et l'on commence de nouveau à faire du bon vin.

Dans le midi de la Corse l'oïdium est encore inconnu et le vin a continué à se faire sans aucune interruption.

A l'extrémité nord-est du cap Corse il y a une vallée plus large, plus profonde et encore plus fertile que celles qui la précèdent. A travers cette vallée, passe une route carrossable récemment construite, qui s'élève peu à peu sur le versant de la montagne, latraverse à une élévation de 600 mètres, et descend de l'aulre côté du cap jusqu'au village de Pino, le lieu natal de mon ami M, Piccioni. Nous partîmes,

PINO. — LE CURÉ DU VILLAGE. b3

de Bastia une après-midi, et arrivâmes pour dîner, à son domaine paternel, un vieux château carré restauré dans ces derniers temps. Ses ancêtres y avaient vécu pendant quatre cents ans.

Le lendemain fut consacré à examiner les alentours, et le village pittoresque de Pino, construit sur les flancs de la montagne à 400 mètres audessus de la mer. Cette dernière dormait souriante à nos pieds, calme et paisible, mais jetant une frange d'écume blanche sur le rivage, sur les rochers et lesbaies d'une côte escarpée et accidentée. Partout où nous allâmes,, je vis les traces d'une impulsion éclairée et énergique, donnée par un esprit supérieur. Partout je pus me convaincre que les sentiments enthousiastes et patriotiques de mon ami étaient une réalité, que la citation qu'il me fit souvent d'un de ses auteurs favoris, Métastase, partait du cœur :

« Ad ogni citor ben nato quanto la patria è cnra! »

Des routes, des chemins nouveaux avaient été pratiqués partout, et les pentes de la montagne étaient couvertes de nouvelles plantations. Une foulô debonnes maisons avaient été construites ; en un mot on voyait le progrès partout. Une des visites que je fis avec mon ami produisit sur moi une impression profonde et permanente. Ce fut celle que nous fîmes au curé du village, un bon chrétien, Tami du pauvre, me dit M. Piccioni, qui avait été son allié dévoué dans tous les efforts qu'il avait faits pour relever la condition morale, sociale et intellectuelle des habitants du pays.

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