U LA CORSE
Le curé était un homme d'une quarantaine d'années, grand, intelligent, avec une physionomie douce, aimable et portant l'empreinte de la santé. Nous le trouvâmes dans le jardin d'un petit presbytère carré, en pierre, que l'on venait de construire pour lui dans une position extrêmement pittoresque. Jamais je n'ai vu un homme plus content de sa nouvelle installation. Il nous montra son jardin, ses fleurs, puis les chambres simples et nues de sa maison qu'il regardait évidemment comme un palais. Nous nous assîmes devant chaque fenêtre pour contempler et admirer les vues qu'il analysait avec une entente tout à fait poétique, mer, rochers, plage, montagne, rivage. Puis il nous fit asseoir et nous donna des rafraîchissements, du pain fait avec le blé mûri sur la pente de la montagne, et du vin fait avec le raisin de son petit vignoble.
Nous parlâmes d'abord des écoles et des malades pauvres auxquels mon ami s'intéressait. Peu à peu la conversation se porta sur la tour de Sénèque qui se, trouve au-dessus du village de Pino, et de là sur le bon vieux temps des Romains. Sur ce terrain il était à son aise, car il avait lu et relu les historiens latins, et connaissait beaucoup mieux que nous la httérature classique. Il avait été élevé dans un séminaire corse, n'était jamais sorti de l'île, et devait en toute probabiUté vivre et mourir curé d'un pauvre petit hameau perdu à l'extrémité du cap Corse, loin du monde et de ses vanités. Mais il était heureux, tout â fait heureux, nous dit-il, occupé de ses devoirs modestes, au